Crois­sance : ce qui at­tend l’éco­no­mie française

● La Banque de France pré­voit une crois­sance de 1,8 % en 2018 après 2,3 % en 2017. ● Le chô­mage re­cu­le­rait à 8,2 % en 2020.

Les Echos - - LA UNE - Guillaume de Ca­li­gnon @gca­li­gnon

La crois­sance française a at­teint son pic l’an pas­sé. C’est en tout cas ce que pensent les éco­no­mistes de la Banque de France, qui s’at­tendent dé­sor­mais à une crois­sance de 1,8 % en 2018 dans l’Hexa­gone après une an­née 2017 par­ti­cu­liè­re­ment dy­na­mique, avec une hausse du PIB de 2,3 %. Les in­cer­ti­tudes po­li­tiques, les ten­sions com­mer­ciales, la hausse du prix du pé­trole ex­pliquent ce tas­se­ment. Tou­te­fois, « le ra­len­tis­se­ment du dé­but 2018 n’ap­pa­raît pas comme un re­tour­ne­ment de cycle », in­siste le gou­ver­neur de la Banque de France, Fran­çois Ville­roy de Gal­hau. Pour lui, à par­tir de la mi-2018, l’éco­no­mie française de­vrait croître « à une vi­tesse de croi­sière de l’ordre de 0,4 % par tri­mestre ». Ce rythme se­rait suf­fi­sant pour créer de 180.000 à 200.00 em­plois nets, par an et ain­si faire re­cu­ler le taux de chô­mage à 8,2 % à la fin de l’an­née 2020. Mais le dé­fi­cit pu­blic, lui, de­vrait res­ter un peu plus éle­vé que le pense le gou­ver­ne­ment en 2018, à 2,5 % du PIB.

● La Banque de France a re­vu à la baisse sa pré­vi­sion de crois­sance à 1,8 % cette an­née.

● Elle est confiante sur le fait qu’à par­tir de mi-2018, l’éco­no­mie re­trouve sa vi­tesse de croi­sière, c’est-à-dire une crois­sance de 0,4 % par tri­mestre.

La Banque de France se montre un peu plus pru­dente quant à l’évo­lu­tion de l’éco­no­mie cette an­née. L’ins­ti­tu­tion mo­né­taire ne pré­voit plus qu’une crois­sance du PIB dans l’Hexa­gone de 1,8 % cette an­née alors qu’elle es­pé­rait une pro­gres­sion de 1,9 % en mars der­nier. Le chan­ge­ment n’est pas d’am­pleur et « la crois­sance française des pro­chaines an­nées res­te­rait dy­na­mique », in­sistent les éco­no­mistes dans leur étude tri­mes­trielle pu­bliée jeu­di soir. Mais la dé­cé­lé­ra­tion est no­table par rap­port à 2017 qui a vu l’ac­ti­vi­té pro­gres­ser de 2,3 %.

Pas de re­tour­ne­ment de cycle

Pas d’in­quié­tude pour au­tant. « Après deux pé­riodes aty­piques, la très forte ac­cé­lé­ra­tion de l’ac­ti­vi­té à la fin de l’an­née 2017 et le contre-coup en dé­but d’an­née 2018, nous confir­mons notre ana­lyse que l’éco­no­mie française croit à une vi­tesse de croi­sière de l’ordre de 0,4 % par tri­mestre », ex­plique le gou­ver­neur de la Banque de France, Fran­çois Ville­roy de Gal­hau.

« Le ra­len­tis­se­ment du dé­but 2018 n’ap­pa­rait donc pas comme un re­tour­ne­ment de cycle », pour­suit le ban­quier cen­tral. Le ra­len­tis­se­ment de la pre­mière moi­tié de l’an­née en cours – la crois­sance a at­teint 0,2 % au pre­mier tri­mestre et de­vrait s’éle­ver à 0,3 % au deuxième – ne se­rait donc que tem­po­raire et s’ex­pli­que­rait en par­tie par la fin de l’an­née 2017, ex­trê­me­ment dy­na­mique.

Pou­voir d’achat ro­gné

D’autres fac­teurs, comme les in­cer­ti­tudes liées à la si­tua­tion po­li­tique et aux ten­sions com­mer­ciales, ont pro­ba­ble­ment joué. Les hausses de taxes sur le ta­bac et l’éner­gie ain­si que l’en­vo­lée des prix du pé­trole ont aus­si ro­gné le pou­voir d’achat des mé­nages et pe­sé sur la consom­ma­tion.

Mais, dans la se­conde moi­tié de l’an­née, la consom­ma­tion, atone jus­qu’ici, de­vrait re­bon­dir avec la fin des co­ti­sa­tions chô­mage et ma­la­die payées par les sa­la­riés fran­çais et la baisse de la taxe d’ha­bi­ta­tion. L’in­ves­tis­se­ment des en­tre­prises res­te­rait bien orien­té. Et les ex­por­ta­tions pro­gres­se­raient un peu plus vite que les im­por­ta­tions d’ici à 2020. « La crois­sance est équi­li­brée dans ses com­po­santes », in­siste le gou­ver­neur de la Banque de France.

« La France fait face à deux li­mi­ta­teurs de vi­tesse : notre crois­sance po­ten­tielle, d’en­vi­ron 1,25 % par an, est trop faible et notre chô­mage struc­tu­rel, es­ti­mé entre 8 et 9 %, reste trop éle­vé. » FRAN­ÇOIS VILLE­ROY DE GAL­HAU Gou­ver­neur de la Banque de France

Re­cul du chô­mage

Cette pro­gres­sion du PIB de­vrait per­mettre de faire re­cu­ler le chô­mage. Les créa­tions nettes d’em­plois se­raient proches de 200.000 cette an­née et se main­tien­draient à un rythme d’en­vi­ron 180.000 par an au cours des deux an­nées sui­vantes. Fin 2020, le taux de chô­mage re­cu­le­rait ain­si à 8,2 %, son ni­veau le plus bas de­puis fin 2008. Si cette pré­vi­sion se réa­lise, il au­ra donc fal­lu douze ans à l’éco­no­mie française pour ef­fa­cer les ci­ca­trices de la crise.

Tou­te­fois, le ra­len­tis­se­ment de l’ac­ti­vi­té au cours des six pre­miers mois de 2018 ne fait pas l’af­faire du gou­ver­ne­ment. La pré­vi­sion de crois­sance de Ber­cy, ac­tuel­le­ment de 2 % cette an­née, est en ef­fet su­pé­rieure à celle de la Banque de France. Ce qui se tra­duit par un dé­fi­cit pu­blic at­ten­du à 2,3 % par le gou­ver­ne­ment en 2018, contre 2,5 % pour la banque cen­trale.

Au-de­là de la dif­fi­cul­té à ré­duire les dé­penses pu­bliques et le dé­fi­cit, « la France fait face ce­pen­dant à deux li­mi­ta­teurs de vi­tesse liés entre eux : notre crois­sance po­ten­tielle, d’en­vi­ron 1,25 % par an, est trop faible et notre chô­mage struc­tu­rel, es­ti­mé entre 8 % et 9 %, reste trop éle­vé. Il faut pro­fi­ter de l’ex­pan­sion ac­tuelle pour le­ver ces li­mi­ta­teurs », juge Fran­çois Ville­roy de Gal­hau. Ré­sul­tat, la crois­sance pla­fon­ne­rait à 1,7 % en 2019 et à 1,6 % en 2020, se­lon la Banque de France. ■

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