Uni­q­lo s’arme pour ri­va­li­ser avec Ama­zon

Pour do­per ses ventes en ligne, le groupe ja­po­nais va dé­pen­ser 770 mil­lions d’eu­ros dans des centres de dis­tri­bu­tion. Ceux-ci se­ront presque en­tiè­re­ment au­to­ma­ti­sés.

Les Echos - - INDUSTRIE &SERVICES - Yann Rous­seau — Correspondant à To­kyo

Fin 2015, les am­bi­tions dans l’e-com­merce de Fast Re­tai­ling, le pro­prié­taire d’Uni­q­lo, sem­blaient for­te­ment com­pro­mises. Très en re­tard, comme ses concur­rents In­di­tex (Za­ra) ou Hennes & Mau­ritz (H&M), sur les géants du Web tels qu’Ama­zon et les sites spé­cia­li­sés, le groupe ja­po­nais ve­nait d’en­ga­ger sa ré­vo­lu­tion di­gi­tale. « Je veux que nos ventes en ligne passent d’en­vi­ron 5 % au­jourd’hui à plus de 30 % à terme », mar­te­lait, en oc­tobre 2015, Ta­da­shi Ya­nai, le fon­da­teur et PDG de Fast Re­tai­ling. Et uti­li­sant le Ja­pon comme un la­bo­ra­toire de sa stra­té­gie glo­bale, le groupe inau­gu­rait un nou­veau grand centre lo­gis­tique à Ariake, en ban­lieue de To­kyo.

Mais très vite, l’ex­pé­rience s’est com­pli­quée. « En 2015, la si­tua­tion était cri­tique. C’était le chaos com­plet », confie au­jourd’hui Tayuka Jimbo, l’un des vice-pré­si­dents du groupe ja­po­nais. Des stocks en­voyés de­puis les usines à l’étran­ger s’ac­cu­mu­laient. Les pa­quets de li­vrai­son étaient épar­pillés un peu par­tout et des com­mandes s’éga­raient. « Nous avions cru pou­voir tout gé­rer au sein de notre di­vi­sion lo­gis­tique, mais c’était im­pos­sible, ana­lyse Tayuka Jimbo. C’est l’en­semble de la chaîne qu’il fal­lait re­pen­ser. »

Après dix-huit mois d’une in­tense ré­or­ga­ni­sa­tion me­née, à Ariake, en col­la­bo­ra­tion avec la so­cié­té Dai­fu­ku, spé­cia­li­sée dans la lo­gis­tique, Uni­q­lo a dé­voi­lé, cette se­maine, un tout nou­veau sys­tème de dis­tri­bu­tion presque en­tiè­re­ment au­to­ma­ti­sé dé­dié à ses ventes en ligne. « C’est ce mo­dèle que nous al­lons main­te­nant dé­ployer par­tout dans le monde », a an­non­cé Ta­da­shi Ya­nai, qui an­ti­cipe, pour cet ef­fort, une dé­pense glo­bale de près de 100 mil­liards de yens (770 mil­lions d’eu­ros).

Les hu­mains ont qua­si­ment dis­pa­ru des trois étages de l’im­mense en­tre­pôt dé­sor­mais qua­drillé par des longs convoyeurs, équi­pés de ro­bots in­dus­triels, si­mi­laires à ceux uti­li­sés sur les lignes d’as­sem­blage au­to­mo­bile. « Nous avons réduit les ef­fec­tifs de 90 % », ad­met Tayuka Jimbo. Un mou­ve­ment qui ne fait pas dé­bat au Ja­pon où il n’y a plus de chô­mage et où les groupes sont han­di­ca­pés par de graves pé­nu­ries de main-d’oeuvre.

Forte hausse de la pro­duc­ti­vi­té

Dé­sor­mais, des pla­teaux au­to­ma­ti­sés viennent pui­ser dans les stocks em­pi­lés sur trois étages, dans plus d’une cen­taine d’étroites al­lées, le bac plas­tique conte­nant le mo­dèle du vê­te­ment com­man­dé en ligne. Chaque pro­duit étant équi­pé dès sa pro­duc­tion dans des usines d’Asie (Chine, Viet­nam…) d’une puce RFID, il est sui­vi élec­tro­ni­que­ment tout au long de son par­cours dans l’en­tre­pôt jus­qu’à son ar­ri­vée au deuxième étage.

Là, une quin­zaine de per­sonnes trans­fèrent les vê­te­ments de leurs bacs, qui ar­rivent di­rec­te­ment de­vant leurs postes de tra­vail fixes, aux cartons de li­vrai­son qui ont, eux aus­si, été as­sem­blés di­rec­te­ment au pas­sage de la com­mande en ligne et ame­né par convoyeur de­vant l’em­ployé. « Fi­nis les em­bal­lages trop grands ! Nous avons réa­li­sé d’énormes éco­no­mies en ar­rê­tant de li­vrer de l’air », ex­plique le cadre d’Uni­q­lo.

Le groupe es­time que le temps qui s’écoule entre le pas­sage d’une com­mande sur smart­phone et la re­mise du pa­quet fi­na­li­sé à la so­cié­té de li­vrai­son sur les docks de dé­part de l’en­tre­pôt est main­te­nant com­pris entre 15 et 60 mi­nutes. Au­pa­ra­vant, il fal­lait entre 8 et 16 heures. « De­puis nos pre­miers es­sais il y a six mois, au­cun pa­quet n’a été mal di­ri­gé », as­sure Tayuka Jimbo. « L’en­semble des pro­cé­dures d’ins­pec­tion sont faites au­to­ma­ti­que­ment

« De­puis nos pre­miers es­sais il y a six mois, au­cun pa­quet n’a été mal di­ri­gé. » TAYUKA JIMBO Vice-pré­sident de Fast Re­tai­ling

grâce aux lec­teurs des éti­quettes RFID pla­cés sur le par­cours », ex­plique Hi­ro­shi Ge­shi­ro, le PDG de Dai­fu­ku.

La pro­duc­ti­vi­té a ain­si été mul­ti­pliée par 80, ré­sume Ta­da­shi Ya­nai, qui voit cette di­gi­ta­li­sa­tion se dé­ployer pro­gres­si­ve­ment sur l’en­semble de la chaîne de pro­duc­tion de Fast Re­tai­ling. « Avec les ro­bots, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, l’amé­lio­ra­tion des lo­gi­ciels, tous les travaux de rou­tine vont pou­voir être au­to­ma­ti­sés », avance le pa­tron, qui es­père que cette ré­vo­lu­tion l’ai­de­ra à s’im­po­ser en nu­mé­ro un mon­dial de la mode. ■ Là où il fal­lait entre 8 et 16 heures entre le pas­sage d’une com­mande sur smart­phone et la re­mise du pa­quet à la so­cié­té de li­vrai­son sur les docks de dé­part, il faut main­te­nant entre 15 et 60 mi­nutes.

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