Le dossier mi­gra­toire blo­qué par la cam­pagne des européennes

Les mi­nistres eu­ro­péens se réunissent en Conseil à Luxem­bourg.

Les Echos - - MONDE - Ga­briel Gré­sillon @Ggre­sillon —Bu­reau de Bruxelles

S’il fal­lait une preuve de plus que le dossier mi­gra­toire va être l’otage de la cam­pagne des européennes de mai pro­chain, le Conseil jus­tice et af­faires in­té­rieures qui se dé­roule, ces jeu­di et ven­dre­di à Luxem­bourg, de­vrait la four­nir. La dis­cus­sion semble condam­née à faire du sur­place sur le point le plus épi­der­mique. Alors que la Com­mis­sion eu­ro­péenne pousse pour une ré­forme ra­pide de l’Agence eu­ro­péenne de garde-fron­tières et de garde-côtes (Fron­tex), de nom­breux Etats membres de­vraient pro­fi­ter de l’oc­ca­sion pour ex­pri­mer leurs ré­serves. La Com­mis­sion sou­haite en ef­fet por­ter à 10.000 l’ef­fec­tif de Fron­tex, dès 2020. « Ce chiffre sert à mar­quer les es­prits mais cor­res­pond-il à un be­soin concret ? » s’in­ter­roge un di­plo­mate, du­bi­ta­tif.

« Centres contrô­lés »

Un autre dé­bat de­vrait se te­nir au su­jet des « centres contrô­lés », ce concept flou mis sur la table par les di­ri­geants eu­ro­péens en juin der­nier. Alors que l’Ita­lie re­chigne à ins­tal­ler sur son sol un tel dis­po­si­tif – en dé­pit de l’aide eu­ro­péenne avec la­quelle il fonc­tion­ne­rait –, cer­tains es­timent que l’idée ne de­vrait pas concer­ner les seuls ter­ri­toires de pre­mière ar­ri­vée des mi­grants (Ita­lie, Grèce, Es­pagne) mais l’en­semble des pays concer­nés par les mou­ve­ments se­con­daires. Le phé­no­mène mi­gra­toire in­terne à l’UE est en ef­fet à la hausse : les PaysBas poussent no­tam­ment pour l’ins­tal­la­tion de tels dis­po­si­tifs, éven­tuel­le­ment mo­biles, aux fron­tières in­té­rieures de l’Union eu­ro­péenne. Le but : dis­sua­der les mou­ve­ments se­con­daires.

Mais c’est sur la ques­tion des re­lo­ca­li­sa­tions que le dé­bat de­meure em­poi­son­né. De­puis que les pays réunis au sein du groupe de Vi­se­grad (Po­logne, Hon­grie, République tchèque et Slo­va­quie) se sont fa­rou­che­ment op­po­sés à tout mé­ca­nisme de quo­tas de ré­fu­giés, la dis­cus­sion est dans l’im­passe. L’Au­triche, qui pré­side l’UE, pro­pose de faire évo­luer le concept : au lieu de re­lo­ca­li­sa­tions obli­ga­toires, c’est la so­li­da­ri­té qui de­vien­drait obli­ga­toire. A ceux qui re­fusent de prendre des ré­fu­giés se­rait of­ferte la pos­si­bi­li­té d’ai­der par d’autres moyens (tech­niques, hu­mains, fi­nan­ciers).

Di­vi­sion en trois camps

Cette pro­po­si­tion di­vise l’Union en trois camps de taille à peu près com­pa­rable. L’un re­groupe les Pays-Bas, l’Al­le­magne, la Bel­gique et les pays de pre­mière en­trée : ils re­doutent qu’avec la pro­po­si­tion au­tri­chienne plus per­sonne ne se porte vo­lon­taire pour ac­cueillir des ré­fu­giés. Un autre groupe, où fi­gure la France, se montre plus ou­vert à l’idée, à condi­tion que fi­gurent de sé­rieux gar­de­fous. Un troi­sième, qui re­groupe l’est de l’Union, est vent de­bout contre.

En réa­li­té, dé­crypte un di­plo­mate eu­ro­péen, « les par­tis po­pu­listes ne veulent au­cun ac­cord avant les élec­tions européennes ». Se pro­file alors un risque ma­jeur pour Paris, La Haye ou en­core Ber­lin : le scé­na­rio où les élec­tions européennes se dé­rou­le­raient sans la moindre preuve que les Eu­ro­péens sont ca­pables de prendre la ques­tion mi­gra­toire à bras-le­corps. « Plus c’est le chaos, plus Orbán et ses amis se frottent les mains », ré­sume un haut fonc­tion­naire de la rive ouest de l’Eu­rope.

Ce­lui-ci pointe l’am­bi­guï­té de la pré­si­dence au­tri­chienne : le gou­ver­ne­ment au­tri­chien, lui-même fa­rou­che­ment op­po­sé à la mi­gra­tion, « penche sou­vent pour des ap­proches jus­qu’au-bou­tistes et contre-pro­duc­tives », fus­tige-t-il. Ne res­te­rait plus, alors, que la pos­si­bi­li­té d’un com­pro­mis par une coa­li­tion de pays vo­lon­taires. Avec les dif­fi­cul­tés que ce­la im­pli­que­rait pour le fonc­tion­ne­ment de l’es­pace Schen­gen. ■

Pho­to Ro­pi-RÉA

Par­mi les su­jets en dé­bat, la pro­po­si­tion de Bruxelles de por­ter à 10.000, dès 2020, l’ef­fec­tif de l’agence de garde-côtes et gar­de­fron­tières Fron­tex.

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