Aides so­ciales : trois scé­na­rios pour sor­tir les enfants de la pau­vre­té

Le Haut Conseil de la fa­mille, de l’en­fance et de l’âge sug­gère la créa­tion d’une al­lo­ca­tion spé­ci­fique.

Les Echos - - FRANCE - Sol­veig Go­de­luck @Sol­wii

A quelques se­maines de la pré­sen­ta­tion, dé­but juillet, de la stra­té­gie gou­ver­ne­men­tale de lutte contre la pau­vre­té, un rap­port du Haut Conseil de la fa­mille, de l’en­fance et de l’âge (HCFEA), pu­blié cette se­maine, pro­pose des pistes in­té­res­santes. Le cap a été fixé par l’exé­cu­tif : prio­ri­té aux 2,8 mil­lions d’enfants, par­mi les 8,6 mil­lions de per­sonnes pauvres. Comme l’a rap­pe­lé Em­ma­nuel Ma­cron mer­cre­di de­vant le Congrès de la Mu­tua­li­té française, avant d’en­vi­sa­ger une hausse des dé­penses, les me­sures d’ac­com­pa­gne­ment, telles que l’ac­cès aux crèches, à l’em­ploi, à un lo­ge­ment stable, sont es­sen­tielles. Mais le Haut Conseil en­vi­sage éga­le­ment un ren­for­ce­ment des pres­ta­tions mo­né­taires.

L’idée est de mieux ci­bler les fa­milles mo­no­pa­ren­tales et les fra­tries nom­breuses, les mé­nages les plus vul­né­rables face à l’ex­clu­sion so­ciale. Alors que le taux de pau­vre­té moyen était de 14,1 % en 2014, il mon­tait à 33,5 % pour les mères ou pères iso­lés et à 40,5 % pour les fa­milles avec quatre enfants et plus. Il suf­fi­rait en théo­rie de 8,5 mil- liards d’eu­ros pour ra­me­ner au­des­sus de l’ac­tuel seuil de pau­vre­té les mé­nages vi­vant en des­sous. Mais au­cune des pres­ta­tions exis­tantes n’est as­sez ci­blée pour qu’un tel trans­fert so­cial s’opère.

Le HCFEA pro­pose trois scé­na­rios coû­tant entre 1,8 et 2 mil­liards d’eu­ros par an. Le plus cher consiste à aug­men­ter les ma­jo­ra­tions pour enfants du re­ve­nu de so­li­da­ri­té ac­tive (RSA) pour les fa­milles mo­no­pa­ren­tales et nom­breuses. Seul pro­blème, ce­la ne per­met­trait pas de com­bler l’écart entre le ni­veau de cette pres­ta­tion et le seuil de pau­vre­té et ne sor­ti­rait que 160.000 enfants de la pau­vre­té.

Re­ci­bler la prime d’ac­ti­vi­té

Deuxième scé­na­rio : l’aug­men­ta­tion du bo­nus pa­rent iso­lé et du bo­nus par en­fant dans la prime d’ac­ti­vi­té. Cette so­lu­tion a l’avan­tage de tou­cher 1,9 mil­lion de mé­nages, mais risque de res­sem­bler à du sau­pou­drage puisque les fa­milles mo­destes bé­né­fi­cient elles aus­si de la prime. C’est jus­te­ment l’une des cri­tiques que l’on adresse au­jourd’hui à la prime d’ac­ti­vi­té, que le gou­ver­ne­ment ai­me­rait « re­ci­bler » même s’il hé­site à le faire.

En­fin, le HCFEA ima­gine créer une nou­velle pres­ta­tion, bien plus ef­fi­cace : une al­lo­ca­tion pour les enfants pauvres dont le mon­tant se­rait ex­clu de la base res­sources ser­vant à cal­cu­ler le RSA et la prime d’ac­ti­vi­té. En somme, un bo­nus. Les caisses d’al­lo­ca­tions fa­mi­liales iden­ti­fie­raient les fa­milles pauvres à l’aide de leur dé­cla­ra­tion de re­ve­nus et ver­se­raient 50 eu­ros par mois et par en­fant. « Avec une telle al­lo­ca­tion en­fant, les fa­milles mo­no­pa­ren­tales sans re­ve­nu d’ac­ti­vi­té ayant trois ou quatre enfants âgés de moins de 14 ans ne se­raient plus pauvres », ar­gu­mente le Haut Conseil. « Les fa­milles mo­no­pa­ren­tales ayant un ou deux enfants âgés de moins de 14 ans pour­raient sor­tir de la pau­vre­té avec un sa­laire in­fé­rieur à un de­mi-SMIC (voire 0,2 SMIC dans de nom­breuses confi­gu­ra­tions), et la plu­part des couples avec un sa­laire in­fé­rieur à 0,8 SMIC », pour­suit-il.

Ce scé­na­rio, le moins coû­teux, se­rait le plus ef­fi­cace car il fe­rait sor­tir de la pau­vre­té 364.000 enfants. Il di­mi­nue­rait le taux de pau­vre­té de 1,1 point et ce­lui des enfants de 2,6 points. Il se­rait le plus apte à faire bais­ser l’in­ten­si­té de la pau­vre­té (moins de très grande pau­vre­té), à – 3,3 points contre – 1,7 point dans le scé­na­rio RSA et +0,4 point dans le scé­na­rio prime d’ac­ti­vi­té. ■

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