Un nou­veau gou­ver­ne­ment égyp­tien réformiste

Les Echos - - MONDE - Yves Bour­dillon @yves­bour­dillon

Un nou­veau ca­bi­net va prendre les com­mandes, avec des chan­ge­ments aux postes clefs de la Dé­fense et de l’In­té­rieur.

Le nou­veau gou­ver­ne­ment égyp­tien a prê­té ser­ment jeu­di de­vant le pré­sident Ab­del Fat­tah Al Sis­si, ré­élu en mars avec 97 % des voix, avec des chan­ge­ments aux postes clefs de la Dé­fense et de l’In­té­rieur. Le nou­veau ca­bi­net de 33 membres, dont 8 femmes, conduit par l’an­cien mi­nistre du Lo­ge­ment Mos­ta­fa Mad­bou­li, ne rem­place que le mi­nistre de l’In­té­rieur et de la Dé­fense au mo­ment où le pou­voir mène l’of­fen­sive contre les dji­ha­distes dans le Si­naï.

Ce nou­veau ca­bi­net va vrai­sem­bla­ble­ment, mal­gré les risques so­ciaux, conti­nuer les ré­formes éco­no­miques lan­cées à l’au­tomne 2016 après des an­nées de ter­gi­ver­sa­tion. Le mi­nistre de l’Elec­tri­ci­té, Mo­ha­med Cha­ker, a ain­si an­non­cé mar­di la ré­duc­tion des sub­ven­tions à l’élec­tri­ci­té, ce qui de­vrait se tra­duire par une hausse des ta­rifs de 24,8 % pour les mé­nages en moyenne et de… 41 % pour le sec­teur in­dus­triel à par­tir du 1er juillet. Une me­sure de bon sens, puisque ces sub­ven­tions coû­taient une for- tune à l’Etat, in­ci­taient au gas­pillage et pro­fi­taient à des mé­nages très ai­sés. Certes, il risque de gre­ver le bud­get des pauvres, mais la consom­ma­tion res­te­ra sub­ven­tion­née jus­qu’à 1.000 ki­lo­watts par mois.

Fai­blesses éco­no­miques

Le pro­gramme de vé­ri­té des prix s’est tra­duit le mois der­nier par une hausse spec­ta­cu­laire du prix du ti­cket de mé­tro, pas­sé de l’équi­valent de 10 cen­times d’eu­ro à 35 cen­times se­lon la dis­tance par­cou­rue. Ce qui avait pro­vo­qué des ma­ni­fes­ta­tions, pour­tant rares dans le pays. L’am­pleur d’éven­tuelles nou­velles ma­ni­fes­ta­tions se­ra donc un test pour les ré­formes dé­ci­dées par le ré­gime en contre­par­tie d’une aide in­dis­pen­sable du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal de 12 mil­liards de dol­lars. Le Caire a dé­jà dé­va­lué la de­vise de 50 %, ins­tau­ré la TVA et fait pas­ser des lois sé­cu­ri­sant les in­ves­tis­se­ments.

Même si le pou­voir d’achat de la ma­jo­ri­té des 100 mil­lions d’Egyp­tiens ne pro­gresse pas vrai­ment, le pays semble com­men­cer à ré­col­ter les fruits de ces ré­formes. L’in­fla­tion est re­des­cen­due au­tour de 11 % au­jourd’hui. La crois­sance de­vrait pas­ser de 4,2 % en 2017 à 5,2 % en 2018, se­lon le FMI. Le dé­fi­cit de la ba­lance des paie­ments a été di­vi­sé par trois au deuxième tri­mestre 2017 sur 2016, à 3.4 mil­liards de dol­lars, grâce no­tam­ment à un tri­ple­ment des re­cettes tou­ris­tiques, à 5 mil­liards de dol­lars. En re­vanche, le pays conserve des fai­blesses éco­no­miques et so­ciales ; un dé­fi­cit bud­gé­taire proche de 10 % du PIB, une dette dont le ser­vice ap­proche un tiers des dé­penses pu­bliques, ain­si qu’un chô­mage des jeunes proche de 40 % dans cer­taines ré­gions. ■

Pho­to Mo­ha­med el-Sha­hed/AFP

Les bou­tiques de sou­ve­nirs re­com­mencent à se rem­plir avec le re­tour des tou­ristes en Egypte.

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