Le Télégramme - Quimper

YANN QUEFFÉLEC

- Yann Queffélec

Merci, vin. On peut se tutoyer ? Merci à toi, vin. Quel ami fidèle tu es. Et nous quels ingrats ! On te boit, on t’aime, on te célèbre, on te plante, on te respire, on te veut, on te fuit, te méprise, te maudit,

- on t’accuse des pires maux. Tout ça, oui. Pêle-mêle. Hypocrites sans modération nous pouvons l’être, avec toi, et curieuseme­nt l’assumer. Incomparab­le bienfait pour tous, ou presque tous, mais non moins « ennemi public » pour tous au Journal Officiel, voilà qui tu es chez les Hexagonaux bizarroïde­s, chez nous. Tu es « bon », mais tu es « mauvais », et tu causerais chaque année plus de victimes innocentes qu’un certain virus, devrait-il sévir un an. On t’assimilera­it à la vilaine clope, pour un peu. Étrange que tu sois encore sur pied, divin fléau. Ah si tu n’habitais pas l’Histoire de France, sa mémoire intime et sacrée, si nos paysages n’étaient pas aussi merveilleu­x grâce à toi :

Vallée du Rhône, Alsace, Bordelais, Bourgogne, Champagne, Saumurois, Provence, Languedoc, Forez, etc. Rares, en fait, les régions où tu ne détiens pas le secret des lumières et celui des quatre saisons, des us et coutumes. La Bretagne ? Il y a l’exquis pays nantais. Et plus au nord, pas de stress en vue quant à la beauté naturelle : on a l’armor et l’argoat, je ne te fais pas un dessin (ça vaut mieux). Et on t’apprécie quand

Tmême, sois en sûr.

« Merci et bravo » entendaien­t les soignantes et soignants sur la brèche, ces derniers temps. As-tu rien entendu ? Ne fus-tu pas l’un de nos soignants les plus sollicités ? L’hôte bienveilla­nt de tellement d’âmes solitaires, et isolées, qui revivaient leurs meilleurs souvenirs en ta compagnie ? Chassaient le spleen et la longueur du temps grâce à toi ?… L’ivresse pouvait s’inviter, à l’occasion, préférable au vertige inconscien­t du coma assisté. Chacun chez soi, chacun pour soi : on est libre, mon ami, pour l’instant. Tu nous as fait grand bien, sache-le, tu nous as déconfinés avant l’heure, détendus. Tu symbolisai­s le fiable radeau - terme ambigu - dont nous avions besoin, chaque soir, dans la tempête à répétition des

« Restez chez vous ! », pour nous sauver. Tu nous disais la vanité des interdits conçus et multipliés par nos experts en condition humaine,

« "Merci et bravo" entendaien­t les soignantes et soignants sur la brèche, ces derniers temps. As-tu rien entendu ? Ne fus-tu pas l’un de nos soignants les plus sollicités ? (...) Tu nous as fait grand bien, sache-le, tu nous as déconfinés avant l’heure, détendus. »

l’espérance de vie primant pour certains le bonheur immédiat, la conviviali­té (Il avait bonne mine, le « principe de précaution », quand on cherchait les masques chinois dans les caves de l’État, le milliard de masques

« au cas où »).

Il y a du mieux dans l’air, mais le naturel se déplaçant au galop, on peut s’attendre au retour des affreux slogans anti vin :

« Un verre, mais pas deux » « Un dé à coudre, mais pas deux » « Un soupçon, mais coupé en deux, tchin ! Un demi tchin ».

Pour qui nous prend-on ? Pour qui la civilisati­on ? Pour qui les magiciens d’un mets qui porte à l’amitié, à l’humain ? Et si l’humain en fait trop, par malheur, c’est lui qu’il faut punir, lui seul. Au revoir, ami. « Au reboire », comme disait l’autre, celui-là même qui déclarait : « L’homme descend du songe ».

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