L’ex-chef éco­no­miste du FMI au Conseil na­tio­nal de la pro­duc­ti­vi­té

Oli­vier Blanchard et 11 autres éco­no­mistes doivent sié­ger dans cette nou­velle ins­tance qui se réuni­ra pour la pre­mière fois le 22 juin.

Les Echos - - FRANCE - G. C.

Dans les pro­chains jours, la France se do­te­ra d’une ins­tance char­gée d’étu­dier les évo­lu­tions de la pro­duc­ti­vi­té et de la com­pé­ti­ti­vi­té du tis­su pro­duc­tif du pays. C’est une re­com­man­da­tion d’un Conseil eu­ro­péen de sep­tembre 2016 : chaque Etat membre de la zone eu­ro est in­ci­té à créer un Conseil na­tio­nal de la pro­duc­ti­vi­té. Une note du Conseil d’ana­lyse éco­no­mique de fé­vrier 2016 évo­quait dé­jà cette pos­si­bi­li­té.

Douze éco­no­mistes doivent être nom­més par un ar­rê­té de Ma­ti­gnon, d’ici au 22 juin, date de la pre­mière réu­nion de ce conseil. Oli­vier Blanchard, ex­chef éco­no­miste du FMI, va en faire par­tie. D’autres éco­no­mistes fran­çais re­nom­més, tels qu’Agnès Be­nas­sy-Qué­ré, ex­pré­si­dente dé­lé­guée du CAE, Xa­vier Ra­got, pré­sident de l’Ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques (OFCE), Gil­bert Cette, de la Banque de France, ou en­core Phi­lippe Mar­tin, ac­tuel pré­sident dé­lé­gué du CAE, vont aus­si in­té­grer cette ins­tance qui se­ra rat­ta­chée à France Stra­té­gie. Ils de­vront « ana­ly­ser le ni­veau et l’évo­lu­tion de la pro­duc­ti­vi­té et de la com­pé­ti­ti­vi­té de l’éco­no­mie française re­la­ti­ve­ment à celles des autres éco­no­mies, ain­si que les po­li­tiques sus­cep­tibles d’avoir une in­ci­dence sur elles », pré­ci­sait le dé­cret de créa­tion.

A quoi va pou­voir ser­vir ce Conseil de pro­duc­ti­vi­té ? Tout d’abord, la crise de 2008, qui a tou­ché la zone eu­ro, a mon­tré que cer­tains pays, comme la Grèce, l’Es­pagne, le Por­tu­gal ou l’Ita­lie, pou­vaient être par­ti­cu­liè­re­ment ex­po­sés à un choc ex­té­rieur ag­gra­vant des dés­équi­libres ma­croé­co­no­miques en sein de la zone mo­né­taire unique. « Compte te­nu de l’ab­sence de taux de change no­mi­naux flexibles, ils ont be­soin de mé­ca­nismes adé­quats d’ajus­te­ment aux chocs tou­chant spé­ci­fi­que­ment cer­tains pays », re­mar­quait le Conseil eu­ro­péen de sep­tembre 2016. Or, l’amé­lio­ra­tion de la com­pé­ti­ti­vi­té peut ré­duire ces dés­équi­libres, tels que le dé­fi­cit de la ba­lance cou­rante. Pour le Conseil eu­ro­péen, la créa­tion de cette nou­velle ins­tance « pour­rait avoir un ef­fet po­si­tif sur le sou­tien et l’adhé­sion du pu­blic aux ré­formes né­ces­saires ».

Co­or­di­na­tion ab­sente

Tou­te­fois, cer­tains éco­no­mistes ont vi­si­ble­ment l’in­ten­tion d’al­ler au-de­là des pré­co­ni­sa­tions clas­siques de ré­formes struc­tu­relles. Car c’est aus­si l’ab­sence de co­or­di­na­tion des po­li­tiques éco­no­miques de­puis la nais­sance de la zone eu­ro qui a nour­ri la crise des dettes pu­bliques de l’été 2010.

Créée lors d’un Conseil eu­ro­péen de 2016, l’ins­tance doit ana­ly­ser les res­sorts de la com­pé­ti­ti­vi­té de la France.

Ain­si, dans une note pré­sen­tée en fé­vrier der­nier lors d’un col­loque à Ber­cy, Oli­vier Blanchard ju­geait qu’en l’ab­sence d’une mo­bi­li­té forte des tra­vailleurs au sein de la zone eu­ro il fal­lait har­mo­ni­ser les né­go­cia­tions sa­la­riales dans les Etats membres. Si la for­ma­tion des sa­laires est lais­sée au mar­ché, alors, en cas de choc ayant un im­pact dif­fé­rent se­lon les pays, les plus tou­chés risquent d’être af­fai­blis par des ajus­te­ments dou­lou­reux, voire tom­ber dans une spi­rale dé­fla­tion­niste. Là, il s’agit bien d’un dé­fi­cit de co­or­di­na­tion au ni­veau eu­ro­péen au­quel l’an­cien chef éco­no­miste du FMI s’at­ta­quait. —

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