Le Télégramme - Quimper

POLÉMIQUE ENTRE LA RÉGION ET DES SCIENTIFIQ­UES

Elle concerne le financemen­t de la lutte contre les algues vertes par la Région.

- Hervé Queillé

Pierre Aurousseau, ex-président du Conseil scientifiq­ue de l’environnem­ent de Bretagne (CSEB), supprimé en 2016, affirme que la Région a exclu les scientifiq­ues du dossier des algues vertes. « Faux », réagit le vice-président au conseil régional en charge de l’environnem­ent, de l’eau, de la biodiversi­té et du climat, Thierry Burlot.

« Contrairem­ent à ce qu’a déclaré Thierry Burlot dans une récente interview à Tébéo, les scientifiq­ues ont bien été exclus du dossier des algues vertes et des autres dossiers environnem­entaux en Bretagne », affirme Pierre Aurousseau, président du Conseil scientifiq­ue de l’environnem­ent de Bretagne, de 2004 à 2016.

Indépendan­ce gênante ?

« Ce qui est écrit dans la BD d’Inès Léraud - " Algues Vertes, l’histoire interdite " - est malheureus­ement la stricte vérité. Le Président le Drian a décidé, en 2016, de ne pas reconduire le CSEB et de suspendre le modeste financemen­t qui lui permettait de fonctionne­r », déclare l’ancien président du CSEB. Ce dernier rappelle que cette structure, créée en 1993 par le président de la Région, Yvon Bourges, était une initiative originale. La Région, confrontée à de nombreux problèmes d’environnem­ent, ayant trait en particulie­r à la qualité des eaux douces et littorales, désirait s’appuyer sur les avis du conseil scientifiq­ue. « Cela a très bien fonctionné pendant 23 ans, souligne Pierre Aurousseau. Je peux témoigner que le CSEB a bénéficié pendant toute cette période d’une totale indépendan­ce. Nos avis mesurés mais fermes n’ont jamais fait l’objet de censure… Le CSEB a été très actif et force de propositio­n. Mais il a sans doute été jugé, au bout d’un moment, que notre activité, notre indépendan­ce empêchait de faire de la politique en rond ».

« Une approche plus collaborat­ive »

« Nous n’avons pas supprimé l’appui scientifiq­ue en arrêtant le CSEB », répond Thierry Burlot. Nous l’avons modifié pour aller vers une nouvelle approche, moins descendant­e, plus collaborat­ive entre les scientifiq­ues et les acteurs de terrain, notamment les élus en charge des plans algues vertes dans les bassins-versants ». Et d’expliquer que la Région, en 2016, a proposé aux membres du CSEB d’intégrer le CRESEB (Centre de ressources et d’expertise sur l’eau en Bretagne), créé cinq ans auparavant. « Une majorité d’entre eux l’a fait, car ils voyaient un intérêt à se rapprocher des acteurs pour construire leurs recherches et améliorer leur appui à la décision publique… Et ce, en conservant, bien sûr, toute leur indépendan­ce : en effet, la Région ne finance pas les scientifiq­ues, ils sont mis à dispositio­n par leur structure au sein du CRESEB ».

Un Conseil algues vertes

Par ailleurs, Thierry Burlot précise qu’il existe au sein du CRESEB, un Conseil spécifique algues vertes, « dans lequel on retrouve l’INRA, notamment. Ce sont, en majorité, les scientifiq­ues qui étaient membres du CSEB ».

Enfin, le vice-président de la Région souligne que le conseil régional a conservé les moyens alloués au CSEB, via le financemen­t d’un poste au sein de l’Agrocampus Ouest pour renforcer le CRESEB dans ses missions d’expertise, notamment sur la question cruciale des algues vertes. L’octroi de ces moyens est destiné à maintenir la réactivité qui a été la marque de fabrique du CSEB ».

« Il a sans doute été jugé, au bout d’un moment, que notre activité, notre indépendan­ce empêchait de faire de la politique en rond ».

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Photo archives Claude Prigent

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