Le bu­si­ness trouble des « gol­den vi­sas » en Eu­rope

L’oc­troi de pas­se­port ou per­mis de ré­si­dence à des non-Eu­ro­péens en échange d’in­ves­tis­se­ments fa­vo­ri­se­rait des en­trées d’argent illé­gales, se­lon deux ONG.

Les Echos - - MONDE - Ca­the­rine Cha­ti­gnoux ccha­ti­gnoux@le­se­chos.fr

Cô­té face, les « gol­den vi­sas », très en vogue en Eu­rope de­puis quelques an­nées, pro­curent de l’argent et des in­ves­tis­se­ments aux pays qui les dé­livrent, en échange d’un per­mis de ré­si­dence ou d’un pas­se­port. Cô­té pile, cet échange de bons pro­cé­dés peut se ré­vé­ler mal­sain, voire cri­mi­nel. Dans un rap­port pu­blié mer­cre­di, in­ti­tu­lé « Dans le monde trouble des vi­sas do­rés », deux ONG, Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal et Glo­bal Wit­ness af­firment que « cor­rom­pus et cri­mi­nels peuvent fa­ci­le­ment trou­ver re­fuge en Eu­rope grâce à l’opa­ci­té et au manque d’en­ca­dre­ment des pro­grammes ap­pe­lés “vi­sas do­rés” ».

Le bé­né­fice éco­no­mique de ces dis­po­si­tifs – qui per­mettent « d’ache­ter une ci­toyen­ne­té eu­ro­péenne comme un bien de luxe » – est com­pro­mis par des risques liés à un manque de contrôle fa­vo­ri­sant la prise de dé­ci­sion dis­cré­tion­naire et la cor­rup­tion. Quatre pays de l’Union (Au­triche, Bul­ga­rie, Chypre et Malte) « vendent » des pas­se­ports et douze ac­cordent sous condi­tion des droits de ré­si­dence à de riches in­ves­tis­seurs, pré­cise le rap­port. Au moins 6.000 pas­se­ports et près de 100.000 per­mis de sé­jour au­raient été « cé­dés » au cours de la der­nière dé­cen- nie. « L’Es­pagne, la Hon­grie, la Let­to­nie, le Por­tu­gal et le Royaume-Uni en ont ac­cor­dé plus de 10.000 cha­cun », se­lon les au­teurs du rap­port. Ces opé­ra­tions rap­portent gros : Chypre a col­lec­té 4,8 mil­liards d’eu­ros de­puis 2013, et Malte 718 mil­lions de­puis l’ou­ver­ture d’un pro­gramme en 2014. Un per­mis de ré­si­dence est ac­cor­dé à ceux qui in­ves­tissent 250.000 eu­ros en Grèce et en Let­to­nie, tan­dis qu'« un pas­se­port chy­priote peut coû­ter deux mil­lions d’eu­ros », notent les ONG.

Lutte contre le blan­chi­ment et la cri­mi­na­li­té

Pour la dé­pu­tée eu­ro­péenne et an­cienne juge an­ti­cor­rup­tion en France Eva Jo­ly, « les “vi­sas do­rés” […] sont une porte ou­verte à l’argent sale et mettent à mal tous nos ef­forts pour lut­ter contre le blan­chi­ment, la cor­rup­tion et la cri­mi­na­li­té ». « Nous ap­pe­lons à une ac­tion à l’échelle de l’Union eu­ro­péenne de toute ur­gence », ex­plique Laure Brillaud, char­gée des ques­tions de la lutte an­ti­blan­chi­ment pour Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal Eu­rope et co­au­teure du rap­port. Le pro­gramme de « vi­sas do­rés » à Malte était l’une des en­quêtes sur les­quelles tra­vaillait la jour­na­liste et blo­gueuse Daphne Ca­rua­na Ga­li­zia quand elle a été as­sas­si­née le 16 oc­tobre 2017. In­ter­ro­gé sur cette ques­tion, le com­mis­saire eu­ro­péen aux Migrations, aux Af­faires in­té­rieures et à la Ci­toyen­ne­té, Di­mi­tris Avra­mo­pou­los a as­su­ré tra­vailler « à un rap­port sur les pro­cé­dures na­tio­nales per­met­tant d’ac­cor­der la na­tio­na­li­té à des in­ves­tis­seurs, qui com­pren­dra des consignes don­nées aux Etats membres sur les né­ces­saires en­quêtes préa­lables sur les pos­tu­lants. […] Nous pré­voyons de pu­blier ce rap­port avant la fin de l’an­née. » ■

Pho­to Ro­dri­go Ca­bri­ta/4SEE-RÉA

De riches in­ves­tis­seurs chi­nois achètent des « vi­sas do­rés » au Por­tu­gal.

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