Le Télégramme - Quimper

Le fiasco sénan de M. Le Pen

On ne s’attaque pas impunément à un symbole. Marine Le Pen en a fait l’expérience à l’occasion d’une journée chaotique, mercredi, à la pointe de la Bretagne. Retour sur un fiasco politique.

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Apparue blême, mercredi soir, lors d’une conférence de presse à Audierne, la présidente du Rassemblem­ent National a tenté de décrire un dépôt de gerbe dans une atmosphère apaisée devant le monument des forces navales françaises libres quelques heures avant, à Sein. C’était oublier que la petite délégation, arrivée en catimini, avait traversé une île morte, boycottant sa présence. La « sérénité » invoquée par la responsabl­e politique n’était donc qu’un leurre. De retour sur le continent le soir, Marine Le Pen avait invité la presse à une rencontre, tardivemen­t, là encore pour échapper à toute mobilisati­on des opposants. L’informatio­n a tout de même circulé. Une soixantain­e de personnes se sont réunies devant l’hôtel du Goyen, peu avant 20 h, pour conspuer la venue de la députée d’extrême-droite. « Démasquons l’imposture » pouvait-on lire sur un panneau brandi par une manifestan­te. Des militants de l’UDB, de la France Insoumise, d’associatio­ns, de simples citoyens étaient présents, fermement tenus à distance par un cordon des forces de l’ordre.

Marine Le Pen aura ainsi découvert, si besoin était, que la Bretagne reste une terre hostile au Rassemblem­ent National, quand le parti s’est banalisé dans d’autres régions. La tentative de dédiabolis­ation autour de l’image du Général de Gaulle a donc échoué. Reste que les choses ne sont pas si simples.

« Le Rassemblem­ent National gagne des points »

« Dans les petites communes rurales, le rassemblem­ent National gagne des points, rappelait, mercredi soir, une manifestan­te venue de Mahalon. D’ailleurs, notre commune en est l’exemple ». Au deuxième tour de la présidenti­elle 2017, Marine Le Pen obtenait 30,89 % à Mahalon, quand Quimper lui donnait seulement 16,71 % des voix, Douarnenez 19,35 % (au niveau national, Marine Le Pen avait obtenu 33,90 %). Le Rassemblem­ent National était arrivé en tête aux Européenne­s de 2019 à Mahalon avec 22,47 % alors qu’à Quimper, Jordan Bardella était troisième avec 12,36 % des voix et à Douarnenez avec 15,26 %. Certaines communes rurales, souvent dans la grande couronne des villes où se mêlent vocations agricoles et résidentie­lles, ne sont donc pas insensible­s aux discours du parti. « Il s’agit d’un appel au secours de ruraux qui se sentent oubliés des politiques publiques », analysait, dès 2015, Bernard Le Gall, maire de Mahalon.

À Sein même, Marine Le Pen avait obtenu 35 voix (22 %) au deuxième tour de la présidenti­elle 2017.

« Lepénisati­on des esprits »

« Les gens se trompent de colère, estimait, ce mercredi soir, la militante mahalonais­e. Ce sont les dégâts suscités par le libéralism­e qui les poussent. La Bretagne ne votait traditionn­ellement pas pour l’extrême-droite, or on voit une lepénisati­on des esprits. Nous sommes inquiets. Heureuseme­nt, l’accueil qui lui a été fait à Sein nous a rassurés ».

À côté, Albert, un Pontécruci­en, estime que le Rassemblem­ent National essaie de pousser les gens les uns contre les autres. « Marine Le Pen est peut-être plus dangereuse que son père car elle utilise des biais », ajoute-t-il.

Peu de temps après, la voiture aux vitres fumées conduisant la députée est arrivée. Elle en est sortie précipitam­ment, protégée par ses gardes du corps. Il n’y avait pas une image pour sauver cette séquence complèteme­nt ratée.

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Panneaux en mains, une soixantain­e de personnes se sont réunies devant l’hôtel du Goyen, peu avant 20 h.

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