110 ans !

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Par Ni­co­las Bar­ré

Ce jour­nal est né il y a 110 ans sous le signe de l’ou­ver­ture au monde. Il por­tait cette va­leur dans son titre, « Les Echos de l’Ex­por­ta­tion », et cet es­prit d’ou­ver­ture est pour nous une va­leur fon­da­trice qu’il est plus que ja­mais né­ces­saire d’en­tre­te­nir et de dé­fendre. Nous en avons connu, de­puis plus d’un siècle, des pé­riodes où la so­cié­té fran­çaise, in­quiète, dou­tant de l’ave­nir ou nos­tal­gique d’un pas­sé glo­ri­fié, se lais­sait ten­ter par le re­pli sur soi ! Elles ont toutes dé­bou­ché sur des tra­gé­dies. Sommes-nous sur le point de l’ou­blier ? Nous vi­vons de nou­veau une de ces pé­riodes troubles et la grande tâche de notre gé­né­ra­tion, comme l’ont fait nos aî­nés avant nous, est de dé­mas­quer les fausses pro­messes d’un monde qui se­rait meilleur à l’abri des fron­tières. A nous d’évi­ter la ca­tas­trophe. On ne pro­gresse pas en re­fu­sant le contact des autres. Ne tom­bons pas dans le piège : sa­chons évi­ter le dé­tour par le po­pu­lisme. Nous sa­vons que ce­la ne mène nulle part. Quand « Les Echos » se créent en 1908, le monde vit ce qu’on a ap­pe­lé sa « pre­mière mon­dia­li­sa­tion », la France est le deuxième grand in­ves­tis­seur mon­dial après le Royaume-Uni, la pla­nète connaît une phase de grande pros­pé­ri­té. Mais nous connais­sons la suite : la conju­gai­son des na­tio­na­lismes et du re­tour du pro­tec­tion­nisme a ac­cou­ché de deux guerres mon­diales. Evi­te­rons-nous une nou­velle dé­fla­gra­tion ?

Au­jourd’hui, la va­leur mon­tante, à l’op­po­sé des nôtres, est l’illi­bé­ra­lisme. C’est l’idée que les dé­mo­cra­ties li­bé­rales ont échoué et que pour at­teindre la pros­pé­ri­té, la com­bi­nai­son d’un na­tio­na­lisme mus­clé et d’un au­to­ri­ta­risme lé­gi­ti­mé au nom de l’ef­fi­ca­ci­té est la seule op­tion qui reste. Que cette voie illi­bé­rale pros­père en Chine ou en Rus­sie est une chose. Qu’elle gagne une par­tie de l’Eu­rope qui avait fait sien le rêve kan­tien du pro­grès mo­ral de l’hu­ma­ni­té est dé­so­lant.

Au dé­but du siècle der­nier, la France dis­pu­tait au Royaume-Uni la place de pre­mière puis­sance mon­diale. Au­jourd’hui elle est sixième, voire sep­tième. Elle risque de dé­grin­go­ler beau­coup plus, et plus vite, dans les an­nées à ve­nir si elle choi­sit la voie de l’im­mo­bi­lisme plu­tôt que celle des ré­formes, comme elle l’a trop sou­vent fait. Et elle ne peut conser­ver son rayon­ne­ment face aux su­per­puis­sances chi­noise et amé­ri­caine qu’en mi­sant sur la force de ce conti­nent. Ce sont deux convic­tions qui nous animent aux « Echos » : les deux pre­mières puis­sances mon­diales de 1908, pour conti­nuer de pe­ser dans le grand jeu éco­no­mique mon­dial, ont fait deux choix op­po­sés. L’An­gle­terre quitte l’Eu­rope, la France veut la ren­for­cer face aux nou­velles puis­sances. Nous pen­sons que la pre­mière voie est sans is­sue. Et que la se­conde est la seule sus­cep­tible de nous per­mettre de re­le­ver les dé­fis de ce siècle. ■

Quand « Les Echos » se créent en 1908, la France est le deuxième grand in­ves­tis­seur mon­dial.

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