DIF­FI­CILE NÉ­GO­CIA­TION SUR L’AS­SU­RANCE-CHÔ­MAGE

● Les par­te­naires so­ciaux ouvrent ce ven­dre­di une né­go­cia­tion à hauts risques. ● Le cadre fixé par le gou­ver­ne­ment est très contraint et la crise à FO com­plique les choses.

Les Echos - - LA UNE - Leï­la de Co­mar­mond @lei­la­de­co

Les par­te­naires so­ciaux ouvrent ce ven­dre­di une né­go­cia­tion à hauts risques sur l’as­su­rance-chô­mage. Au me­nu, im­po­sé par le gou­ver­ne­ment : des éco­no­mies sur les al­lo­ca­tions et les contrats courts.

C’est une né­go­cia­tion sous pres­sion… et sous ten­sion, qui dé­marre ce ven­dre­di après-mi­di sur l’as­su­rance-chô­mage. A l’épée de Da­mo­clès sus­pen­due par le gou­ver­ne­ment au-des­sus de la tête du pa­tro­nat et des syn­di­cats vient s’ajou­ter un pay­sage com­pli­qué du cô­té des par­te­naires so­ciaux.

De­puis le dé­but du quin­quen­nat, la vo­lon­té de l’exé­cu­tif est de pré­emp­ter le dos­sier. L’af­fir­ma­tion peut ap­pa­raître sur­pre­nante alors que c’est la deuxième né­go­cia­tion pa­ri­taire qui s’en­gage de­puis l’ar­ri­vée à l’Ely­sée d’Em­ma­nuel Ma­cron. Mais c’est une réa­li­té. Le gou­ver­ne­ment a dé­pos­sé­dé l’as­su­rance-chô­mage d’une de ses deux sources de fi­nan­ce­ment en sub­sti­tuant de la CSG à la co­ti­sa­tion des sa­la­riés. Et c’est aus­si lui qui a im­po­sé l’ordre du jour des né­go­cia­tions sur les dé­mis­sion­naires et les in­dé­pen­dants dé­but 2018, comme cet au­tomne.

Pres­sion maxi­male

La né­go­cia­tion qui s’ouvre a d’ailleurs failli ne pas avoir lieu, le gou­ver­ne­ment en­vi­sa­geant de pro- cé­der par dé­cret. Mais en juillet, confron­té dé­jà à une im­po­pu­la­ri­té crois­sante, Em­ma­nuel Ma­cron s’est adres­sé au pa­tro­nat et aux syn­di­cats, leur de­man­dant de se mettre au­tour de la table pour re­voir les pa­ra­mètres de l’as­su­rance-chô­mage. Ce fai­sant, il leur a mis une pres­sion maxi­male.

Le gou­ver­ne­ment exige de nou­velles éco­no­mies sub­stan­tielles sur l’in­dem­ni­sa­tion − 3 à 4 mil­liards d’eu­ros sur trois ans − au grand dam des syn­di­cats − ain­si que des me­sures sur les contrats courts, au grand dam du pa­tro­nat.

Les unes après les autres, les or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales et syn­di­cales ont dé­cla­ré qu’elles étaient prêtes à né­go­cier. Mais ce­la ne veut pas dire conclure. « Les chances de réus­site de cette né­go­cia­tion sont té­nues », af­fir­mait la CGC dans un com­mu­ni­qué pu­blié jeu­di. Un point de vue par­ta­gé par tous les né­go­cia­teurs. L’exer­cice s’an­nonce de fait dif­fi­cile, d’au­tant que le gou- ver­ne­ment im­pose un ca­len­drier très ser­ré : la der­nière séance de né­go­cia­tion est pré­vue le 15 jan­vier, dans à peine plus de deux mois.

L’équa­tion est en outre com­pli­quée par au moins deux in­con­nues, du cô­té du Me­def et du cô­té de Force ou­vrière. Le nou­veau pa­tron des pa­trons, Geof­froy Roux de Bé­zieux, connaît l’as­su­rance-chô­mage pour en avoir dé­jà eu la charge. Mais sa ré­cente élec­tion n’en ouvre pas moins une pé­riode de flot­te­ment au sein du pa­tro­nat.

Un test pour le Me­def

C’est le pre­mier dos­sier que le suc­ces­seur de Pierre Gat­taz va de­voir trai­ter. Dans la cam­pagne pour la pré­si­dence du Me­def au prin­temps, il a pro­mis un Me­def de pro­po­si­tions par contraste avec son pré­dé­ces­seur. Il doit dé­mon­trer qu’il en a la ca­pa­ci­té, alors que la né­go­cia­tion

« Les chances de réus­site de cette né­go­cia­tion sont té­nues. » LA CGC

se­ra pi­lo­tée par Hu­bert Mon­gon, le dé­lé­gué gé­né­ral de la mé­tal­lur­gie, d’où ve­nait le prin­ci­pal concur­rent de Geof­froy Roux de Bé­zieux pour la pré­si­dence du Me­def.

Mais le plus im­por­tant séisme est in­ter­ve­nu il y a moins d’un mois, avec la dé­mis­sion bru­tale de Pas­cal Pa­va­geau après la ré­vé­la­tion d’un fi­chier oc­culte sur les cadres de Force ou­vrière. La né­go­cia­tion dé­marre alors que le troi­sième syn­di­cat fran­çais a per­du son pi­lote. Ce n’est pas for­cé­ment une ca­tas­trophe pour l’ins­tant. Tout à ré­gler ses comptes, l’éphé­mère se­cré­taire gé­né­ral de FO avait choi­si de court-cir­cui­ter son né­go­cia­teur pour dis­cu­ter en di­rect avec le pa­tro­nat, ce qui com­pli­quait l’exer­cice de né­go­cia­tion.

Mais s’ouvre une pé­riode d’in­cer­ti­tudes. La va­cance ne va pas du­rer, puisque le par­le­ment de Force ou­vrière va dé­si­gner son nou­veau se­cré­taire gé­né­ral le 21 ou le 22 no­vembre. Mais trois can­di­dats vont s’af­fron­ter. L’élec­tion se fe­ra à un tour, donc au plus fort score. Sauf dé­sis­te­ment, le pro­chain se­cré­taire gé­né­ral de FO ne de­vrait pas re­cueillir une ma­jo­ri­té ab­so­lue de voix. Se po­se­ra donc la ques­tion de sa lé­gi­ti­mi­té et de son au­to­ri­té sur l’or­ga­ni­sa­tion syn­di­cale. ■

Pho­to y Phi­lippe Hu­guen/AFP

Le gou­ver­ne­ment a exi­gé, au grand dam des syn­di­cats, 3 à 4 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mies sur trois ans sur l’in­dem­ni­sa­tion.

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