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Les Echos - - FRANCE - D’ et Alain Jup­pé est an­cien Pre­mier mi­nistre et maire de Bor­deaux. Jean-Mi­chel Blan­quer est mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale.

Alain Jup­pé

Quelle se­ra l’in­fluence de la France dans vingt ans ? » Ma pre­mière ré­ac­tion a été d’écrire : « Bien ma­lin qui pour­rait le dire ! » Dans un monde où tout change tout le temps, chaque jour, chaque heure, la pros­pec­tive est un art plus ha­sar­deux que ja­mais. Mais alors que je viens de lan­cer dans ma ville l’exer­cice « Bor­deaux Mé­tro­pole 2050 », je se­rais mal­ve­nu de me dé­ro­ber. Pour le ci­toyen que je suis, qui a gran­di dans la geste gaul­liste, les mots « gran­deur », « rang » – pre­mier rang, ce­la va de soi – viennent na­tu­rel­le­ment à l’es­prit quand il s’agit de la France. Mais le gaul­lisme est aus­si un réa­lisme : de quel poids pou­vons-nous pe­ser entre les grands em­pires de ce siècle, la Chine, les Etats-Unis, la Rus­sie et quelques autres ? Le pré­sident Gis­card d’Es­taing, en son temps, avait fait scan­dale en qua­li­fiant notre pays de puis­sance moyenne. Nous avons certes de réels atouts pour comp­ter en­core sur la scène in­ter­na­tio­nale et te­nir le rôle de puis­sance d’in­fluence mon­diale. Mais qui ne voit la fra­gi­li­té de notre po­si­tion dans le monde ?

Pour res­ter une puis­sance d’in­fluence mon­diale, il nous fau­dra le vou­loir in­ten­sé­ment et agir ré­so­lu­ment. A mes yeux, la pre­mière condi­tion de l’in­fluence, c’est la force de l’éco­no­mie na­tio­nale. La France n’a pas le choix ; si nous vou­lons te­nir notre rang, il nous faut une in­dus­trie, des ser­vices, une agri­cul­ture so­lides. Nous connais­sons nos

En 2038. J’entre dans l’école. Je tra­verse la cour. A ma gauche, un ter­rain de sport ou­vert en per­ma­nence. A ma droite, un po­ta­ger au­quel cha­cun tra­vaille ré­gu­liè­re­ment et qui est une des sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment de la can­tine.

Au mi­lieu, une bi­blio­thèque. Elle compte deux par­ties. D’abord une grande pièce avec les livres, les jour­naux et les do­cu­ments bien ran­gés. Il y règne un si­lence pro­pice à la lec­ture et à la concen­tra­tion. Juste à cô­té, une autre pièce qui se pré­sente comme un la­bo­ra­toire et comme une ca­fé­té­ria. Elle est équi­pée des meilleurs ou­tils nu­mé­riques, amé­na­gée pour tra­vailler à plu­sieurs. On y vient pour pré­pa­rer un tra­vail col­lec­tif, consul­ter des res­sources en ligne, par­ler en pe­tits groupes.

La bi­blio­thèque centrale

Comme dans toute ins­ti­tu­tion de sa­voir de­puis des siècles, la bi­blio­thèque est donc centrale. Une par­tie cor­res­pond aux fonc­tions éter­nelles d’une bi­blio­thèque. L’autre par­tie bé­né­fi­cie des nou­velles ma­nières d’ap­prendre et de tra­vailler de notre siècle. An­crage et trans­for­ma­tion per­pé­tuelle vont en­semble et s’in­carnent en un lieu. Fai­sons donc fai­blesses. De­puis quelques an­nées et no­tam­ment de­puis 2017, des ré­formes utiles ont été en­ga­gées pour y por­ter re­mède. Mais beau­coup reste à faire pour conte­nir la dé­pense pu­blique, et pas seule­ment celle des col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Il est re­gret­table que le dé­ca­lage à 65 ans de l’âge de dé­part à la re­traite ait été écar­té alors que c’est, à terme, un puis­sant gi­se­ment d’éco­no­mies, et une né­ces­saire adap­ta­tion aux nou­velles et heu­reuses condi­tions d’es­pé­rance de vie. Cette re­mise en ordre s’impose, non pas pour com­plaire à Bruxelles comme on nous le ré­pète à lon­gueur de jour­née, mais par bon sens : à par­tir d’un seuil que nous sommes en train d’at­teindre, l’en­det­te­ment pu­blic plombe les gé­né­ra­tions qui vont nous suc­cé­der, et dès au­jourd’hui risque de nous mettre sous la dé­pen­dance des « mar­chés » qui nous prêtent l’argent dont nous avons be­soin.

Nou­veaux le­viers d’in­no­va­tion

Res­ter fort, c’est aus­si et sur­tout in­ves­tir mas­si­ve­ment dans la re­cherche et le trans­fert de ses ré­sul­tats dans l’in­no­va­tion sous toutes ses formes, tech­no­lo­gique, mais aus­si so­ciale et en­vi­ron­ne­men­tale. C’était l’es­prit du « grand em­prunt » vou­lu par Ni­co­las Sar­ko­zy et dont la com­mis­sion que je pré­si­dais avec le re­gret­té Mi­chel Ro­card avait pro­po­sé les voies et moyens. Il ne faut pas perdre cette dy­na­mique, il faut in­ven­ter de nou­veaux le­viers d’in­no­va­tion car notre pays et ses en­tre­prises ont du re­tard à rat­tra­per. On sait, par exemple, que la trans­for­ma­tion nu­mé­rique est à faire dans une ma­jo­ri­té de nos PME-PMI.

En évo­quant la ques­tion de la trans­for­ma­tion nu­mé­rique et de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, j’en viens tout na­tu­rel­le­ment à ma deuxième condi­tion : nous ne réus­si­rons pas seuls. Or, pour la pre­mière fois un rêve. Dans vingt ans, l’école fran­çaise au­ra évo­lué dans un cli­mat construc­tif grâce à la confiance de toute la so­cié­té dans l’école. L’école se­ra plus que ja­mais le lieu d’épa­nouis­se­ment et d’éman­ci­pa­tion par la connais­sance grâce à la maî­trise des sa­voirs fon­da­men­taux, à la culture scien­ti­fique et lit­té­raire grâce à la maî­trise des tech­no­lo­gies.

Trans­mis­sion

Dans notre his­toire ré­pu­bli­caine, l’école consti­tue le le­vier es­sen­tiel du pro­grès so­cial ; elle est l’ins­ti­tu­tion qui rend pos­sible la pro­messe de li­ber­té, d’éga­li­té et de fra­ter­ni­té. Comme l’écrit Mo­na Ozouf, l’école « est le lieu où l’on ou­blie d’où on vient » car elle ac­cueille sans dis­tinc­tion tous les élèves et leur trans­met les mêmes connais­sances et les mêmes va­leurs. Au prin­cipe de l’école, il y a en ef­fet l’acte fon­da­men­tal de trans­mis­sion qui est seul en me­sure de chan­ger la vie des en­fants et des fa­milles. Ce­la est vrai pour le fu­tur au­tant que ce­la l’a été par le pas­sé.

Dans vingt ans, l’école ré­pu­bli­caine doit être plus en­core un le­vier de réus­site pour les en­fants et de­meu­rer le creu­set du des­tin col­lec­tif du pays. Pour ce­la, nous de­vons être à la hau­teur des en­jeux éter­nels, en re­don­nant son plein sens au mot « hu­ma­ni­tés » avec une at­ten­tion par­ti­cu­lière à la maî­trise de la langue, dont l’in­suf­fi­sance est la pre­mière source d’ in­éga­li­tés, et des en­jeux nou­veaux avec les hu­ma­ni­tés scien­ti­fiques et nu­mé­riques. Sa­voirs, au­to­no­mie, créa­ti­vi­té sont les clefs es­sen­tielles pour per­mettre aux élèves de vivre avec dis­cer­ne­ment dans un monde tou­jours peut-être de­puis sa fon­da­tion, la construc­tion eu­ro­péenne est, je le pense, réel­le­ment me­na­cée de dis­lo­ca­tion. Les cas­seurs d’Eu­rope sont à l’oeuvre, tant à l’ex­té­rieur qu’à l’in­té­rieur. La ques­tion se pose vrai­ment de sa­voir si cer­tains gou­ver­ne­ments, à com­men­cer par ceux de Hon­grie et de Po­logne, par­tagent en­core les va­leurs fon­da­trices de l’Union eu­ro­péenne. Ce qui est en ques­tion, ce n’est pas le li­bé­ra­lisme, c’est-à-dire, dans le vo­ca­bu­laire d’au­jourd’hui, une doc­trine ou une pra­tique éco­no­mique qu’on as­si­mile, à tort ou à rai­son, à la jungle ca­pi­ta­liste. A rai­son quand il n’est pas ré­gu­lé. A tort dans la concep­tion que j’en ai. Non, ce qui est en cause, ce sont les fon­de­ments de la dé­mo­cra­tie, des li­ber­tés dé­mo­cra­tiques.

De nou­veaux ou­tils per­met­tront aux en­sei­gnants de se concen­trer sur la part la plus en­thou­sias­mante de leur mé­tier.

Je rêve que les pro­chaines élec­tions européennes soient l’oc­ca­sion de pro­po­ser à nos peuples un vrai pro­jet de re­nais­sance de l’idéal eu­ro­péen.

C’est la sé­pa­ra­tion des pou­voirs que le Bor­de­lais Mon­tes­quieu a théo­ri­sée dans « De l’es­prit des lois » après s’en être im­pré­gné en An­gle­terre ; c’est l’in­dé­pen­dance de la jus­tice ; c’est la li­ber­té de la presse.

Je rêve que les pro­chaines élec­tions européennes soient l’oc­ca­sion de pro­po­ser à nos peuples un vrai pro­jet de re­nais­sance de l’idéal eu­ro­péen. Bâ­ti d’abord sur les va­leurs pour re­don­ner du sens à l’aven­ture. Mais aus­si sur les ré­ponses concrètes aux in­ter­ro­ga­tions lé­gi­times de nos conci­toyens aux yeux des­quels l’Eu­rope est trop sou­vent sy­no­nyme d’im­puis­sance. Rien ne donne à pen­ser que ce rêve puisse de­ve­nir réa­li­té et que le scru-

Jean-Mi­chel Blan­quer

plus tech­no­lo­gique. L’école ren­dra le siècle plus hu­main en per­met­tant à chaque en­fant de gran­dir dans une maî­trise des ou­tils qui l’en­tourent et de créer avec eux

Les grands textes

L’en­semble des trans­for­ma­tions en­ga­gées au pri­maire et dans l’en­sei­gne­ment se­con­daire vise à trans­mettre aux élèves, par l’im­pré­gna­tion des grands textes no­tam­ment, ce sens pro­fond de l’hu­main, qui leur donne la force né­ces­saire pour em­bras­ser avec sé­ré­ni­té les évo­lu­tions ra­pides de notre monde. Plus que ja­mais, l’école doit rem­plir sa mis­sion de jus­tice so­ciale en oeu­vrant sans re­lâche à une élé­va­tion du ni­veau sco­laire de l’en­semble de la po­pu­la­tion. Il n’est pas d’hu­ma­ni­té sans lan­gage comme il n’est pas de pro­grès so­cial sans pro­grès du sa­voir. La nou­velle di­men­sion scien­ti­fique, qui s’ouvre sur l’ex­plo­ra­tion et la com­pré­hen­sion du cer­veau, va nous per­mettre de re­le­ver ce dé­fi et d’amé­lio­rer consi­dé­ra­ble­ment notre ap­proche pé­da­go­gique, en pré­ve­nant mieux les dif­fi­cul­tés de chaque élève et en y ré­pon­dant parce que re­pé­rées dès qu’elles sur­gissent. Tous nos élèves sont dif­fé­rents. Pour des rai­sons tin soit autre chose qu’une grande foire d’em­poigne pour ou contre la ma­cro­nie. Et pour­tant ! Né­ces­si­té pour­rait faire loi.

Troi­sième condi­tion au main­tien de l’in­fluence fran­çaise : la fi­dé­li­té à nos va­leurs. Nous avons du mal à l’ad­mettre : nos va­leurs ne sont plus, ne sont pas uni­ver­sel­le­ment par­ta­gées. Les ré­gimes au­to­ri­taires sont à la mode. L’idée qu’une bonne dic­ta­ture convient mieux à des peuples qui ne se­raient pas mûrs pour la li­ber­té se ré­pand un peu par­tout… On n’est pas loin de nous re­pro­cher (à moi le tout pre­mier) d’avoir cru naï­ve­ment aux prin­temps arabes. Et au nom du réa­lisme, cer­tains vont jus­qu’à se de­man­der si Ba­char Al As­sad, à la tête de la Sy­rie, ne vaut pas mieux que l’anar­chie pour nous tous, si­non pour le bon­heur de son peuple. La France et l’Eu­rope qui par­tagent ses va­leurs ne doivent pas bais­ser les bras. Nous, nous croyons aux droits de la per­sonne hu­maine, à l’éga­li­té entre les femmes et les hommes, aux li­ber­tés in­di­vi­duelles et aux li­ber­tés dé­mo­cra­tiques, par­mi les­quelles bien sûr la li­ber­té de re­li­gion, de toutes les re­li­gions, dans le res­pect mu­tuel et l’ob­ser­vance des lois ci­viles. La France res­te­ra une puis­sance d’in­fluence mon­diale si elle conti­nue de por­ter ce mes­sage, et d’être, en ré­sis­tance à ce qui est de­ve­nu le po­li­ti­que­ment cor­rect, c’est-à-dire l’apo­lo­gie de la force bru­tale, le phare de la li­ber­té ; l’ar­ti­san de la jus­tice et de la lutte contre toutes les in­éga­li­tés, entre les femmes et les hommes, entre les peuples ; un « fau­teur » de paix contre les fau­teurs de guerre. L’in­té­gra­li­té du texte sur le­se­chos.fr mul­tiples, un élève peut être confron­té, à un mo­ment ou à un autre de sa sco­la­ri­té, à des in­com­pré­hen­sions. A chaque fois, il est de notre de­voir de l’ai­der à les dis­si­per.

Cor­rec­tion au­to­ma­ti­sée

Dans ce contexte nou­veau, nous avons plus que ja­mais be­soin de la fi­gure du pro­fes­seur, dont l’hu­ma­ni­té et l’amour de la connais­sance ne se­ront ja­mais rem­pla­cés par l’or­di­na­teur. La pseu­do-uto­pie qui consiste à pen­ser que l’ac­cès à tous les sa­voirs grâce à In­ter­net dis­pen­se­rait d’as­su­rer la trans­mis­sion est une idée fausse. En re­vanche, les nou­veaux ou­tils vont leur per­mettre de se concen­trer sur la part la plus en­thou­sias­mante de leur mé­tier, l’ap­pren­tis­sage des connais­sances et l’ac­com­pa­gne­ment des élèves. La cor­rec­tion des co­pies au­ra été pour une large part au­to­ma­ti­sée et les élèves se­ront ha­bi­tués à une au­toé­va­lua­tion ré­gu­lière utile pour pro­gres­ser.

En 2038, je sou­haite que cette nou­velle Re­nais­sance que nous vi­vons soit por­tée fiè­re­ment par l’école fran­çaise, forte de ses va­leurs et convain­cue du pou­voir éman­ci­pa­teur du sa­voir. C’est ain­si que nous au­rons réus­si ce troi­sième cha­pitre de notre his­toire sco­laire qui, après la mas­si­fi­ca­tion du pri­maire à la fin du XIXe siècle, puis du se­con­daire dans la deuxième moi­tié du XXe siècle, don­ne­ra à tous les élèves une confiance re­dou­blée en leur réus­site grâce à une per­son­na­li­sa­tion des par­cours au mo­ment de la jeu­nesse et tout au long de la vie.

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