WILLIAM SAURIN : BRUNO LE MAIRE SE SAI­SIT DU DOSSIER

Bruno Le Maire va exa­mi­ner la dé­ci­sion de l’Au­to­ri­té de la concur­rence sur le ra­chat de William Saurin par Co­fi­geo.

Les Echos - - LA UNE - Ma­rie-Jo­sée Cou­gard @Cou­gardMa­rie

Pour la pre­mière fois dans son histoire, l’Au­to­ri­té de la concur­rence voit sa dé­ci­sion ré­exa­mi­née par le gou­ver­ne­ment.

C’est une pre­mière dans l’histoire de l’Au­to­ri­té de la concur­rence. Ja­mais en­core de­puis sa créa­tion en 2008, le mi­nistre de l’Eco­no­mie n’avait fait va­loir son « droit d’évo­ca­tion », lui per­met­tant d’in­ter­ve­nir sur une dé­ci­sion de l’Au­to­ri­té. A peine deux heures après la no­ti­fi­ca­tion d’un feu vert condi­tion­nel à la re­prise de William Saurin par Co­fi­geo, Bruno Le Maire a dé­ci­dé de prendre la main sur ce dossier, comme le Code de com­merce le lui per­met.

Se­lon la loi, le mi­nistre a vingt cinq jours pour an­nu­ler, mo­di­fier ou confir­mer une dé­ci­sion de l’Au­to­ri­té au nom de l’in­té­rêt gé­né­ral. Cette no­tion d’in­té­rêt gé­né­ral re­couvre le dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel, la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises par rap­port à la concur­rence in­ter­na­tio­nale ou en­core la pré­ser­va­tion, voire la créa­tion d’em­plois.

« Qua­si-mo­no­pole » de Co­fi­geo

Jus­qu’au bout, Co­fi­geo a ex­pri­mé son désac­cord avec l’Au­to­ri­té de la concur­rence et sa vi­sion du mar­ché, a in­di­qué en sub­stance Isa­belle de Sil­va, la pré­si­dente de l’ins­ti­tu­tion. Pour celle-ci, en re­pre­nant la to­ta­li­té de William Saurin, Co­fi­geo exer­ce­rait « un qua­si-mo­no­pole » en France sur cer­tains seg­ments de mar­ché des plats pré­pa­rés en conserve (ita­liens et exo­tiques) dans la me­sure où l’in­dus­triel, nu­mé­ro deux de ce type de fa­bri­ca­tion, à tra­vers sa marque Za­pet­ti, ra­che­te­rait les ac­tifs de son prin­ci­pal concur­rent, nu­mé­ro un sur ces mar­chés grâce aux marques Pan­za­ni et Gar­bit.

Ce qui ne per­met­trait pas que la concur­rence s’exerce nor­ma­le­ment et ris­que­rait de se tra­duire par « des hausses de prix sur des pro­duits ache­tés par les consom­ma­teurs les plus mo­destes », a sou­li­gné Isa­belle de Sil­va.

En consé­quence de quoi, l’Au­to­ri­té de la concur­rence n’a don­né son feu vert à l’opé­ra­tion que sous ré­serve de la cession par Co­fi­geo de Za­pet­ti et d’un site de pro­duc­tion à un tiers. « Ce n’est pas une dé­ci­sion cou­pe­ret », a-t-elle ajou­té. « Nous lais­sons le temps à Co­fi­geo de s’or­ga­ni­ser pour trou­ver un ac­qué­reur. » Co­fi­geo n’a pas sou­hai­té com­men­ter la dé­ci­sion de la Concur­rence, mais in­voque la ques­tion de l’em­ploi.

S’il cé­dait le site de pro­duc­tion de­man­dé, c’est « tout l’équi­libre du groupe qui se­rait re­mis en ques­tion, en rai­son des sy­ner­gies qui existent et du par­tage de dif­fé­rents ser­vices comme

les plates-formes de lo­gis­tique », a in­di­qué un proche du groupe qui a sou­hai­té res­ter ano­nyme. Une in­quié­tude que par­tage vi­si­ble­ment Ber­cy.

Le pôle plats cui­si­nés ra­che­té par Co­fi­geo était une par­tie des ac­tifs dé­te­nus par le groupe Fi­nan­cière Tu­renne La­fayette (FTL), dont le dé­cès en no­vembre 2016 de la di­ri­geante, Mo­nique Pif­faut, avait mis en lu­mière une comp­ta­bi­li­té frau­du­leuse et une dette abys­sale de 350 mil­lions d’eu­ros. L’Etat avait ré­agi dans l’ur­gence pour convaincre les banques de conti­nuer de fi­nan­cer FTL et évi­ter le nau­frage d’une en­tre­prise comp­tant 3.200 sa­la­riés et 21 sites in­dus­triels. Co­fi­geo est dé­te­nu par MBO Par­te­naires et So­cié­té gé­né­rale Ca­pi­tal Par­te­naires. ■

Pho­to DR

Za­pet­ti est une marque dé­te­nue par Co­fi­geo.

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