Pour une Eu­rope des pro­duits du­rables et ré­pa­rables

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - d’Emile Meu­nier Emile Meu­nier est avo­cat.

Brune Poir­son, se­cré­taire d’Etat à l’Eco­lo­gie, a an­non­cé ré­cem­ment vou­loir mettre en place d’ici à 2020 un af­fi­chage sur les ap­pa­reils pour si­gna­ler au consom­ma­teur s’ils sont ré­pa­rables ou non. Ils pour­ront ain­si sa­voir si les pro­duits qu’ils achètent sont du­rables.

Il s’agit éga­le­ment de mettre fin à une asy­mé­trie d’in­for­ma­tion puisque les fa­bri­cants connaissent, eux, pré­ci­sé­ment la du­rée de vie moyenne de leurs pro­duits et leur taux de re­tour à la suite d’une panne. On peut lo­gi­que­ment sup­po­ser que la trans­pa­rence in­cite les consom­ma­teurs à ache­ter des pro­duits de meilleure qua­li­té, ti­rant ain­si vers le haut la concur­rence entre fa­bri­cants.

Plus lar­ge­ment, ce dé­bat doit nous rap­pe­ler que les me­sures qui visent à al­lon­ger la du­rée de vie des pro­duits servent certes le pou­voir d’achat des consom­ma­teurs, mais aus­si l’éco­lo­gie et la créa­tion d’em­plois.

D’une part, les bé­né­fices d’une pro­duc­tion du­rable pro­fitent à notre pla­nète. Chaque Fran­çais jette tous les ans plus de 20 ki­los de dé­chets élec­tro­mé­na­gers. Ce­la re­pré­sente 147 tours Eiffel mises bout à bout. Pour fa­bri­quer chaque smart­phone, il faut uti­li­ser 70 ki­los de ma­tières pre­mières, dont l’ex­trac­tion est ex­trê­me­ment pol­luante. Or, dans les trois quarts des cas, un pro­duit élec­tro­mé­na­ger at­ter­rit à la pou­belle à cause d’un seul com­po­sant en panne. En ré­pa­rant, on évi­te­rait des mil­lions de tonnes de dé­chets tous les ans et on pré­ser­ve­rait des res­sources né­ces­saires aux gé­né­ra­tions fu­tures.

D’autre part, re­pen­ser la con­cep­tion des pro­duits et leur usage est une source for­mi­dable d’innovation, de crois­sance pour les en­tre­prises et d’em­plois dans les ter­ri­toires. Tous les maillons de la chaîne de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion d’un pro­duit doivent être re­vus pour op­ti­mi­ser l’uti­li­sa­tion des res­sources : éco­con­cep­tion, op­ti­mi­sa­tion du de­si­gn, usage de ma­té­riaux in­no­vants, amé­lio­ra­tion des per­for­mances tech­niques, pas­sage d’une éco­no­mie de la pro­prié­té à celle de l’usage, dé­ve­lop­pe­ment des ac­ti­vi­tés de ré­pa­ra­tion et de ré­em­ploi. Ce­la s’ap­pelle l’éco­no­mie

L’éco­no­mie cir­cu­laire per­met­trait de créer jus­qu’à 400.000 em­plois sup­plé­men­taires, rien qu’en France.

cir­cu­laire et ce­la per­met­trait, se­lon l’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie, de créer jus­qu’à 400.000 em­plois sup­plé­men­taires, rien qu’en France.

N’ou­blions pas que nous dan­sons sur un vol­can. Les res­sources sur terre s’épuisent. En cause, notre mode oc­ci­den­tal de consom­ma­tion. Il nous fau­drait trois pla­nètes pour per­mettre à toute l’hu­ma­ni­té de vivre comme nous, eu­ro­péens. Mais nous ne les avons pas. Heu­reu­se­ment, les ci­toyens en prennent conscience.

Ils ont ap­plau­di l’ou­ver­ture en France de deux en­quêtes pé­nales contre Apple et Ep­son pour dé­lit d’obsolescence pro­gram­mée, car ils sont soup­çon­nés d’avoir ré­duit vo­lon­tai­re­ment la du­rée de vie de leurs pro­duits. Le mes­sage est clair : les ci­toyens veulent des pro­duits qui durent long­temps et qui soient ré­pa­rables. Il faut donc sa­luer la di­rec­tion prise par le gou­ver­ne­ment. Mais ce type de me­sure n’au­ra d’ef­fet que si la France porte son am­bi­tion au ni­veau eu­ro­péen. En ef­fet, seul un mar­ché de 500 mil­lions de consom­ma­teurs re­pré­sente un éche­lon suf­fi­sant pour as­su­rer la tran­si­tion éco­lo­gique face à la com­pé­ti­tion mon­diale. En y ré­pon­dant, l’Union eu­ro­péenne in­car­ne­ra un mo­dèle al­ter­na­tif qui conci­lie en­fin éco­lo­gie, pou­voir d’achat et créa­tion d’em­plois.

Les en­tre­prises eu­ro­péennes com­mencent à prendre le tour­nant. Par exemple, SEB pro­pose des biens ré­pa­rables pen­dant dix ans à un coût rai­son­nable. Notre fleu­ron fran­çais Mi­che­lin a an­non­cé la sor­tie pro­chaine d’un pneu ga­ran­ti à vie. Mais elles ont be­soin d’ou­tils lé­gis­la­tifs et éco­no­miques pour conce­voir des biens du­rables. Des so­lu­tions simples sont à por­tée de main : la mise en place d’un bo­nus-ma­lus pour fa­vo­ri­ser ce type de biens, la baisse du coût des pièces dé­ta­chées qui sont in­dis­pen­sables à la ré­pa­ra­tion des biens, ou en­core da­van­tage de fi­nan­ce­ments eu­ro­péens d’in­ves­tis­se­ment pour l’éco­no­mie cir­cu­laire… Les so­lu­tions sont là, elles de­vraient être une prio­ri­té de notre po­li­tique eu­ro­péenne.

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