Nou­velles normes CO2 : Volks­wa­gen re­doute une énorme casse so­ciale

Her­bert Diess, le pa­tron du géant au­to­mo­bile, an­nonce que son groupe pour­rait sup­pri­mer 100.000 em­plois si Bruxelles va­li­dait l’ob­jec­tif de ré­duc­tion des émis­sions CO2 des voi­tures neuves de 35 % à l’ho­ri­zon 2030.

Les Echos - - ENTRPRISES & MARCHÉS - Ju­lien Du­pont-Cal­bo @jdu­pont­cal­bo

Fa­bri­quer des mo­teurs élec­triques de­mande moins de temps et de main-d’oeuvre que d’usi­ner des mo­teurs à es­sence ou Die­sel. Chan­tage à l’emploi ou alerte prag­ma­tique ? Alors que le der­nier rap­port du GIEC dresse un constat plus qu’alar­miste sur le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, Her­bert Diess, le nou­veau pa­tron de Volks­wa­gen, a ex­pli­qué que les nou­veaux ob­jec­tifs de ré­duc­tion des émis­sions de CO2 à ho­ri­zon 2030 pour­raient conduire son groupe à sup­pri­mer le tiers de ses ef­fec­tifs de pro­duc­tion. C’est-à-dire pas moins de 100.000 em­plois en dix ans sur un

to­tal de 642.000. En Al­le­magne, l’in­dus­trie au­to­mo­bile dans son en­semble oc­cupe plus de 800.000 per­sonnes.

« Une trans­for­ma­tion aus­si ra­pide est très peu gé­rable. Une ré­duc­tion si dras­tique est une ré­vo­lu­tion dou­lou­reuse et non une tran­si­tion contrô­lée. Nous au­rons des dif­fi­cul­tés à pro­duire des petites voi­tures en Al­le­magne. Ce n’est pas du chan­tage, nos af­fir­ma­tions sont ba­sées sur des faits », af­firme le di­ri­geant du construc­teur, em­pê­tré de­puis trois ans dans le scan­dale du « die­sel­gate », après avoir tru­qué les lo­gi­ciels de dé­pol­lu­tion de près de 11 mil­lions de voi­tures dans le monde.

Reste que fa­bri­quer des mo­teurs élec­triques de­mande de fait bien moins de temps et de main-d’oeuvre que d’usi­ner des mo­teurs à es­sence ou Die­sel. Après tout, il ne s’agit en ef­fet que d’un gros mo­teur de ma­chine à la­ver per­fec­tion­né. Par ailleurs, il est loin d’être im­pos­sible que les construc­teurs dé­cident à terme d’ex­ter­na­li­ser la pro­duc­tion de mo­teurs élec­triques pour les ache­ter au­près de gros four­nis­seurs mon­diaux ca­pables

d’of­frir des prix im­bat­tables. Un mo­dèle si­mi­laire à l’aé­ro­nau­tique et un drame pour leurs fi­nances. « Au­jourd’hui, les construc­teurs contrôlent en­vi­ron 35 % de la va­leur ajou­tée d’un vé­hi­cule. Sur ces 35 %, un tiers concerne le groupe mo­to­pro­pul­seur, la boîte de vi­tesses et le mo­teur ther­mique », rap­pe­lait il y a quelques jours Laurent Pe­ti­zon, as­so­cié chez AlixPart­ners.

Ur­gence en­vi­ron­ne­men­tale

Mer­cre­di, le VDA, l’or­ga­nisme re­pré­sen­tant l’au­to­mo­bile outre-Rhin, ju­geait « ir­réa­liste » et « dan­ge­reux pour l’emploi » le com­pro­mis eu­ro­péen, qui doit en­core être va­li­dé en « tri­logue » par les Etats, la Com­mis­sion et le Par­le­ment. A la base, le lob­by eu­ro­péen de l’in­dus­trie au­to­mo­bile plai­dait pour une ré­duc­tion de 20 % des émis­sions CO2 des voi­tures neuves en 2030, par rap­port au ni­veau de 2020. Des pays comme les Pays-Bas ou la Suède ré­cla­maient de leur cô­té une di­mi­nu­tion de 50 %, con­si­dé­rant l’ur­gence en­vi­ron­ne­men­tale. ■

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.