Un vent d’an­xié­té souffle sur les mar­chés bour­siers

Les mar­chés ac­tions viennent de su­bir leur plus forte cor­rec­tion de­puis fé­vrier.

Les Echos - - LA UNE - Pier­rick Fay @pier­rick­fay

BOURSE Dans le sillage de Wall Street, la Bourse de Paris perd plus de 4,5 % de­puis lun­di et semble bien par­tie pour réa­li­ser sa pire se­maine de­puis fé­vrier der­nier. La mon­tée des taux d’in­té­rêt obli­ga­taires aux Etats-Unis a pous­sé les in­ves­tis­seurs à vendre leurs ac­tions. Les ten­sions si­no-amé­ri­caines ajoutent à leur ner­vo­si­té.

Un vent d’an­xié­té souffle sur les mar­chés fi­nan­ciers en ce mois d’oc­tobre. Comme en fé­vrier der­nier. La re­mon­tée des taux d’in­té­rêt sur le mar­ché obli­ga­taire amé­ri­cain nour­rit la cor­rec­tion bour­sière. « Le taux des em­prunts à 10 ans amé­ri­cains a pris 40 points de base en six se­maines, dont la moi­tié sur le seul mois d’oc­tobre », ex­plique UBS dans une note, rap­pe­lant qu’une hausse équi­va­lente avait fait chu­ter les mar­chés en fé­vrier.

Le ren­de­ment du taux à dix ans amé­ri­cain a dé­pas­sé ré­cem­ment les 3,20 %, ce qui rend l’in­ves­tis­se­ment en ac­tions plus ris­qué. « Le mar­ché nor­ma­lise ses ex­cès », constate Sté­phane Déo à La Banque Pos­tale AM, en ven­dant les va­leurs de crois­sance, ju­gées bien va­lo­ri­sées, au pro­fit de cer­taines va­leurs dé­lais­sées. Mer­cre­di, ces der­nières avaient af­fi­ché une sur­per­for­mance re­la­tive de 2,64 % face aux va­leurs de crois­sance, se­lon Sté­phane Déo.

L’aver­tis­se­ment du FMI

Mais la hausse des taux n’est pas la seule ex­pli­ca­tion à la vague de prises de bé­né­fice sur les mar­chés bour­siers. Les in­ves­tis­seurs s’in­quiètent aus­si des risques de ra­len­tis­se­ment de la crois­sance mon­diale. La cor­rec­tion coïn­cide avec l’aver­tis­se­ment du FMI sur la crois­sance. L’ins­ti­tu­tion a re­vu en baisse ses pré­vi­sions, à 3,7 % pour 2018 et 2019, au lieu de 3,9 %. En cause, la hausse des ta­rifs doua­niers, qui risque de pe­ser sur les échanges in­ter­na­tio­naux. L’ef­fet est dé­jà vi­sible sur la Chine, mais aus­si sur l’Eu­rope, avec une crois­sance des nou­velles com­mandes à l’ex­por­ta­tion, au plus bas de­puis cinq ans, se­lon IHS Mar­kit.

Jus­qu’ici, Wall Street avait sem­blé épar­gné, mais pour Ri­chard Ti­the­ring­ton, chez JP Mor­gan AM, « ce se­rait une er­reur de mi­ni­mi­ser l’im­pact de la dis­pute com­mer­ciale entre les Etats-Unis et la Chine, qui ne peut être qu’un jeu per­dant-per­dant ». Car, à terme, ces ta­rifs doua­niers pour­raient am­pli­fier les ten­sions in­fla­tion­nistes aux Etats-Unis et pe­ser sur les in­ten­tions d’in­ves­tis­se­ment des en­tre­prises. La cor­rec­tion ac­tuelle des mar­chés est aus­si l’illustration de ces in­cer­ti­tudes.

Trump me­nace en­core la Chine

« Le mar­ché a long­temps sous-es­ti­mé cette crainte en se di­sant que Trump par­vien­drait à un “deal” comme il l’a fait pour l’Ale­na avec le Mexique. Il es­pé­rait la même chose avec la Chine, mais je ne crois pas à ce scé­na­rio. On a dé­ri­vé vers des pro­blèmes plus com­plexes sur les bre­vets, la puis­sance des tech­no­lo­gies, le manque d’ou­ver­ture du mar­ché chi­nois. Ce­la ne va pas être fa­cile à ré­gler à moyen terme », aver­tit Da­vid Ol­der, chez Car­mi­gnac.

Les der­nières dé­cla­ra­tions de Do­nald Trump en at­testent. Alors que les in­ves­tis­seurs se mon­traient ras­su­rés, jeu­di après-mi­di, par les chiffres de l’in­fla­tion amé­ri­caine – qui a ra­len­ti en sep­tembre – éloi­gnant ain­si le risque d’ac­cé­lé­ra­tion du rythme de hausse des taux de la Fed, Do­nald Trump a re­mis de l’huile sur les braises dans un en­tre­tien sur Fox News. « L’éco­no­mie chi­noise a ra­len­ti très net­te­ment et j’ai en­core beau­coup de choses à faire, si je veux. Je ne le veux pas, mais ils doivent ve­nir à la table des né­go­cia­tions. » Plus tôt, les at­taques du pré­sident amé­ri­cain contre la po­li­tique mo­né­taire de la Fed avaient aus­si se­coué les mar­chés.

Consé­quence, la dé­grin­go­lade s’est pour­sui­vie sur les mar­chés ac­tions. La Bourse de Paris a per­du 1,92 % jeu­di à 5.106 points, ce qui porte son re­pli à 4,72 % de­puis le dé­but de la se­maine. Elle pour­rait donc en­re­gis­trer sa pire per­for­mance heb­do­ma­daire de­puis fé­vrier der­nier.

Sai­son des ré­sul­tats

Et main­te­nant ? La pour­suite de la cor­rec­tion dé­pen­dra d’abord de l’évo­lu­tion des taux amé­ri­cains. « Cette hausse n’est pas dic­tée par une en­vo­lée de l’in­fla­tion ou des pres­sions in­fla­tion­nistes. Pour moi, c’est un pro­blème de li­qui­di­té. Je pense donc que les taux vont se sta­bi­li­ser et les mar­chés ac­tions avec », es­père Da­vid Ol­der. Un avis par­ta­gé par Vincent Ju­vyns chez JP Mor­gan AM : « Il y a une con­jonc­tion d’élé­ments qui poussent les taux à la hausse : la nor­ma­li­sa­tion de la po­li­tique

Le ren­de­ment du taux à dix ans amé­ri­cain a dé­pas­sé ré­cem­ment les 3,20 %, ce qui rend l’in­ves­tis­se­ment en ac­tions plus ris­qué.

mo­né­taire de la Fed, qui va ra­che­ter 600 mil­liards de dol­lars d’em­prunts d’Etat en moins cette an­née, des va­riables éco­no­miques – in­fla­tion et crois­sance – qui per­mettent à la Fed d’aug­men­ter ses taux… Mais à un mo­ment, leur ni­veau va de­ve­nir suf­fi­sam­ment in­té­res­sant pour pous­ser les in­ves­tis­seurs à ache­ter des obli­ga­tions, ce qui de­vrait frei­ner le mou­ve­ment de hausse des taux ».

Elle dé­pen­dra aus­si de la sai­son des ré­sul­tats qui va dé­mar­rer à Wall Street. Les ana­lystes an­ti­cipent une hausse de 21 % des bé­né­fices par ac­tion pour le S & P 500 au troi­sième tri­mestre et de 20 % au qua­trième tri­mestre. Les at­tentes sont donc très éle­vées, no­tam­ment sur les marges, ce qui consti­tue aus­si un risque en cas de dé­cep­tion. Les in­ves­tis­seurs se­ront aus­si at­ten­tifs aux pré­vi­sions des en­tre­prises, d’au­tant que de nom­breux di­ri­geants ne cachent plus leurs in­quié­tudes sur les consé­quences de la guerre ta­ri­faire avec la Chine. Après avoir connu le meilleur de Trump de­puis un an, les in­ves­tis­seurs pour­raient bien com­men­cer à en connaître le pire.

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