PJeoaunrrJao-ut-zoenl : Un pin­la­venrdse’urrl­gaec­no­cuerp­boeur ldeu­cr­liém­chaa­tuf­fe­ment ?

Les Echos - - INDUSTRIE &SERVICES - Isa­belle Ko­cher est di­rec­trice gé­né­rale d’En­gie.

Le compte à re­bours est lan­cé. Si rien ne change, nous au­rons épui­sé le « bud­get car­bone » de la pla­nète dans vingt ans, et n’au­rons alors plus au­cune chance de main­te­nir le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique en de­çà des 2 de­grés dé­ter­mi­nés par l’Ac­cord de Paris, comme le rap­pelle le ré­cent rap­port du GIEC. Après trois an­nées de stag­na­tion, les émis­sions mon­diales de CO2 sont re­par­ties à la hausse en 2017. Sans sur­prise, les si­gnaux d’alerte se mul­ti­plient. Cette an­née en­core, nous avons ob­ser­vé des phé­no­mènes cli­ma­tiques sans pré­cé­dent : in­cen­dies dé­vas­ta­teurs en Ca­li­for­nie et en Suède, inon­da­tions re­cord en Inde, fonte des glaces ac­cé­lé­rée en Arc­tique, fortes vagues de cha­leur au Ja­pon et en Eu­rope, « stress hy­drique » de plus en plus sé­vère…

Il ne s’agit pas là du fu­tur hy­po­thé­tique de nos ar­rière-ar­rière-pe­tits-en­fants, mais bien de notre pré­sent. En­vi­sa­ger la fin du monde n’est plus ré­ser­vé aux scé­na­rios de films de science-fic­tion ; le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique n’ad­met ni cal­cul po­li­tique ni so­lu­tions su­per­fi­cielles. Oui, la tran­si­tion éco­lo­gique est en­ga­gée, et elle est iné­luc­table. Mais nous de­vons l’ac­cé­lé­rer et chan­ger d’échelle. Si nous ne pou­vons pas re­ve­nir en ar­rière, nous pou­vons pe­ser sur l’ave­nir de plu­sieurs fa­çons et contri­buer à un pro- grès plus har­mo­nieux. Ac­cé­lé­rer d’abord le chan­ge­ment de men­ta­li­té. C’est par une prise de conscience uni­ver­selle de l’im­pact du chan­ge­ment cli­ma­tique sur nos vies que tout a com­men­cé. Au fond, le chan­ge­ment est à por­tée de main. Nous avons, in­di­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment, la ca­pa­ci­té d’exer­cer une pres­sion sur les en­tre­prises, les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières, les Etats, par nos choix de consom­ma­tion, nos choix pro­fes­sion­nels, nos choix d’in­ves­tis­se­ment, nos choix élec­to­raux. Il s’agit d’un le­vier fon­da­men­tal.

Ac­cé­lé­rer éga­le­ment sur le ver­sant tech­no­lo­gique. Les tech­no­lo­gies d’élec­tri­ci­té re­nou­ve­lable,

L’éner­gie propre et peu chère pour­ra de­ve­nir de­main un bien com­mun à la por­tée de tous.

de­ve­nues ul­tra-com­pé­ti­tives, connaissent un dé­ve­lop­pe­ment ful­gu­rant. D’ici à 2030, cer­tains scé­na­rios es­timent que 2.500 GW de pho­to­vol­taïque pour­raient être ins­tal­lés – qui s’ad­di­tion­ne­raient aux 300 GW en place fin 2016. L’hy­dro­gène pour­rait re­pré­sen­ter près d’un cin­quième de l’éner­gie to­tale consom­mée à l’ho­ri­zon 2050 , ré­dui­sant d’au­tant les émis­sions de CO2. Les gaz verts sont aus­si très pro­met­teurs : l’Ademe es­time par exemple pos­sible d’en­vi­sa­ger un scé­na­rio « 100 % gaz verts » en France d’ici à 2050. Ces nou­velles tech­no­lo­gies de pro­duc­tion, de plus en plus di­gi­ta­li­sées et dé­cen­tra­li­sées, contri­buent à la construc­tion d’un sys­tème éner- gé­tique glo­bal plus ef­fi­cace, constam­ment op­ti­mi­sé, re­flé­tant les pres­crip­tions des uti­li­sa­teurs et ac­com­pa­gnant la baisse des consom­ma­tions – c’est très exac­te­ment le po­si­tion­ne­ment d’En­gie. Loin de se li­mi­ter à des évo­lu­tions tech­no­lo­giques, la ré­vo­lu­tion éner­gé­tique va mo­di­fier les équi­libres géo­po­li­tiques. Alors qu’au­jourd’hui, six pays sont ac­tuel­le­ment res­pon­sables de 72 % de la pro­duc­tion mon­diale de pé­trole, l’éner­gie, propre et peu chère, pour­ra de­ve­nir de­main un bien com­mun à la por­tée de tous. Pour ce­la, il nous faut ac­cé­lé­rer en­fin la réa­li­sa­tion concrète des pro­jets re­nou­ve­lables. La mise en place d’un sys­tème éner­gé­tique dé­car­bo­né et dé­cen­tra­li­sé s’ef­fec­tue via des pro­jets de taille re­la­ti­ve­ment mo­deste, pro­jets qui trop sou­vent peinent à trou­ver un fi­nan­ce­ment, alors que pa­ra­doxa­le­ment l’épargne dis­po­nible n’a ja­mais été si abon­dante. Il y a ur­gence à tra­vailler à la mise en place d’un cadre ré­gu­la­toire ap­pro­prié, per­met­tant de stan­dar­di­ser au­tant que pos­sible ces pro­jets, de les agré­ger, de les rendre moins ris­qués, pour faire bais­ser au maxi­mum le coût du ca­pi­tal et dé­clen­cher les in­ves­tis­se­ments.

L’en­jeu est cru­cial, no­tam­ment pour ga­ran­tir un ac­cès à l’éner­gie au 1,4 mil­liard d’êtres hu­mains qui en sont en­core pri­vés. C’est tout le sens de l’ini­tia­tive prise ré­cem­ment par six pays d’Afrique de l’Ouest, dont le der­nier One Pla­net Sum­mit s’est fait l’écho. Nous sommes lan­cés dans la course de vi­tesse la plus im­por­tante de notre his­toire, et nous ne pou­vons pas nous of­frir le luxe de la perdre !

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