LA BAISSE DES EF­FEC­TIFS DE FONC­TION­NAIRES DI­VISE

La ré­duc­tion du nombre de fonc­tion­naires est sou­te­nue par 55 % des Fran­çais pour la sphère de l’Etat et par 46 % d’entre eux pour les col­lec­ti­vi­tés lo­cales, se­lon un son­dage Elabe.

Les Echos - - LA UNE - Re­naud Ho­no­ré @r_­ho­nore (*) Son­dage ef­fec­tué les 6 et 7 no­vembre 2018, au­près d’un échan­tillon de 1.002 per­sonnes se­lon la mé­thode des quo­tas.

Les Fran­çais ap­prouvent à 55 % la baisse de 50.000 postes de fonc­tion­naire d’Etat mais s’op­posent aux coupes dans la sphère lo­cale, se­lon un son­dage Elabe.

Il y a deux ans, la baisse du nombre de fonc­tion­naires avait fait par­tie des thèmes éco­no­miques qui avaient agi­té la cam­pagne pré­si­den­tielle. Pour­tant, l’idée est loin de sus­ci­ter une forte adhé­sion au­près des Fran­çais, si l’on en croit le son­dage (*) réa­li­sé par Elabe pour « Les Echos », Ra­dio Clas­sique et l’Ins­ti­tut Mon­taigne.

Ain­si seule une courte ma­jo­ri­té (55 %) des per­sonnes in­ter­ro­gées sont fa­vo­rables à la ré­duc­tion de 50.000 postes dans la fonc­tion pu­blique d’Etat comme le pro­pose l’exé­cu­tif. Et la pro­por­tion de Fran­çais op­po­sés à la ré­duc­tion de 70.000 agents évo­quée pour les col­lec­ti­vi­tés lo­cales at­teint 53%. « On est clai­re­ment dans une at­tente de mieux, plu­tôt que de moins. Dans une pé­riode de dif­fi­cul­tés et de souf­france so­ciale comme nous en vi­vons ac­tuel­le­ment, c’est le be­soin d’un Etat pro­tec­teur qui s’ex­prime », ex­plique Ber­nard Sananès, le pré­sident d’Elabe.

Cli­vages po­li­tiques sur la ques­tion

Cette ques­tion crée de forts cli­vages dans la po­pu­la­tion fran­çaise. Ils sont d’abord po­li­tiques : une me­sure comme la baisse de 50.000 fonc­tion­naires dans la sphère de l’Etat est plé­bis­ci­tée par ceux ayant vo­té Fran­çois Fillon en 2017 (80 %) et re­je­tée par ceux de Jean-Luc Mé­len­chon (35 % d’opi­nions fa­vo­rables). Les élec­teurs d’Em­ma­nuel Ma­cron en sont par­ti­sans à 64 %, « ce qui n’a rien d’un sou­tien mas­sif », se­lon Ber­nard Sananès. Le deuxième cli­vage est so­cio­lo­gique, puisque la ré­ac­tion est dia­mé­tra­le­ment op­po­sée entre les 18-24 ans (40 % en fa­veur) et les per­sonnes de plus de 65 ans (68 %).

Pour au­tant, même le sou­tien af­fi­ché par les plus âgés pa­raît fra­gile. La même ca­té­go­rie ré­clame ain­si à 88 % une aug­men­ta­tion de postes pour la sé­cu­ri­té in­té­rieure et à 79 % pour la san­té. Ce ju­ge­ment schi­zo­phré­nique vaut pour l’en­semble des Fran­çais: en réa­li­té, il n’y a guère que pour l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale qu’on tend − sans l’at­teindre − vers une ma­jo­ri­té re­la­tive de Fran­çais d’ac­cord pour bais­ser les ef­fec­tifs. Ailleurs (édu­ca­tion, jus­tice, lo­ge­ment, sport, etc.) c’est soit une hausse soit un main­tien des ef­fec­tifs qui est de­man­dé. « C’est le troi­sième cli­vage sur ces ques­tions, entre le ci­toyen a prio­ri d’ac­cord pour ré­duire la dé­pense pu­blique, et l’usa­ger qui voit dans le fonc­tion­naire un élé­ment du lien so­cial », sou­ligne Ber­nard Sananès.

Le son­deur es­time donc que « la baisse des ef­fec­tifs de fonc­tion­naires n’est pas la bonne ma­nière d’en­trer dans le su­jet de la ré­forme de l’Etat pour le gou­ver­ne­ment». De fait, l’exé­cu­tif s’est gar­dé pour le mo­ment de trop mettre en avant la baisse de 50.000 agents dans la fonc­tion pu­blique d’Etat − ob­jec­tif qui pa­raît de toute fa­çon loin­tain au vu de la très

63 % des Fran­çais se disent fa­vo­rables à la ré­mu­né­ra­tion au mé­rite.

faible baisse (−6.000 en­vi­ron) en­re­gis­trée pour les deux pre­mières an­nées du quin­quen­nat.

Les autres me­sures avan­cées par l’exé­cu­tif pour la ré­forme de la fonc- tion pu­blique font, en re­vanche, plus consen­sus. Ain­si 72 % des Fran­çais se disent fa­vo­rables à la mise en place et à la pu­bli­ca­tion d’in­di­ca­teurs de ré­sul­tat et de sa­tis­fac­tion pour chaque ser­vice pu­blic. La ten­dance est aus­si po­si­tive pour la ré­mu­né­ra­tion au mé­rite (63 %) voire le plan de dé­parts vo­lon­taires pour les fonc­tion­naires (58 %). En re­vanche, le re­cours ac­cru aux contrac­tuels di­vise plus net­te­ment les Fran­çais (avec 53 % de per­sonnes fa­vo­rables).

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