Le Télégramme - Quimper

Porcs de plein air : écrasantes normes sanitaires

Menacée par l’épizootie de peste porcine, la France contraint les élevages de plein air à des investisse­ments. En Bretagne, certains éleveurs jettent l’éponge.

- Jean Le Borgne Bourse de Paris

À Briec (29), près de Quimper, Delphine Kergourlay vient de se séparer de son cheptel, incapable de financer les mesures de biosécurit­é ordonnées par les services de l’État dans le cadre de la lutte contre la propagatio­n de la peste porcine africaine.

Tclôture et sas de décontamin­ation

Adossé à l’exploitati­on laitière familiale, le petit élevage de plein air créé en agricultur­e biologique comptait six truies et un verrat pour une production de 80 porcs à l’année. « J’ai fait mon calcul. Il m’aurait fallu investir 40 000 € pour répondre aux normes », explique l’éleveuse. Une somme considérab­le au regard de la productivi­té de la race qui nécessite un an et demi de croissance pour commercial­iser un porc, contre six mois en agricultur­e convention­nelle.

Au Juch, près de Douarnenez, Jérôme Renier va devoir installer une double clôture pour protéger ses cochons d’une intrusion de sangliers.

Marginal en Bretagne face à la production industriel­le, l’élevage de plein air rassemble malgré tout plusieurs dizaines de petits éleveurs de races rustiques. Des éleveurs parfois contraints à baisser les bras, faute d’être en mesure de financer les travaux avant le 1er janvier prochain. Tous doivent réaliser une clôture infranchis­sable par les sangliers, vecteur du virus, et installer un sas sanitaire de décontamin­ation. « Ça décourage certains porteurs de projet aussi », regrette Michel Kerangueve­n, président du syndicat des éleveurs de porc blanc de l’ouest et producteur à Pont-de-Buis (29), près de Châteaulin. Il réclame plus de souplesse : « Qu’on nous laisse travailler plus librement, on est conscienci­eux », défend-il.

Le contexte sanitaire conduit la trentaine de producteur­s du syndicat à réfléchir au moyen de réduire le coût de production, en mettant les porcs à l’herbe pour compléter l’aliment produit sur l’exploitati­on.

Innover pour résister

Au Juch (29), près de Douarnenez (29), Jérôme Renier a peut-être trouvé la solution. Les travaux de protection, il les fera lui-même, réduisant la facture à 25 000 € pour protéger ses 5 ha de prairies et de bois. Il a surtout signé un accord avec l’Intermarch­é voisin avant de racheter le cheptel de Delphine Kergourlay « et celui d’un autre élevage de Landivisia­u, qui fermait ». Les huit truies et deux verrats devraient produire 180 porcs par an grâce aux invendus alimentair­es, fournis gratuiteme­nt dans le cadre de l’agrément Feed de l’élevage : légumes, fruits, pain... dont raffolent les cochons. Fragilisé, l’élevage de plein air résiste, en attendant le vaccin pour lequel la Chine vient d’annoncer des progrès dans les essais cliniques.

 ??  ??
 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from France