Jup­pé-Pé­cresse, la bi­fur­ca­tion

Jup­pé ap­puie Ma­cron dans sa stra­té­gie eu­ro­péenne, Pé­cresse semble prête à une neu­tra­li­té bien­veillante face à la fu­ture liste LR. La droite mo­dé­rée se dis­perse.

Les Echos - - FRANCE - Cé­cile Cor­nu­det ccor­nu­det@le­se­chos.fr

Unie dans le re­jet de Laurent Wau­quiez, sé­duite (au dé­but) par Em­ma­nuel Ma­cron, la droite mo­dé­rée de­vient de plus en plus plu­rielle. Le temps passe, les che­mins s’éloignent, comme ceux d’Alain Jup­pé et de Va­lé­rie Pé­cresse, pour prendre deux fi­gures em­blé­ma­tiques. Les dif­fi­cul­tés d’Em­ma­nuel Ma­cron confortent la pré­si­dente d’Ilede-France dans l’idée qu’elle peut in­car­ner une al­ter­na­tive au pré­sident de la République au sein de LR ; elles conduisent au contraire le maire de Bor­deaux à lui ap­por­ter plus clai­re­ment son sou­tien. Alain Jup­pé va­lide dé­sor­mais la ligne stra­té­gique choi­sie par Em­ma­nuel Ma­cron pour les élec­tions européennes de mai. Pro­gres­sistes ver­sus na­tio­na­listes, il faut ser­rer les rangs parce qu’il y a dan­ger, re­prend-il ain­si dans « Les Echos » : « Pour la pre­mière fois peut-être de­puis sa fon­da­tion, la construc­tion eu­ro­péenne est, je pense, réel­le­ment me­na­cée de dis­lo­ca­tion », s’alarme-t-il, en poin­tant du doigt les « cas­seurs d’Eu­rope », de l’ex­té­rieur (Trump, Pou­tine) comme de l’in­té­rieur (Ita­lie, Hon­grie…). Em­ma­nuel Ma­cron peut-il être un rem­part contre Orbán et Sal­vi­ni ? « Oui, je le pense. Son pro­jet est co­hé­rent et am­bi­tieux », pour­suit-il dans « Le Point », prêt à lui ap­por­ter son aide, même s’il ne semble pas can­di­dat à la tête de liste. Ces pro­pos in­ter­viennent à un mo­ment où l’autre mo­dé­ré qu’est Jean-Pierre Raf­fa­rin ap­pelle dé­sor­mais à une coa­li­tion au­tour d’Em­ma­nuel Ma­cron. Cet été en­core, il en­vi­sa­geait la consti­tu­tion d’une liste au­to­nome de la droite jup­péiste pour por­ter le com­bat eu­ro­péen. Mo­ment ter­mi­né. Pour les deux an­ciens Pre­miers mi­nistres, Laurent Wau­quiez reste in­fré­quen­table, comme le montre son re­fus ré­cent de sanc­tion­ner Vik­tor Orbán au Par­le­ment eu­ro­péen. Va­lé­rie Pé­cresse a éga­le­ment bou­gé de­puis l’été, mais dans l’autre sens. Em­ma­nuel Ma­cron a mon­tré trop de failles (en ma­tière sé­cu­ri­taire no­tam­ment) pour qu’elle ne prenne pas ses dis­tances. Laurent Wau­quiez a su faire les gestes eu­ro­péens, dé­but juillet à Men­ton, pour que son mou­ve­ment se fasse vers lui, ou plu­tôt vers LR. A prio­ri, sauf tête de liste in­ac­cep­table, elle pour­rait mon­trer une neu­tra­li­té bien­veillante à l’égard de la liste des Ré­pu­bli­cains aux pro­chaines européennes. Peu im­pli­quée, mais pas hos­tile non plus. Fa­vo­rable à l’aver­tis­se­ment contre la Hon­grie pour ses man­que­ments à l’Etat de droit, mais sou­hai­tant que Vik­tor Orbán, ain­si ser­mon­né, reste au PPE. Cri­tique mais tou­jours ar­ri­mée, l’ave­nir se joue à LR. Ce­la reste une constante en po­li­tique, les idées n’ont pas for­cé­ment de cor­ré­la­tion avec les stra­té­gies. Jup­pé et Pé­cresse res­tent proches sur le fond, mais s’éloignent l’un de l’autre. Le pre­mier peut en­core pe­ser au­jourd’hui et le fait. La se­conde sait qu’elle a plus de temps de­vant elle pour rê­ver d’al­ter­nance, et le fait aus­si.

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