La pe­tite re­vanche de Fran­çois Hol­lande

Om­ni­pré­sent dans les mé­dias, l’an­cien chef de l’Etat ne boude pas son plai­sir de dé­fendre en­fin son quin­quen­nat.

Les Echos - - FRANCE - Pierre-Alain Fur­bu­ry @paFur­bu­ry

Mi­chel Sa­pin jure que l’an­cien chef de l’Etat n’a

« pas d’idée der­rière la tête ».

Jeu­di, il a cri­ti­qué les pro­pos d’Em­ma­nuel Ma­cron sur le « po­gnon de dingue ».

Ce n’est pas un re­tour en grâce – tant s’en faut –, mais Fran­çois Hol­lande ne boude pas son plai­sir. De­puis la pu­bli­ca­tion de son livre, il y a tout juste deux mois, il est lit­té­ra­le­ment par­tout. L’an­cien chef de l’Etat en­chaîne, comme ja­mais de­puis son dé­part de l’Ely­sée, les in­ter­ven­tions dans les mé­dias et les dé­pla­ce­ments sur le ter­rain, pour dé­di­ca­cer « Les Le­çons du pou­voir » (Stock) dans les librairies. Un ou­vrage qui se vend « bien », a-t-il glis­sé avec gour­man­dise, jeu­di, sur Eu­rope 1. Au grand dam de son propre par­ti, qui ai­me­rait tour­ner la page, il est l’un des seuls so­cia­listes à être un tant soit peu au­dible.

Comme une re­vanche pour un homme qui n’avait même pas été en état de se re­pré­sen­ter et que son suc­ces­seur – pour­tant son an­cien conseiller et an­cien mi­nistre – ren­voie à l’an­cien monde. Son ami Mi­chel Sa­pin, l’ex-mi­nistre des Fi­nances, tou­jours à ses cô­tés dans ses lo­caux de la rue de Ri­vo­li à Pa­ris, avoue, chez Fran­çois Hol­lande, « une sa­tis­fac­tion réelle, très humaine et très po­li­tique » : « En­tendre des élec­teurs de gauche qui ont vo­té Ma­cron lui dire “avec vous, c’était quand même mieux”, ça lui fait du bien. »

« La forme était gros­sière »

L’an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique ne manque sur­tout pas une oc­ca­sion de ré­ha­bi­li­ter son bi­lan, que per­sonne n’a por­té pen­dant la cam­pagne, ni dé­fen­du de­puis – et « que per­sonne n’a en­vie de dé­fendre », grince un membre de la jeune garde du PS. Et il marque au­tant que pos­sible sa dif­fé­rence avec Em­ma­nuel Ma­cron, qui dé­croche dans l’élec­to­rat de gauche. S’il a qua­li­fié d’« avan­cée », le reste à charge zé­ro en san­té, il a sur­tout fus­ti­gé jeu­di les pro­pos d’Em­ma­nuel Ma­cron sur le

« po­gnon de dingue » mis dans les mi­ni­ma so­ciaux sans mettre fin à la pau­vre­té. « La forme était gros­sière à tous points de vue »,

a-t-il tran­ché, ta­clant éga­le­ment, sur le fond, ceux qui

« ac­cen­tuent les in­éga­li­tés » et

« laissent pen­ser que la pau­vre­té est vo­lon­taire ».

Fran­çois Hol­lande connaît trop la po­li­tique pour vé­ri­ta­ble­ment croire en ses chances de re­ve­nir un jour au pou­voir, même par un « trou de sou­ris ».

Sur­tout après l’échec de Ni­co­las Sar­ko­zy. Mais il se plaît à lais­ser cette pe­tite mu­sique pros­pé­rer, lui qui consi­dère qu’il n’a pas été bat­tu puis­qu’il ne s’est pas re­pré­sen­té. « Il joue de l’am­bi­guï­té de sa dé­marche. Il ex­celle dans les jeux de gros ma­tou. Et il y prend un plai­sir fou », confie une an­cienne membre du gou­ver­ne­ment, qui le connaît bien.

« Je crois qu’il a com­pris que tout re­tour est im­pos­sible. Ce dont il ne semble pas avoir pris conscience, c’est de la né­ces­si­té de faire autre chose que de la po­li­tique »,

lâche un troi­sième.

Mi­chel Sa­pin jure que l’an­cien chef de l’Etat n’a « pas d’idée der­rière la tête ». « Mé­len­chon ayant mon­tré ses li­mites et Ma­cron ayant mon­tré ce qu’il était po­li­ti­que­ment, il y a un es­pace. Hol­lande l’oc­cupe. Est-ce que ça in­ter­dit à quel­qu’un d’autre de l’oc­cu­per ? Non »,

pour­suit ce hol­lan­dais de tou­jours, alors que des so­cia­listes re­grettent que l’an­cien lo­ca­taire de l’Ely­sée « joue en so­lo »

et ne soit pas « bien­veillant avec le Par­ti so­cia­liste et Oli­vier Faure ». En dé­but de se­maine, le nou­veau pre­mier se­cré­taire du PS a dé­men­ti être « aga­cé »,

mais il a tout de même ten­té de re­mettre Fran­çois Hol­lande à sa place : « Il cherche des lecteurs. Moi, mon rôle, a-t-il dit, c’est de cher­cher des élec­teurs. » ■

Pho­to Se­bas­tien Or­to­la/RÉA

L’an­cien pré­sident ne manque pas une oc­ca­sion de ré­ha­bi­li­ter son bi­lan.

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