Bud­get es­pa­gnol : Sán­chez scelle un vi­rage so­cial avec Po­de­mos

Le gou­ver­ne­ment fi­nan­ce­ra ses nou­velles me­sures en re­le­vant l’im­pôt sur les plus hauts re­ve­nus et sur les bé­né­fices des grandes en­tre­prises. La droite fus­tige un bud­get non cré­dible.

Les Echos - - MONDE - Cé­cile Thi­baud @Ce­ci­leT­hi­baud —Correspondante à Ma­drid

La route est dé­ga­gée pour le bud­get es­pa­gnol. Le gou­ver­ne­ment de Pe­dro Sán­chez a scel­lé jeu­di ma­tin un ac­cord avec Po­de­mos, son prin- ci­pal al­lié par­le­men­taire, tra­çant les grandes lignes du do­cu­ment qui se­ra en­voyé lun­di à Bruxelles. Mais il lui fau­dra en­suite trou­ver d’autres ap­puis pour com­plé­ter sa ma­jo­ri­té par­le­men­taire et faire ap­prou­ver sa loi de fi­nances 2019.

« Il s’agit d’un bud­get pour un pro­jet so­cial », qui va per­mettre de « ré­cu­pé­rer les droits qui avaient été al­té­rés par la crise », a af­fir­mé la mi­nistre des Fi­nances, María Jesús Mon­te­ro, en pré­sen­tant les points clefs du fu­tur bud­get. Sans don­ner pour l’ins­tant les dé­tails de l’en­ve­loppe glo­bale, elle ré­af­firme l’in­ten­tion de Ma­drid de res­pec­ter l’ob­jec­tif de dé­fi­cit, fixé à 1,8 % de PIB l’an pro­chain. Le do­cu­ment sur le­quel l’exé­cu­tif so­cia­liste et Po­de­mos se sont mis d’ac­cord marque un vi­rage so­cial af­fir­mé, avec comme point fort l’aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum de 22 %, pour le faire pas­ser de 735 eu­ros sur qua­torze mois ac­tuel­le­ment, à 900 eu­ros en 2019, ain­si qu’une sé­rie de me­sures en fa­veur des re­ve­nus les plus bas, financées par une hausse de la fis­ca­li­té pour les gros contri­buables et les grandes en­tre­prises.

Cô­té re­cettes, le pro­jet de bud­get 2019 va ain­si in­clure une hausse d’im­pôt de 2 % pour les re­ve­nus su­pé­rieurs à 130.000 eu­ros an­nuels et de 4 % à par­tir de 300.000 eu­ros, ain­si qu’un re­lè­ve­ment de 2,5 % à 3,5 % de l’im­pôt sur les pa­tri­moines su­pé­rieurs à 10 mil­lions d’eu­ros. La fis­ca­li­té des so­cié­tés change, avec un plan­cher re­le­vé à 15 % pour les grandes en­tre­prises et à 18 % pour les banques et les com­pa­gnies pé­tro­lières, ain­si qu’une taxa­tion de 5 % sur les bé­né­fices des fi­liales à l’étran­ger. Viennent s’ajou­ter de nou­veaux im­pôts sur les tran­sac­tions fi­nan­cières, sur le com­merce di­gi­tal et sur les bé­né­fices sur les so­cié­tés d’in­ves­tis­se­ments im­mo­bi­liers (So­ci­mis). Les taxes bais­se­ront en re­vanche, de 25 % à 23 %, pour les PME.

Hausse des pen­sions les plus basses

Ces nou­velles règles fis­cales se­ront des­ti­nées à fi­nan­cer une pa­lette de me­sures so­ciales, dont une hausse de 3 % des pen­sions les plus basses en 2019, soit un coût de 384 mil­lions d’eu­ros pour l’Etat. Le gou­ver­ne­ment an­nonce aus­si une aug­men­ta­tion de l’en­ve­loppe pour l’aide à la dé­pen­dance de 40 %, soit 515 mil­lions d’eu­ros, des dé­penses en ma­tière d’édu­ca­tion (600 mil­lions) et de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment (350 mil­lions) ain­si que 300 mil­lions pour ga­ran­tir l’ac­cès de tous les 0-3 ans en crèche. Il amorce pa­ral­lè­le­ment la mise en marche d’une éga­li­sa­tion pro­gres­sive des congés de pa­ter­ni­té et de ma­ter­ni­té. Le congé pa­ter­ni­té pas­se­ra de cinq se­maines ac­tuelles à huit en 2019 et at­tein­dra seize se­maines en 2021, soit la même du­rée que le congé ma­ter­ni­té. Le coût de la me­sure est chif­fré à 300 mil­lions d’eu­ros en 2019.

Du cô­té de l’op­po­si­tion, le pro­jet a été ac­cueilli avec in­cré­du­li­té, qua­li­fié de « bud­get sui­cide » par le Par­ti po­pu­laire et de « lettre au père Noël » par Ciu­da­da­nos. C’est du cô­té des par­tis na­tio­na­listes et des in­dé­pen­dan­tistes ca­ta­lans que le gou­ver­ne­ment de­vra cher­cher les ap­puis né­ces­saires pour faire vo­ter son bud­get. ■

Pho­to J. So­ria­no/AFP

Pe­dro Sán­chez de­vra trou­ver d’autres ap­puis pour com­plé­ter sa ma­jo­ri­té par­le­men­taire.

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