L’eu­ro est « ir­ré­ver­sible », mar­tèle Draghi en di­rec­tion de Rome

Les Echos - - MONDE - Oli­vier Tos­se­ri @oli­vier­tos­se­ri — Cor­res­pon­dant à Rome avec T. M., à Ri­ga

Ma­rio Draghi dé­fend la mon­naie unique, mise à mal par le nou­veau gou­ver­ne­ment ita­lien. Il re­fuse tou­te­fois de dra­ma­ti­ser la si­tua­tion po­li­tique ac­tuelle de son pays.

Deux se­maines après l’ins­tal­la­tion du nou­veau gou­ver­ne­ment eu­ros­cep­tique ita­lien, Ma­rio Draghi a mar­te­lé que l’eu­ro était « ir­ré­ver­sible », cher­chant à stop­per le dé­bat dans son pays d’ori­gine. L’eu­ro « est ir­ré­ver­sible parce qu’il est fort, parce que les gens le veulent et parce que ça n’ap­porte rien à per­sonne de dis­cu­ter ces thèses », a dé­cla­ré le pré­sident de la Banque cen­trale eu­ro­péenne.

Sans ci­ter di­rec­te­ment son pays, l’an­cien gou­ver­neur de la Banque d’Ita­lie a cher­ché à dé­dra­ma­ti­ser les « chan­ge­ments de po­li­tique » qui peuvent in­ter­ve­nir après chaque élec­tion na­tio­nale, mais in­sis­té pour dire que ces « dif­fé­rences soient dis­cu­tées dans le cadre des trai­tés exis­tants ». Au­tre­ment dit, dans le res­pect du Pacte de sta­bi­li­té et de crois­sance.

Bien qu’ayant re­non­cé à mettre en cause la mon­naie unique, la Ligue et le Mou­ve­ment 5 étoiles au pou­voir à Rome sont eu­ros­cep­tiques et leurs lea­ders veulent « qu’à Bruxelles la mu­sique change ». A com­men­cer par le pacte de sta­bi­li­té qui ne peut être res­pec­té si le gou­ver­ne­ment de Giu­seppe Conte met en oeuvre toutes ses pro­messes. Les ré­duc­tions mas­sives d’im­pôts et les dé­penses nou­velles, es­ti­mées à en­vi­ron 130 mil­liards d’eu­ros, fe­raient ex­plo­ser le dé­fi­cit ita­lien de 5 à 7 % du PIB.

Ajus­te­ment en dou­ceur

Tout en ap­pe­lant les pays à conso­li­der, par­ti­cu­liè­re­ment ceux dont la dette pu­blique est éle­vée, la BCE a ras­su­ré l’Ita­lie par l’ajus­te­ment en dou­ceur de sa po­li­tique mo­né­taire. Celle-ci pré­voit certes la fin de son pro­gramme d’achats d’ac­tifs, connu sous le nom de « QE » mais elle main­tien­dra un gel des taux nuls jus­qu’à la fin de l’été 2019.

«Un mes­sage at­ten­du et ras­su­rant, sur­tout pour un pays avec une aus­si lourde dette que celle de l’Ita­lie, es­time l’éco­no­miste Pier­pao­lo Be­ni­gno. Avec plus de 2.400 mil­liards d’eu­ros, elle re­pré­sente un quart de toute la dette pu­blique en zone eu­ro et l’ins­ti­tu­tion sié­geant à Franc­fort en dé­tient 16 %. Si, en 2014, avant le « QE », Rome payait 5,2 % du PIB en in­té­rêts sur sa dette, son der­nier bud­get pré­voit qu’il n’en paie­ra que 3,5 %. Concer­nant la pé­nin­sule, pour­suit Pier­pao­lo Be­ni­gno, « les mar­chés ne ju­ge­ront pas tant les annonces de la BCE que celles de son nou­veau gou­ver­ne­ment qui pour­raient la faire glis­ser dans l’in­sta­bi­li­té fi­nan­cière. » L’éco­no­miste Fran­ces­co Sa­ra­ce­no de l’Uni­ver­si­té Luiss Gui­do Car­li n’est pas in­quiet : « La BCE a agi pour tran­quilli­ser les mar­chés, reste à voir si l’Ita­lie vou­dra, elle aus­si, les ras­su­rer. Toutes les pro­messes ne se­ront pas main­te­nues. Les comptes pu­blics se sont amé­lio­rés ces der­nières an­nées et les banques sont plus so­lides. Ce gou­ver­ne­ment pour­ra avoir un ef­fet po­si­tif en ré­veillant des pays pour avan­cer sur la ré­forme de la zone eu­ro. »

Le mi­nistre de l’Eco­no­mie Gio­van­ni Tria s’est par ailleurs dé­jà clai­re­ment ins­crit dans la conti­nui­té de son pré­dé­ces­seur Pier Car­lo Pa­doan. Mais pour Fran­ces­co Sa­ra­ce­no, la vé­ri­table in­quié­tude ne concerne pas les fi­nances pu­bliques. « L’in­tro­duc­tion d’une “flat tax”, qui n’a ja­mais eu au­cun ef­fet sur la crois­sance, va en re­vanche ag­gra­ver en­core plus les in­éga­li­tés dé­jà très fortes dans le pays. On l’a vu dans le pas­sé, on dy­na­mite le sys­tème fis­cal et pour re­mettre de l’ordre dans les comptes, on dé­chire le tis­su so­cial. » ■

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