Le Royaume-Uni re­prend l’ex­ploi­ta­tion du gaz de schiste

● Le gou­ver­ne­ment de The­re­sa May cherche à ré­duire la dé­pen­dance du pays aux im­por­ta­tions de gaz. ● Elles re­pré­sentent dé­sor­mais plus de la moi­tié de la consom­ma­tion outre-Manche.

Les Echos - - INDUSTRIE &SERVICES - Alexandre Cou­nis @alexan­dre­cou­nis — Correspondant à Londres

L’opi­nion reste ma­jo­ri­tai­re­ment op­po­sée au « fra­cking », re­dou­tant à la fois la pol­lu­tion pro­vo­quée par les com­bus­tibles fos­siles et les séismes que le pro­cé­dé en­gendre. Des ma­ni­fes­tants en gi­let jaune fluo­res­cent oc­cupent les lieux de­puis plus de six cents jours. Sept ans après avoir dû in­ter­rompre une pre­mière ex­pé­rience de frac­tu­ra­tion hy­drau­lique au Royaume-Uni en rai­son des séismes qu’elle avait pro­vo­qués, la so­cié­té Cua­drilla Re­sources de­vait re­prendre jeu­di ou ce ven­dre­di l’ex­ploi­ta­tion de gaz de schiste sur le site de Lit­tle Plump­ton, près de la ville de Black­pool au nord-ouest de l’An­gle­terre.

De­puis que le gou­ver­ne­ment a le­vé l’in­ter­dic­tion, l’en­tre­prise est la pre­mière à re­lan­cer outre-Manche ce pro­cé­dé contro­ver­sé, qui consiste à frac­tu­rer des roches dans les pro­fon­deurs, au moyen d’un mé­lange d’eau, de sable et de pro­duits chi­miques, afin de ré­cu­pé­rer les hy­dro­car­bures conte­nus dans le schiste. Il y a trois se­maines, une tren­taine de ses ca­mions ont dé­po­sé le ma­té­riel d’ex­plo­ra­tion sur le site.

Si le gou­ver­ne­ment s’in­té­resse au gaz de schiste, c’est parce qu’il sou­haite ré­duire la dé­pen­dance du Royaume-Uni aux im­por­ta­tions de gaz, qui pèsent plus de la moi­tié de la

consom­ma­tion outre-Manche. Une part qui de­vrait mon­ter à 75 % d’ici à 2035, ont cal­cu­lé les in­dus­triels du sec­teur. Soit un coût de 18 mil­lions de livres par jour pour l’éco­no­mie bri­tan­nique, qui pour­rait même grim­per à 10 mil­liards de livres par an, af­firment ceux-ci. « La ques­tion est de sa­voir si l’on veut res­ter dé­pen­dant de la Rus­sie ou du Qa­tar », ex­pli­quait la se­maine der­nière Stuart Fe­gan, du syn­di­cat GMB, à l’oc­ca­sion d’une réu­nion sur le gaz de schiste or­ga­ni­sée à Bir­min­gham. « Le Royau­meU­ni se­rait fou de ne pas es­sayer puis dé­ve­lop­per cette res­source », mar­te­lait il y a quelques jours Fran­cis Egan, le pa­tron de Cua­drilla, dans le « Fi­nan­cial Times ». Pour lui, le gaz de schiste a un rôle à jouer pour ai­der le pays à ré­duire sa pol­lu­tion, le gaz na­tu­rel étant un mieux par rap­port au char­bon.

In­té­rêt com­mer­cial à confir­mer

Mais l’opi­nion reste ma­jo­ri­tai­re­ment op­po­sée au « fra­cking », re­dou­tant à la fois la pol­lu­tion pro­vo­quée par les com­bus­tibles fos­siles et les séismes que le pro­cé­dé en­gendre. La mé­thode reste in­ter­dite en Ecosse, au pays de Galles et en Ir­lande du Nord (comme en France et en Al­le­magne) et l’op­po­si­tion tra­vailliste a pro­mis de la re­mettre hors la loi en

An­gle­terre en cas d’al­ter­nance. Les conser­va­teurs eux-mêmes sont di­vi­sés : une ving­taine de dé­pu­tés to­ries ont me­na­cé en sep­tembre de faire échec à un pro­jet d’as­sou­plis­se­ment de la ré­gle­men­ta­tion que pousse le gou­ver­ne­ment pour lais­ser les ex­ploi­tants lan­cer des études préa­lables et des fo­rages d’es­sai, sans avoir à ob­te­nir une au­to­ri­sa­tion.

Reste aus­si à dé­mon­trer la via­bi­li­té com­mer­ciale d’un tel pro­cé­dé outre-Manche. « Il est im­por­tant de pré­sen­ter des ar­gu­ments clairs avant d’af­fir­mer que le gaz de schiste est une meilleure so­lu­tion pour le Royau­meU­ni », sou­li­gnait à Bir­min­gham le pro­fes­seur Mike Brad­shaw, de l’uni­ver­si­té de War­wick. D’au­tant que le Royaume-Uni n’est pas les EtatsU­nis : la plus forte den­si­té de po­pu­la­tion y rend les fo­rages plus dif­fi­ciles.

« Nous res­tons lar­ge­ment bais­siers sur les pers­pec­tives du gaz de schiste bri­tan­nique », in­diquent dans une note les ana­lystes de l’agence de no­ta­tion Fitch, qui ne voient pas de point d’in­flexion avec l’en­trée en ac­ti­vi­té de deux puits à Black­pool. « Une fois la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique en­ta­mée, l’en­tre­prise condui­ra des tests sur le gaz ain­si pro­duit pen­dant en­vi­ron six mois. » Ce n’est qu’à l’is­sue qu’elle dé­ci­de­ra si elle peut conti­nuer l’ex­ploi­ta­tion com­mer­ciale… ou si elle doit l’aban­don­ner. ■

Pho­to Paul El­lis/AFP

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.