Quand un think tank de gauche note le quin­quen­nat Hol­lande

La Fon­da­tion Jean-Jau­rès a pu­blié jeu­di un in­ven­taire des an­nées Hol­lande. Si le bi­lan « n’a pas été in­digne », le think tank n’épargne pas un pré­sident man­quant « d’au­to­ri­té » et ou­bliant le « rêve ».

Les Echos - - FRANCE - Pierre-Alain Fur­bu­ry @paFur­bu­ry

Un an et de­mi après le double échec élec­to­ral des so­cia­listes, l’in­ven­taire du quin­quen­nat se fait tou­jours at­tendre au PS et Fran­çois Hol­lande conti­nue de dé­fendre d’ar­rache-pied son bi­lan. Mais la Fon­da­tion JeanJau­rès s’est, elle, at­te­lée à la tâche. Le think tank, proche de la gauche, a pu­blié, jeu­di, un in­ven­taire des an­nées 2012-2017. Plus de 250 pages, fruit de huit mois de tra­vail sous la hou­lette de son di­rec­teur gé­né­ral Gilles Fin­chel­stein et de l’his­to­rien so­cia­liste Alain Ber­gou­nioux, pour ten­ter d’ana­ly­ser ce quin­quen­nat qua­li­fié d’« anor­mal » − al­lu­sion à la pré­si­dence « nor­male » que Fran­çois Hol­lande avait es­pé­ré in­car­ner.

Un « re­dres­se­ment »

Pour la Fon­da­tion, le bi­lan,

« nuan­cé », « n’a pas été in­digne ». Il

« au­rait pu et dû per­mettre aux so­cia­listes d’au moins me­ner une ba­taille élec­to­rale », d’évi­ter en 2017 le « dé­sastre » à dé­faut de la dé­faite, in­siste-t-elle. Les « deux tiers » des pro­messes ini­tiales ont été « te­nues, to­ta­le­ment ou par­tiel­le­ment ». Le think tank sug­gère même un « 12 sur 20 » pour la po­li­tique éco­no­mique et so­ciale de Fran­çois Hol­lande, qui avait pous­sé à la fronde une par­tie des dé­pu­tés so­cia­listes et était très cri­ti­quée dans l’opi­nion pu­blique à la fin du quin­quen­nat. Mal­gré ses « li­mites » et ses « ra­tées », elle « a per­mis de dis­po­ser en 2017 d’une éco­no­mie plus so­lide qu’en 2012 », consi­dère l’étude.

« Le bi­lan éco­no­mique d’en­semble est bien ce­lui d’un re­dres­se­ment : une crois­sance re­vi­go­rée, des marges re­cons­ti­tuées, des in­ves­tis­se­ments en re­bond, un dé­fi­cit pu­blic ra­bo­té, des comptes so­ciaux équi­li­brés, une courbe du chô­mage in­ver­sée, fût-ce tar­di­ve­ment et mo­des­te­ment », égraine-telle, sou­li­gnant no­tam­ment de « bel­le­sa­van­cées » en ma­tière so­ciale (de la re­traite à 60 ans pour les car­rières longues au compte per­son­nel d’ac­ti­vi­té

Les « deux tiers » des pro­messes ini­tiales ont été « te­nues, to­ta­le­ment ou par­tiel­le­ment ».

en pas­sant par la gé­né­ra­li­sa­tion de la com­plé­men­taire san­té et du tiers payant). Sans tou­te­fois ri­va­li­ser, pré­cise-t-elle, « avec les grandes me­sures des époques Mit­ter­rand-Jos­pin ».

Mais com­ment ex­pli­quer, alors, un tel désa­veu po­li­tique ? Alors que l’in­té­res­sé charge es­sen­tiel­le­ment les fron­deurs et s’exo­nère pour l’es­sen­tiel, la Fon­da­tion Jean-Jau­rès n’épargne pas Fran­çois Hol­lande. Elle sou­ligne ses « pro­messes im­pru­dentes » (comme la re­né­go­cia­tion du Trai­té eu­ro­péen, la taxe à 75 % et l’in­ver­sion de la courbe du chô­mage…) ou « non te­nues » (le droit de vote des étran­gers, par exemple), sa pra­tique « chao­tique » du pou­voir et ses « rup­tures suc­ces­sives » (la der­nière an­née, avec la dé­chéance de na­tio­na­li­té et la pre­mière mou­ture de la loi tra­vail fai­sant fi­gure de « bi­fur­ca­tion fi­nale » après quatre an­nées so­ciales-dé­mo­crates).

Une in­ca­pa­ci­té à faire le ré­cit de l’ac­tion me­née

Tout au long de son in­ven­taire, le think tank pointe sur­tout trois dé­fi­cits ré­cur­rents. Un lea­der­ship dé­faillant, Fran­çois Hol­lande s’avé­rant « in­ca­pable de sur­mon­ter la fai­blesse ori­gi­nelle, celle d’un quin­quen­nat gan­gre­né par le flou idéo­lo­gique et po­li­tique dans le­quel le so­cia­lisme fran­çais est noyé de­puis 1971 peu­têtre, 1983 sû­re­ment ». Des dif­fi­cul­tés à as­su­mer, la po­li­tique de l’offre ayant été « un peu hon­teuse » et des lois « am­bi­tieuses » n’ayant pas tou­jours été « to­ta­le­ment dé­fen­dues », même dans le champ so­cié­tal. Et sur­tout, dans tous les do­maines, une in­ca­pa­ci­té to­tale de l’exé­cu­tif à faire le ré­cit de l’ac­tion me­née.

La Fon­da­tion Jean-Jau­rès dé­crit « un pré­sident tech­ni­cien consa­crant ses pres­ta­tions au­dio­vi­suelles à la des­crip­tion des conte­nus et sous-conte­nus des me­sures mises en oeuvre », d’une « forme de dé­po­li­ti­sa­tion du dis­cours pré­si­den­tiel tour­né vers des ré­sul­tats ex­clu­si­ve­ment chif­frés » quand « l’opi­nion, et spé­ci­fi­que­ment le peuple de gauche, ré­clame et de l’ef­fi­ca­ci­té et du rêve ». « Au coeur du quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande, note le rap­port, la pre­mière a été re­la­tive, le se­cond, to­ta­le­ment ab­sent ». Un rude constat pour un homme qui vou­lait « réen­chan­ter le rêve fran­çais ». ■

Pho­to Sté­phane de Sa­ku­tin/AFP

La Fon­da­tion Jean-Jau­rès sou­ligne la pra­tique « chao­tique » du pou­voir de Fran­çois Hol­lande.

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