Le Télégramme - Quimper

Placement : doit-on acheter de l’or ?

- Guillaume Le Nagard/ Notre temps

Chaque crise remet en pleine lumière cette valeur refuge par excellence et pousse à convertir ses économies en or. La pandémie de Covid-19 ne fera sans doute pas exception. Alors est-il conseillé d’acheter de l’or ? Sous quelle forme ? Et comment procéder ?

La tendance était à la hausse depuis plusieurs mois pour cette éternelle valeur refuge qu’est l’or. La crise du coronaviru­s devrait la renforcer sur le long terme, suscitant déjà depuis mars la demande forte d’épargnants. « Quasiment tous les courtiers qui vendent le métal précieux sont en rupture : les listes d’attente se sont allongées, explique Fabrice Drouin Ristori, patron de Or.fr, l’un des principaux opérateurs en ligne pour l’achat d’or. Cette situation va certaineme­nt faire pression sur le prix de l’or dans la durée, d’autant plus si les marchés chutent. »

La sécurité contre le rendement

L’or ne vous permettra pas d’encaisser des revenus de votre placement, contrairem­ent aux actions qui vous rendent éligible au versement de dividendes, aux obligation­s qui vous rapportent des intérêts ou à l’immobilier qui vous assure des loyers. Dans ces conditions, pourquoi investir dans le métal précieux ? Parce qu’en période de crise ou de fort ralentisse­ment de l’économie (ce qui arrivera après la crise sanitaire du Covid-19) les cartes sont rebattues.

Les actions deviennent des placements risqués si la valeur des entreprise­s qui les émettent chute : non seulement, les dividendes ne sont plus versés, mais la valeur de vos actions, c’est-à-dire de votre patrimoine, peut aussi s’effondrer (ce fut le cas en 2008 et c’est le cas pour de nombreuses d’entre elles depuis mars dernier).

Les obligation­s sont moins risquées : il s’agit de parts d’un emprunt, émis notamment par un État. Leur rendement dépend donc du taux du crédit : plus il est bas, moins les obligation­s rapportent. Or les taux sont à un niveau plancher actuelleme­nt et devraient y rester. Quant aux livrets et assurances vie (largement investies en obligation­s), ils ne rapportent souvent pas plus que l’inflation désormais. C’est dans ce contexte que l’or regagne de l’intérêt.

« Il s’apprécie au regard des autres valeurs, analyse Benjamin Louvet, gérant matières premières de la société de gestion OFI Asset Management. Et rien peut être mieux que moins que rien, s’il s’agit de sécuriser une partie de son épargne ». Il n’exclut pas que l’once (31 g) d’or finisse par dépasser les 2 000 $ (contre 1 616 $ le 30 mars dernier).

Quel montant investir ?

Fabrice Drouin Ristori considère que l’or devrait constituer 5 à 10 % des montants investis. Benjamin Louvet suggère 3 à 10 % pour les plus pessimiste­s quant à l’évolution de l’économie mondiale. « Mais c’est un investisse­ment volatile, le cours de l’or pouvant être soumis à des mouvements violents, rappelle-t-il. Il doit être intégré en fonction du risque que chaque investisse­ur est prêt à accepter ». Ainsi, symétrique­ment, le cours de l’or fléchit en période de hausse des taux d’intérêt, comme en 1995 et souvent quand le dollar et la Bourse s’envolent comme en 2012-2013.

Sous quelle forme ?

- Or physique : comme son nom l’indique, il s’agit de la détention d’un poids d’or sous la forme de barres, lingots, lingotins, pièces… de quelques grammes à plusieurs kilos. - « Or papier » : dans ce cas, l’or est détenu par le biais d’un produit financier (un ETF ou fond indiciel coté) qui reproduit le cours du métal précieux, généraleme­nt adossé à des stocks d’or détenus par les banques. Un produit qui est plus destiné à la spéculatio­n à court terme qu’à la sécurisati­on de l’épargne sur le long terme. Il ne peut pas être intégré à de l’assurance vie, qui représente la plus grande partie de l’épargne des Français, car il n’est pas diversifié.

- Les bijoux ne sont pas un placement de précaution contrairem­ent à l’or d’investisse­ment dont la pureté est importante et vérifiée.

Où acheter ?

Les lingots et lingotins peuvent être achetés auprès de votre agence bancaire dans la plupart des cas, de courtiers spécialisé­s en boutique physique ou en ligne, ou encore de plateforme­s internet. Il faut placer un ordre d’achat comme pour une action. Les pièces d’or sont plus accessible­s mais, contrairem­ent à celle des lingots qui suivent les cours mondiaux de l’or, leur cote est spécifique. La « prime » (écart entre la valeur en or d’une pièce et son prix) est à surveiller. Il sera par ailleurs avisé de mettre plusieurs vendeurs en concurrenc­e. Dans tous les cas, privilégie­z un courtier reconnu, ayant pignon sur rue. Vous pouvez notamment consulter le registre des agents financiers (www.regafi.fr) de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). À noter que les courtiers en ligne spécialisé­s Bullion Vault (siège à Londres) ou Or.fr (à Malte), n’y figurent pas. Mais comme le Français Au Coffre, ils ont plus de dix ans d’ancienneté et leur sérieux est reconnu.

Enfin, les frais et commission­s sont souvent moins élevés à Paris qu’en région. Il peut être rassurant de passer par son conseiller financier habituel, mais les banques prennent souvent des commission­s plus élevées et sont moins spécialisé­es.

Quelle fiscalité ?

N’imaginez pas échapper à l’impôt. « Les achats anonymes d’or d’investisse­ment sont interdits depuis 2011 en France », rappelle Benjamin Louvet. L’identité et l’adresse de l’acheteur sont vérifiées et les achats en espèces ne sont pas autorisés. L’achat d’or n’est pas soumis à la TVA ; n’entre pas dans le calcul de l’IFI ; l’imposition est pratiquée à la revente avec deux régimes possibles :

- L’applicatio­n d’un forfait de 11,5 % de la valeur totale de l’or cédé. Ce régime concerne souvent l’« or de famille » pour lequel on ne peut pas fournir une attestatio­n d’achat. - En taxant la seule plus-value à la revente, à hauteur de 36,2 %. Il faut dans ce cas justifier de la date et du prix d’achat. Ainsi, pour les pièces achetées dans un sachet qui contient aussi le certificat de vente, il faut conserver ce dernier scellé. L’impôt baisse de 5 points à la troisième année de détention, puis graduellem­ent jusqu’à être annulé audelà de vingt-deux ans.

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© Depositpho­tos De l’or en barres, en lingots et en pièces.

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