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Les Echos - - FRANCE - Ha­kim El Ka­roui est es­sayiste et consul­tant.

La désoc­ci­den­ta­li­sa­tion du monde a com­men­cé. Il y a presque vingt ans. Pas le 11 sep­tembre 2001 : l’at­taque de New York était d’abord le signe de la cen­tra­li­té oc­ci­den­tale. Mais, quelques se­maines après, à Do­ha, quand la Chine est en­trée à l’OMC. L’es­sor de la Chine a si­gni­fié pour l’Oc­ci­dent la perte de trois mo­no­poles : l’his­toire, l’in­tel­li­gence et l’ave­nir. Et les classes moyennes oc­ci­den­tales – et donc fran­çaises – ont com­men­cé à pa­ni­quer. Le pro­ces­sus mon­dia­li­sa­tion/ désoc­ci­den­ta­li­sa­tion a eu deux consé­quences. Une ré­vo­lu­tion géo­gra­phique d’abord : la mon­dia­li­sa­tion fa­vo­rise les lieux de contact avec le monde. La ré­gion pa­ri­sienne, Lille, Lyon, Mar­seille, Nice, Stras­bourg, Tou­louse, Bor­deaux ont pro­fi­té de la dy­na­mique créée par la crois­sance mon­diale qui s’est em­bal­lée. Le XXe siècle avait été ce­lui des villes, le XXIe se­ra ce­lui des grandes villes. Mais, plus sur­pre­nant, le ter­ri­toire fran­çais s’est « re­tour­né », en sui­vant l’an­cienne ligne SaintMa­lo - Ge­nève qui sé­pa­rait dé­but XIXe les ter­ri­toires al­pha­bé­ti­sés de ceux qui l’étaient moins. L’Ouest est en plein boom : il pro­fite du dy­na­misme des ac­ti­vi­tés de ser­vice – du tou­risme à l’in­for­ma­tique en pas­sant par l’uni­ver­si­té –, du vin et de l’aé­ro­nau­tique. A l’in­verse, à l’est, dans cette France hier en avance, la mé­ca­ni­sa­tion et la mon­dia­li­sa­tion ont af­fec­té les ter­ri­toires. Pen­dant que Cho­let rit, la val­lée de la Mo­selle pleure. Et l’eu­ro a ac­cé­lé­ré ce phé­no­mène de po­la­ri­sa­tion. La sup­pres­sion des risques de change et d’in­fla­tion et le libre-échange ont spé­cia­li­sé les ter­ri­toires, exac­te­ment comme hier, l’uni­fi­ca­tion ita­lienne a dé­truit le sys­tème la­ti­fun­diaire du sud de l’Ita­lie. Le nord de l’Eu­rope est en train de cap­ter l’in­dus­trie et la va­leur ajou­tée pen­dant que le Sud se spé­cia­lise dans les ser­vices à faible va­leur ajou­tée. Et la France re­garde au sud.

Deuxième consé­quence, la so­cié­té elle-même s’est po­la­ri­sée. L’élite éco­no­mique a plei­ne­ment pro­fi­té de la dy­na­mique mon­diale. Les mi­lieux po­pu­laires, eux, se sont main­te­nus, vaille que vaille. Et, la classe moyenne a com­pris qu’elle se­rait la grande per­dante de ce sys­tème car les nou­velles gé­né­ra­tions d’Eu­ro­péens de l’Est, de Chi­nois et d’In­diens sont presque aus­si pro­duc­tifs mais beau­coup moins chers. L’écran plat pour presque rien ne rem­pla­ce­ra ja­mais la di­gni­té que donne le tra­vail.

En­fin, l’ef­fon­dre­ment de la pra­tique re­li­gieuse ca­tho­lique a li­bé­ré la vo­lon­té de puis­sance in­di­vi­duelle : les iden­ti­tés ré­gio­nales, sexuelles, « gen­rées », re­li­gieuses s’ex­priment. Et les po­pu­listes pro­fitent de l’an­goisse de la classe moyenne tra­di­tion­nelle qui se sent re­mise en cause de tous cô­tés.

Di­ver­gence des mo­dèles

Quelle se­ra la so­cié­té fran­çaise dans vingt ans ? Con­si­dé­rons deux scé­na­rios. La ligne de plus grande pente d’abord. La po­la­ri­sa­tion so­ciale, géo­gra­phique et pro­duc­tive va s’ac­cé­lé­rer. L’Eu­rope va conti­nuer à évi­ter de par­ler de l’es­sen­tiel : la di­ver­gence des mo­dèles éco­no­miques des na­tions qui la com­posent. En France, les ba­by-boo­meurs, qui ont uti­li­sé la dette pu­blique pour se consti­tuer un pa­tri­moine pri­vé co­los­sal, vont tout faire pour évi­ter le ré­équi­li­brage qui s’impose entre les ac­tifs et les re­trai­tés (la France dé­pense 4 points par an de PIB de plus que l’Al­le­magne pour ses re­trai­tés, soit 89 mil­liards d’eu­ros !). Les ef­forts de com­pé­ti­ti­vi­té des dif­fé­rents gou­ver­ne­ments se­ront alors trop lents pour gé­rer la contrainte in­té­rieure (le choix de pri­vi­lé­gier la rente des re­trai­tés) et ex­té­rieure (la pres­sion com­pé­ti­tive et tech­no­lo­gique des émer­gents). In­ca­pable de se don­ner un ave­nir, la France, hier cen­tra­li­sée et rê­vant d’ho­mo­gé­néi­té, de­vien­dra une my­riade de points de toutes tailles (de la grande

Le plus pro­bable est que la po­la­ri­sa­tion so­ciale, géo­gra­phique et pro­duc­tive va s’ac­cé­lé­rer.

mé­tro­pole à l’in­di­vi­du triom­phant). Les po­pu­listes ar­ri­ve­ront au pou­voir si l’un d’eux réus­sit la syn­thèse des po­pu­lismes de droite et de gauche comme Em­ma­nuel Ma­cron a réus­si à fé­dé­rer les bour­geoi­sies de droite et de gauche.

L’autre scé­na­rio est plus op­ti­miste. D’abord, une grande né­go­cia­tion eu­ro­péenne (telle la confé­rence de Mes­sine de 1955) au­ra per­mis de ré­ali­gner les in­té­rêts au­jourd’hui di­ver­gents entre le sud de l’Eu­rope et le Nord. L’Eu­rope se pro­té­ge­ra mieux de la Chine tout en fai­sant cir­cu­ler le ca­pi­tal entre son nord et son sud. En France, les gou­ver­ne­ments au­ront com­pris qu’il faut an­ti­ci­per le pa­py-krach qui va frap­per : on va pas­ser de 520.000 dé­cès an­nuels en 2004 à 600.000 en 2017 et 800.000 en 2050 du fait de la fin de vie des gé­né­ra­tions nom­breuses nées entre 1945 et 1965. Le trans­fert de ri­chesses des re­trai­tés vers les ac­tifs de­vra être ac­cé­lé­ré. Dans la so­cié­té, la dy­na­mique cen­tri­fuge au­ra été stop­pée par un nou­veau contrat so­cial qui per­met­tra de trans­cen­der par le ci­visme et l’adhé­sion à la culture com­mune les af­fi­lia­tions com­mu­nau­taires, sui­vant le mo­dèle des Juifs en France à la fin du XIXe siècle dé­crit par Do­mi­nique Sch­nap­per. J’ai en­vie de croire à ce der­nier scé­na­rio. Mais je doute qu’il voit vrai­ment le jour.

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