MA­CRON : LA GIFLE EU­RO­PÉENNE

Les dé­pu­tés eu­ro­péens ont in­fli­gé, jeu­di, un re­vers hu­mi­liant au pré­sident fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron, en re­ca­lant, pour des rai­sons éthiques, sa can­di­date à la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Syl­vie Gou­lard, sous le coup d’une en­quête ju­di­ciaire en France.

Le Télégramme - Vannes - - LA UNE -

Jeu­di, le Par­le­ment eu­ro­péen a re­je­té, à une large ma­jo­ri­té, la can­di­da­ture de Syl­vie Gou­lard, ex-mi­nistre dé­si­gnée par Em­ma­nuel Ma­cron pour sié­ger à la fu­ture Com­mis­sion eu­ro­péenne. Un sé­vère ca­mou­flet pour le pré­sident fran­çais qui va donc de­voir trou­ver ra­pi­de­ment quel­qu’un pour la rem­pla­cer.

Em­ma­nuel Ma­cron a re­je­té la res­pon­sa­bi­li­té du choix de la can­di­date fran­çaise sur la pré­si­dente de la nou­velle Com­mis­sion. « J’ai pro­po­sé trois noms à Ur­su­la von der Leyen. Elle m’a dit : "Je veux tra­vailler avec Syl­vie Gou­lard" », a-t-il dé­cla­ré, après l’an­nonce de l’échec de la Fran­çaise, ajou­tant avoir be­soin « d’ex­pli­ca­tions ». Le re­jet de cette can­di­da­ture, à une écra­sante ma­jo­ri­té de 82 voix contre 29 et une abs­ten­tion, est éga­le­ment un coup sé­vère pour Ur­su­la von der Leyen. La di­ri­geante al­le­mande a en ef­fet choi­si l’ex-mi­nistre fran­çaise mal­gré les mises en garde sur ses pro­blèmes et lui a confié un énorme portefeuil­le re­grou­pant le Mar­ché in­té­rieur, l’In­dus­trie, la Dé­fense, l’Es­pace, le Nu­mé­rique et la Culture, do­té de bud­gets de plu­sieurs di­zaines de mil­liards d’eu­ros.

« Le groupe PPE (Par­ti po­pu­laire eu­ro­péen, droite) prend très au sé­rieux l’in­té­gri­té de nos ins­ti­tu­tions et nous ne pou­vions donc pas la sou­te­nir », a ex­pli­qué la néer­lan­daise Es­ther de Lange, vice-pré­si­dente de ce groupe, le plus im­por­tant du Par­le­ment. « L’éthique doit pré­va­loir en po­li­tique », ont ren­ché­ri Mi­chèle Ri­va­si et Da­vid Cor­mand, co-pré­si­dents de la dé­lé­ga­tion éco­lo­giste fran­çaise au Par­le­ment.

Les élus fran­çais du groupe Re­new Eu­rope, sou­tiens de Syl­vie Gou­lard, ont ac­cu­sé le chef du groupe PPE, l’Al­le­mand Man­fred We­ber, d’être à l’ori­gine de cet échec, dé­non­çant une « at­ti­tude re­van­charde ». La can­di­da­ture de Man­fred We­ber à la pré­si­dence de la Com­mis­sion avait été re­fu­sée par Em­ma­nuel Ma­cron.

Une pre­mière pour la France

C’est la pre­mière fois qu’un can­di­dat pré­sen­té par la France pour un poste de com­mis­saire est re­ca­lé par le Par­le­ment eu­ro­péen. Cer­tains y avaient été sur­pris par le choix de Syl­vie Gou­lard, sous le coup d’une en­quête qui l’a conduite à dé­mis­sion­ner de son poste de mi­nistre des Ar­mées, en juin 2017, un mois après sa no­mi­na­tion.

« C’est l’ar­ro­gante trans­gres­sion de cette évi­dence qui a fait chu­ter Syl­vie Gou­lard », a com­men­té le fran­çais Ar­naud Dan­jean, vice-pré­sident PPE de l’as­sem­blée.

Le Par­le­ment eu­ro­péen de­vait ju­ger si les can­di­dats pré­sen­tés par les États membres ont les com­pé­tences re­quises pour le portefeuil­le qui leur a été confié par la pré­si­dente de la Com­mis­sion et s’ils offrent toutes les ga­ran­ties d’in­té­gri­té et d’in­dé­pen­dance. Les élus ont donc dé­ci­dé, jeu­di, que Syl­vie Gou­lard n’of­frait pas ces ga­ran­ties, à cause des en­quêtes me­nées par la jus­tice fran­çaise et par l’of­fice an­ti-fraude de l’UE (Olaf) sur sa par­ti­ci­pa­tion à un sys­tème d’em­plois fic­tifs pré­su­més pour son an­cien par­ti cen­triste, le MoDem, en ré­mu­né­rant un as­sis­tant par­le­men­taire en France avec des fonds eu­ro­péens.

10 000 eu­ros par mois

L’Olaf a pré­ci­sé en­quê­ter aus­si sur « d’éven­tuelles ir­ré­gu­la­ri­tés con­cer­nant les ac­ti­vi­tés que Mme Gou­lard a me­nées pour l’Ins­ti­tut Berg­gruen alors qu’elle était dé­pu­tée eu­ro­péenne ». Syl­vie Gou­lard n’a pas été en me­sure de pré­ci­ser la na­ture de ces ac­ti­vi­tés, pour les­quelles elle a re­çu « plus de 10 000 eu­ros » men­suels, d’oc­tobre 2013 à jan­vier 2016, de l’Ins­ti­tut Berg­gruen, fon­dé par le fi­nan­cier ger­ma­no-amé­ri­cain Ni­co­las Berg­gruen. Eu­ro­dé­pu­tée de 2009 à 2017, elle avait été aver­tie à plu­sieurs re­prises par ses an­ciens col­lègues des pro­blèmes que po­sait sa can­di­da­ture, a confié l’un d’eux, sous cou­vert d’ano­ny­mat. Mais elle a re­fu­sé de re­ti­rer sa can­di­da­ture et Re­new Eu­rope, sa fa­mille po­li­tique (li­bé­rale cen­triste), a vou­lu al­ler jus­qu’au vote, jeu­di. « C’est main­te­nant à vous de prendre votre dé­ci­sion en votre âme et conscience, en ga­ran­tis­sant la pré­somp­tion d’in­no­cence », a-t-elle lan­cé, jeu­di, au cours de son au­di­tion de rat­tra­page, après un pre­mier échec, le 2 oc­tobre. Elle est la troi­sième can­di­date re­ca­lée au Par­le­ment, après le conser­va­teur hon­grois Lasz­lo Troc­sa­nyi (PPE) et la so­cia­liste rou­maine Ro­va­na Plumb.

Le temps presse

Em­ma­nuel Ma­cron doit dé­sor­mais dé­si­gner un nou­veau can­di­dat, mais il n’est pas ac­quis que ce der­nier se voit confier le même portefeuil­le. Les groupes po­li­tiques, qui ont ju­gé que les at­tri­bu­tions confiées à Syl­vie Gou­lard étaient trop nom­breuses, plaident pour une re­dis­tri­bu­tion.

Ur­su­la von der Leyen a pres­sé, jeu­di, la France, la Hon­grie et la Rou­ma­nie de lui don­ner de nou­veaux noms. « Nous de­vons main­te­nant or­ga­ni­ser sans dé­lai la suite du pro­ces­sus avec le Par­le­ment afin que l’Eu­rope soit ra­pi­de­ment en me­sure d’agir », a-t-elle dé­cla­ré, sans com­men­ter la dé­cla­ra­tion du pré­sident fran­çais. Le Par­le­ment eu­ro­péen doit vo­ter l’in­ves­ti­ture de la nou­velle com­mis­sion le 23 oc­tobre pour per­mettre son en­trée en fonc­tion, le 1er no­vembre.

Pho­to Gilles Roll/MaxPPP

Syl­vie Gou­lard (ici, en juin 2017, au cô­té d’Em­ma­nuel Ma­cron) avait dû dé­mis­sion­ner de son poste de mi­nistre des Ar­mées, un mois après sa no­mi­na­tion.

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