La voAit­nunre sHeir­daa-tlg-eoll:e tou­jours au coeur de nos vies ?

Les Echos - - INDUSTRIE &SERVICES - Car­los Ta­vares est pré­sident du di­rec­toire de Groupe PSA.

L’an­née de la nais­sance des « Echos », en 1908, la jeune So­cié­té Ano­nyme des Au­to­mo­biles Peu­geot lan­çait la pro­duc­tion de la Type 91, sui­vie vingt ans plus tard de la Type 190 S, qui mar­qua la fin des car­ros­se­ries à ar­ma­ture bois. Quelle évo­lu­tion ! Vingt ans après le lan­ce­ment de la Peu­geot 508 au Mon­dial de l’au­to­mo­bile, Peu­geot lance sa deuxième gé­né­ra­tion d’ob­jets de mo­bi­li­té au­to­rou­tière au­to­nome en 2038. Quelle ré­vo­lu­tion !

La mu­ta­tion de l’es­pèce au­to­mo­bile s’est ac­cé­lé­rée avec un quart des ventes réa­li­sées avec une au­to­no­mie de ni­veau 5 de­puis 2035, car une no­tion gran­dis­sante s’est sub­sti­tuée au temps de tra­jet : le temps utile. On ne re­cherche plus for­cé­ment à voya­ger tou­jours plus vite, on voyage mieux au sens de l’uti­li­sa­tion de son temps de par­cours. Pour au­tant, mon ob­jet de mo­bi­li­té file à 230 ki­lo­mètres-heure sur sa voie d’au­to­route dé­diée dans des condi­tions de sé­cu­ri­té op­ti­male, ren­dues pos­sibles grâce au sys­tème de conduite au­to­nome que j’ai dé­ci­dé d’ac­ti­ver pour me rendre à ma com­pé­ti­tion de voi­tures de sport élec­triques. J’ai eu grand plai­sir à dis­cu­ter avec les pas­sa­gers que mon ap­pli­ca­tion Free2Move a iden­ti­fiés sur la base de cri­tères de tra­jet et de centres d’in­té­rêt. Je n’avais ja­mais eu l’oc­ca­sion de dis­cu­ter au­tant avec un autre pi­lote et un fan de sport au­to­mo­bile, entre deux ses­sions de tra­vail sur ma ta­blette ho­lo­gra­phique et le vi­sion­nage du cir­cuit en 3D avec la réa­li­té aug­men­tée, qui m’a per­mis de peau­fi­ner mes tra­jec­toires.

Dé­ci­sions ir­ra­tion­nelles

Com­ment au­rais-je pu ima­gi­ner, en cette an­née 2038, que la mo­bi­li­té ap­porte une telle va­leur ajou­tée, alors même qu’elle était me­na­cée il y a une ving­taine d’an­nées par cer­taines dé­ci­sions ir­ra­tion­nelles ? Heu­reu­se­ment, les ré­ac­tions en chaîne de nom­breuses par­ties pre­nantes ont été sa­lu­taires pour pré­ser­ver le prin­cipe fon­da­men­tal de notre li­ber­té de mou­ve­ment : cer­taines ONG qui ont lut­té contre la dis­cri­mi­na­tion

En 2038, l’au­to­mo­bile à fort conte­nu tech­no­lo­gique se­ra tou­jours en bonne place.

Je crois au res­pect fon­da­men­tal de la li­ber­té de mou­ve­ment.

liée à une mo­bi­li­té ur­baine de plus en plus éli­tiste et ba­sée sur des cri­tères de tri sé­lec­tif éco­no­mique ; les ha­bi­tants des ter­ri­toires ru­raux qui ont ob­te­nu de haute lutte l’éga­li­té de tous les ci­toyens face à la dé­ser­ti­fi­ca­tion de la mo­bi­li­té, met­tant hors jeu cer­taines po­pu­la­tions ; ou en­core les com­bats syn­di­caux me­nés pour la sau­ve­garde de l’emploi dans un sec­teur d’ac­ti­vi­té qui re­pré­sen­tait il y a vingt ans plus de 6 % de la po­pu­la­tion ac­tive eu­ro­péenne et qui a dû se ré­in­ven­ter sans ta­bou ; en­fin la mo­bi­li­sa­tion de la com­mu­nau­té scien­ti­fique, qui a réus­si à im­po­ser une dé­marche ra­tion­nelle de la tran­si­tion éner­gé­tique ap­pli­quée au trans­port de per­sonnes et de biens. C’est au­jourd’hui que l’on peut me­su­rer la contri­bu­tion dé­ci­sive de tous ces ac­teurs de la so­cié­té ci­vile qui ont per­mis d’an­crer la mo­bi­li­té dans nos droits fon­da­men­taux, en écri­vant l’équa­tion de la mo­bi­li­té du­rable à trois fac­teurs : en­vi­ron­ne­men­tal, éco­no­mique et so­cial.

Contre les conser­va­tismes

Parce que les consom­ma­teurs ont eu rai­son de ne ja­mais ac­cep­ter de com­pro­mis sur la sé­cu­ri­té, le confort et l’em­preinte car­bone du dé­pla­ce­ment, l’au­to­mo­bile à fort conte­nu tech­no­lo­gique fi­gure tou­jours en 2038 en bonne place dans le pa­no­ra­ma de l’offre de mo­bi­li­té mul­ti­mo­dale. Je n’ai ja­mais dou­té un seul ins­tant que la soif de mo­bi­li­té, ex­pri­mée par les ci­toyens qui ont gran­di dans des dé­mo­cra­ties, fasse en­tendre rai­son aux dé­ci­deurs ins­ti­tu­tion­nels au nom du res­pect fon­da­men­tal de leur li­ber­té de mou­ve­ment, qu’elle soit par­ta­gée ou in­di­vi­duelle, dans un monde qui vient de pas­ser le cap des 9 mil­liards d’ha­bi­tants qui as­pirent tous à une « au­to­mo­bi­li­té » hy­per­tro­phiée sur les cinq conti­nents.

C’est toute la gran­deur de l’hu­ma­ni­té et tout le gé­nie de l’in­dus­trie de l’au­to­mo­bile, par­don… de l’au­to­mo­bi­li­té, d’avoir su dé­pas­ser ses at­ti­tudes conser­va­trices, prendre des dé­ci­sions par­fois im­po­pu­laires et fi­na­le­ment se ré­in­ven­ter en l’es­pace de deux dé­cen­nies. Les pas de pro­grès ont été consi­dé­rables et c’est dans l’ad­ver­si­té que l’ima­gi­na­tion sans ta­bou s’est ex­pri­mée pour ceux qui ont dé­ci­dé d’ap­pli­quer le dar­wi­nisme dès 2018, il y a vingt ans dé­jà ! Evo­luer ou dis­pa­raître, il n’y avait pas d’autre al­ter­na­tive et je suis heu­reux que l’es­prit spor­tif que j’ai in­suf­flé dans l’en­tre­prise que j’ai eu le pri­vi­lège de di­ri­ger per­dure tou­jours…

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