Agnès Bu­zyn, la conquête de son es­pace

La mi­nistre des So­li­da­ri­tés joue à plein son rôle de voix so­ciale du gou­ver­ne­ment, tra­vaillant à une meilleure ef­fi­ca­ci­té du mo­dèle. Mais lit-elle bien le Ma­cron ?

Les Echos - - FRANCE - Cé­cile Cor­nu­det ccor­nu­det@le­se­chos.fr

Au bout d’un an, Agnès Bu­zyn ose. Par­ti­ci­per à des émis­sions de grande écoute (elle les en­chaîne), dire « je », se ris­quer à des im­per­ti­nences, comme jeu­di sur France 2, en lais­sant pa­raître son scep­ti­cisme visà-vis du « po­gnon de dingue »

pré­si­den­tiel. « C’était une conver­sa­tion pri­vée »,

lâche-t-elle contre l’évi­dence, « à cha­cun son style ». Le sien est ce­lui de la bonne élève dis­po­sée à in­car­ner ce pôle so­cial qu’on lui de­mande d’oc­cu­per. Un duo de femmes, Bu­zyn-Pé­ni­caud, pour équi­li­brer ce­lui de Ber­cy, Le Maire-Dar­ma­nin. On la pousse, elle se lance, y prend goût. La bonne élève est sûre de son fait. Il n’y a pas plus convain­cue que la « mi­nistre des So­li­da­ri­tés (elle y tient) et de la San­té » pour dé­peindre les im­per­fec­tions d’un mo­dèle so­cial qui « as­signe à ré­si­dence » et ne sait pas prendre en compte les vi­sages de la nou­velle pau­vre­té. Si elle est un peu fi­gée dans ses dé­pla­ce­ments de ter­rain, elle ne peut évo­quer sans émo­tion la si­tua­tion des femmes seules avec enfants. Pas de doute, il faut faire au­tre­ment, sor­tir de la lo­gique

« pu­re­ment cu­ra­tive », dit-elle. Elle a fait siens les mots de Ma­cron. « Il faut per­mettre l’éman­ci­pa­tion, la maî­trise de son des­tin par le tra­vail. »

Elle a sa lec­ture de Ma­cron. Le sys­tème a failli, il faut faire mieux, et « ac­com­pa­gner les per­sonnes ». Elle tra­vaille no­tam­ment sur les « freins pé­ri­phé­riques » à la re­prise d’em­ploi : pous­ser les mai­ries à ac­cep­ter les enfants des femmes ne tra­vaillant pas, avan­cer les frais de garde pour les femmes re­pre­nant un em­ploi, do­per le vo­let in­ser­tion du RSA, quitte à in­ci­ter da­van­tage les al­lo­ca­taires, etc. Bref, ne pas se conten­ter d’une ap­proche mo­né­taire. Est-ce à dire pour au­tant qu’on peut faire mieux avec moins ? Cette fois, le sou­rire cache la gêne.

Il n’est pas sûr qu’elle lise bien le Ma­cron.

Agnès Bu­zyn a conquis son es­pace, mais son rôle n’est pas tout à fait dé­fi­ni. Est-elle un contre­poids au ra­bot de Ber­cy, celle qui dit non au ci­seau dans les aides so­ciales, ac­cepte certes qu’on

« ques­tionne leur ef­fi­ca­ci­té »,

mais tient tête à Dar­ma­nin pour « ne pas faire d’éco­no­mies sur le dos des pauvres » ? Ou est-elle juste une voix so­ciale qui ras­sure et per­met­tra, in fine, de mieux faire pas­ser une lo­gique bud­gé­taire ? Pas sûr qu’elle-même le sache.

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