CAR­NET

Les Echos - - LA UNE - par — Cor­res­pon­dant à Rennes

Phi­lippe Le Gal re­çoit au bord de l’eau, dans son ex­ploi­ta­tion os­tréi­cole à Sur­zur, dans le Mor­bi­han. La vue est im­pre­nable sur la ria de Pé­nerf et au loin sur l’océan At­lan­tique. L’homme, veste cou­leur co­quille d’huître, me­sure le chan­ge­ment lié à son élec­tion à la pré­si­dence du Co­mi­té na­tio­nal de conchy­li­cul­ture : il n’a d’ailleurs pas man­qué les As­sises de la pêche et des pro­duits de la mer qui se tiennent ces jeu­di et ven­dre­di à Sète. « Je vais dé­sor­mais être à Pa­ris, Bruxelles ou ailleurs plu­sieurs jours par se­maine, ex­plique Phi­lippe Le Gal. Mais je garde un pied dans mon ex­ploi­ta­tion. Pas ques­tion pour moi d’aban­don­ner mes pro­duc­tions d’huîtres. Ce se­rait perdre toute lé­gi­ti­mi­té. »

Doig­té et diplomatie

De fait, les 4.000 di­ri­geants d’en­tre­prises d’éle­vage d’huîtres, de moules ou de pa­lourdes ré­par­tis sur le lit­to­ral en­tendent être re­pré­sen­tés à l’échelle na­tio­nale et eu­ro­péenne par l’un des leurs. « L’éle­vage de co­quillages a le vent en poupe, pour­suit Phi­lippe Le Gal. Les consom­ma­teurs sont au ren­dez-vous, mais nous sommes si­tués sur le trait de côte, un lieu très sen­sible qui at­tire de nom­breuses convoi­tises. » D’un cô­té, les au­to­ri­sa­tions pu­bliques d’ex­ten­sion de parcs à huîtres ou de créa­tion d’éle­vage res­tent rares : les dé­fen­seurs du lit­to­ral y veillent. De l’autre, les pro­mo­teurs im­mo­bi­liers se pressent pour trans­for­mer en lo­ge­ments les lieux d’ex­ploi­ta­tion os­tréi­cole, compte te­nu de leur proxi­mi­té ma­ri­time. Il va donc fal­loir doig­té et diplomatie à Phi­lippe Le Gal pour cla­ri­fier la si­tua­tion de ses pairs, les ai­der dans leur crois­sance et li­mi­ter les pro­grammes im­mo­bi­liers. Pas simple. « Nous man­quons de règles éta­blies en ma­tière d’aqua­cul­ture. Les dé­tour­ne­ments de la loi sont trop fré­quents », in­siste le pro­duc­teur.

A 52 ans, il est pour­tant ro­dé aux né­go­cia­tions, il ne lâche rien. De­puis vingt-trois ans, Phi­lippe Le Gal est à la tête d’un très long et la­bo­rieux com­bat lo­cal vi­sant à obli­ger les com­munes lit­to­rales à mieux trai­ter leurs eaux usées pour pré­ser­ver la res­source os­tréi­cole. « Pen­dant tout ce temps, j’ai né­go­cié avec neuf pré­fets dif­fé­rents. Et il a fal­lu, chaque fois, tout ré­ex­pli­quer à cha­cun », se sou­vient-il. Une dé­ter­mi­na­tion payante puis­qu’il a en­fin ob­te­nu gain de cause… l’an pas­sé, pour la quin­zaine de pro­duc­teurs de son voi­si­nage dé­sor­mais cer­tains de la par­faite qua­li­té des huîtres qu’ils pro­duisent.

L’ap­pel de la mer

L’os­tréi­cul­ture est un mé­tier « de pas­sion » que Phi­lippe Le Gal exerce de­puis tou­jours, comme son père, et, avant lui, son grand-père. Mais l’homme, d’un na­tu­rel pru­dent, a plu­sieurs cordes à son arc. Après son BAC, il a ob­te­nu un BTS de comp­ta­bi­li­té à Vannes. « Mes pa­rents me­su­raient par­fai­te­ment les risques du mé­tier et vou­laient que je dis­pose d’une so­lu­tion de re­pli », conti­nue Phi­lippe Le Gal. Mais l’ap­pel de la mer, du tra­vail les pieds dans l’eau, été comme hi­ver face à l’océan, a été le plus fort. Il a d’abord exer­cé plu­sieurs an­nées avec son père avant de s’ins­tal­ler à son compte en 1992, en ra­che­tant, dans sa com­mune na­tale, la conces­sion os­tréi­cole dont il est tou­jours l’ex­ploi­tant. Pa­ral­lè­le­ment, Phi­lippe Le Gal a mul­ti­plié les res­pon­sa­bi­li­tés pro­fes­sion­nelles ré­gio­nales. Il est, de­puis 2014, pré­sident du co­mi­té ré­gio­nal des conchy­li­cul­teurs de Bre­tagne Sud.

Ma­rié à une comp­table qui tra­vaille chez un man­da­taire ju­di­ciaire à Vannes, il a deux grands enfants qui n’ont pas, pour le mo­ment, mar­ché sur les bri­sées fa­mi­liales. Mais rien n’est écrit ! Long­temps son fils l’a sui­vi sur les mar­chés lo­caux où Phi­lippe Le Gal conti­nue de vendre une par­tie de sa pro­duc­tion, le di­manche ma­tin. Comme tous les hommes de la mer, ce der­nier aime les grands es­paces. Ses sou­ve­nirs de voyages sont nom­breux, au pre­mier rang des­quels ce­lui de son ser­vice mi­li­taire ef­fec­tué sur le na­vire « Cle­men­ceau » à Dji­bou­ti. « J’y ai noué des re­la­tions ami­cales avec d’autres jeunes qui sont aus­si de­ve­nus os­tréi­cul­teurs ou pê­cheurs, on conti­nue à se voir ré­gu­liè­re­ment », in­dique le di­ri­geant. Dans le cadre de ses ac­ti­vi­tés pro­fes­sion­nelles, il a aus­si sillon­né le Ja­pon tra­di­tion­nel et l’Eu­rope. Un conti­nent qu’il va être ame­né à par­cou­rir de nou­veau pen­dant les quatre an­nées de son man­dat de pré­sident du Co­mi­té na­tio­nal de conchy­li­cul­ture. ■

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