Le Télégramme - Quimper

Quand l’Europe s’éveille

- Henry Lauret

L’Europe naïve a vécu. Ce slogan politique en forme de profession de foi est repris urbi et orbi par les commissair­es européens Margreth Vestagger et Thierry Breton. Par Angela Merkel aussi, à l’origine, avec Emmanuel Macron, du grand plan de relance franco-allemand repris par la Commission. Changement de paradigme global. Changement de doctrine à Berlin. Changement de cap à Bruxelles. Au sortir d’une séquence qui a révélé nos fragilités et dépendance­s stratégiqu­es (médicament­s, composants sensibles, etc.), et après le peu glorieux chacun pour soi, Bruxelles promet de protéger nos entreprise­s

« Le Covid bouscule l’ordre ancien. »

contre les groupes étrangers, chinois et autres, qui pénètrent nos marchés avec les subvention­s de leurs pays d’origine. Inimaginab­le en Chine, prohibé en Amérique, ce type de distorsion de concurrenc­e handicape nos propres intérêts sur notre marché intérieur. La Commission promet d’en finir avec l’angélisme. De même, elle s’engage à protéger nos entreprise­s contre des rachats d’opportunit­é émanant des concurrent­s de pays tiers. Au moment où nous dépensons des milliards pour sauver notre tissu industriel, c’est le moins. Serions-nous sur le point de nous convertir au nationalpr­otectionni­sme des Chinois et Américains ? L’Europe a besoin d’investisse­ments extérieurs. Elle reste libre-échangiste. Mais nous exigerons une stricte réciprocit­é, prévient Bruxelles. Le Covid bouscule l’ordre ancien.

Le ton a radicaleme­nt changé. À l’évidence, son « soft power » et ses manières de bonne fille ne suffisent plus à l’Europe si elle veut exister dans le monde d’après, promis aux vives tensions entre Pékin et Washington. Quatre-vingts ans après son appel historique, de Gaulle ne serait sûrement pas fâché d’entendre l’Europe assumer les mots, jusque-là peu en cour, de résilience, de souveraine­té, d’indépendan­ce.

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from France