Com­merce : le Viet­nam à la mer­ci des ater­moie­ments eu­ro­péens

La ra­ti­fi­ca­tion de l’ac­cord de li­breé­change si­gné avec Ha­noï n’avance pas. Preuve que l’Union eu­ro­péenne peine à cla­ri­fier sa doc­trine en ma­tière com­mer­ciale.

Les Echos - - MONDE - Ga­briel Gré­sillon — Bu­reau de Bruxelles

L’Union eu­ro­péenne, qui dit vou­loir pro­fi­ter du pro­tec­tion­nisme des Etats-Unis pour si­gner des ac­cords com­mer­ciaux, a quelque mal à concré­ti­ser cet en­ga­ge­ment. Alors que la Com­mis­sion eu­ro­péenne reste mo­trice, la ma­chine ins­ti­tu­tion­nelle (Par­le­ment eu­ro­péen et Conseil de l’Eu­rope) peine à suivre. L’ac­cord avec le Viet­nam, conclu de­puis dé­cembre 2015, en donne l’illustration : sa ra­ti­fi­ca­tion et son en­trée en vi­gueur se font at­tendre.

Cette se­maine, s’est te­nue au Par­le­ment eu­ro­péen une au­di­tion dont le but était, se­lon une source par­le­men­taire, de « dé­mon­trer que le su­jet UE-Viet­nam existe en­core ». Un in­dus­triel du pays asia­tique in­ter­ro­gé sur le su­jet ne cache pas son im­pa­tience face à ce qui s’ap­pa­rente à un blo­cage. Pour Ch­ris­tian Ewert, qui pré­side l’as­so­cia­tion pour le com­merce in­ter­na­tio­nal Am­fo­ri, il y a dé­sor­mais « de quoi com­prendre la frus­tra­tion de la par­tie viet­na­mienne ». Se­lon lui, cet ac­cord pro­pose pour­tant « des op­por­tu­ni­tés tan­gibles ». La pers­pec­tive de droits de douane très for­te­ment ré­duits voire an­nu­lés, no­tam­ment pour le sec­teur des vins et spi­ri­tueux et pour l’au­to­mo­bile, a de quoi sé­duire les Eu­ro­péens sur ce mar­ché en plein boom. Mêmes pers­pec­tives po­si­tives pour la re­con­nais­sance des in­di­ca­tions géo­gra­phiques pro­té­gées. Sans comp­ter, ajoute Ch­ris­tian Ewert, que l’ac­cord « met la barre très haut en ma­tière de stan­dards en­vi­ron­ne­men­taux, et est d’une im­por­tance stra­té­gique si l’Eu­rope ne veut pas ris­quer d’être dis­tan­cée en Asie ».

Les rai­sons de ce re­tard sont ad­mi­nis­tra­tives, plaide Da­niel Ro­sa­rio, le porte-pa­role de la Com­mis­sion eu­ro­péenne en charge du com­merce. « Le pré­sident Jun­cker a clai­re­ment af­fir­mé que les ac­cords avec le Ja­pon, Sin­ga­pour, le Mexique et le Viet­nam de­meu­raient notre ob­jec­tif d’ici à la fin du man­dat de cette Com­mis­sion », fait-il re­mar­quer. La com­mis­saire au Com­merce, Ce­ci­lia Malm­ström, a d’ailleurs pris des en­ga­ge­ments, mer­cre­di, pour que l’ac­cord avec le Viet­nam soit re­mis sur la table la se­maine pro­chaine. L’en­jeu est plu­tôt de tra­duire l’ac­cord dans toutes les langues de l’Union eu­ro­péenne, mais aus­si, concède le porte-pa­role, de me­ner à son terme l’épi­neux ac­cord avec Sin­ga­pour.

L’ac­cord met la barre très haut en ma­tière de stan­dards en­vi­ron­ne­men­taux.

Ce­lui-ci est de­ve­nu une prio­ri­té car c’est à son su­jet que la Cour de jus­tice de l’Union eu­ro­péenne a ren­du un ver­dict ca­pi­tal. De­puis ce ju­ge­ment, l’Union sait qu’elle doit scin­der en deux par­ties les ac­cords qu’elle signe : d’un cô­té, la par­tie com­mer­ciale, qui re­lève des com­pé­tences de l’Union, et, de l’autre, les ques­tions d’in­ves­tis­se­ment, qui doivent être ap­prou­vés éga­le­ment par les Etats membres et leurs par­le­ments. Mais le su­jet est aus­si sen­sible po­li­ti­que­ment. Tout ac­cord de li­breé­change sent dé­sor­mais la poudre, en par­ti­cu­lier sur la gauche de l’échi­quier au Par­le­ment eu­ro­péen. Dans le cas viet­na­mien s’ajoutent des in­ter­ro­ga­tions sur les droits de l’homme — même si l’ac­cord contient des clauses re­la­tives à ce su­jet. Le risque étant « que la fe­nêtre po­li­tique soit pas­sée », s’in­quiète une source au Par­le­ment eu­ro­péen. Et que le pro­chain Par­le­ment eu­ro­péen, élu en mai 2019, soit en­core moins al­lant sur ce su­jet… au risque de mi­ner la cré­di­bi­li­té com­mer­ciale de l’UE. ■

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