L’ef­fort bud­gé­taire de la France s’an­nonce in­suf­fi­sant

D’après les cal­culs de Bruxelles, Pa­ris ne va pas ré­duire son dé­fi­cit struc­tu­rel as­sez vite. Mais en plein bras de fer avec Rome, la Com­mis­sion semble vou­loir faire preuve de com­pré­hen­sion à l’égard de Pa­ris.

Les Echos - - MONDE - G.G.

Il est tou­jours plus fa­cile d’être un élève très moyen quand un cancre lance des bou­lettes sur le pro­fes­seur. Sans le rôle ou­ver­te­ment pro­vo­ca­teur que joue l’Ita­lie vis-à-vis du reste de l’Union eu­ro­péenne en ma­tière bud­gé­taire, la France se­rait pro­ba­ble­ment dans une si­tua­tion as­sez in­con­for­table vis-à-vis de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, compte te­nu des pré­vi­sions pré­sen­tées, jeu­di, par le com­mis­saire eu­ro­péen, Pierre Mos­co­vi­ci.

Ce n’est pas tant au titre de son dé­fi­cit pu­blic no­mi­nal que Pa­ris pour­rait s’at­ti­rer les foudres de Bruxelles. Ce­lui-ci de­vrait s’éta­blir à 2,6 % de PIB cette an­née, soit 0,3 point de plus que pré­vu au prin­temps der­nier. La faute, no­tam­ment, à une conjonc­ture moins por­teuse – la crois­sance au­ra at­teint 1,7 % cette an­née, et de­vrait s’éta­blir à 1,6 % en 2019. Quant au dé­fi­cit de 2019, il est at­ten­du à 2,8 %, mais cette dé­gra­da­tion po­ten­tielle ré­sul­te­ra d’abord de l’ef­fet tem­po­raire lié à la trans­for­ma­tion du CICE en baisse de charges pé­renne. Sans ce­la, il se si­tue­rait plu­tôt au­tour de 1,9 %.

Ver­dict le 21 no­vembre, date à la­quelle Bruxelles doit don­ner son avis for­mel sur les pro­jets de bud­gets eu­ro­péens.

Se plier aux contraintes

Mais Pa­ris n’est plus sous le coup de la pro­cé­dure pour dé­fi­cit ex­ces­sif. D’après les règles eu­ro­péennes, le dé­fi­cit no­mi­nal n’est donc plus le su­jet. C’est à la ré­duc­tion de son dé­fi­cit struc­tu­rel que Ber­cy doit oeu­vrer – c’est-à-dire la ré­duc­tion de la part du dé­fi­cit cen­sée ne pas fluc­tuer avec les va­ria­tions conjonc­tu­relles. Or Pa­ris, quelle que soit la mé­thode de cal­cul, ne semble pas par­ti pour se plier aux contraintes eu­ro­péennes, même avec la plus grande flexi­bi­li­té pos­sible. Bruxelles voit en ef­fet ce dé­fi­cit struc­tu­rel en très lé­gère dé­té­rio­ra­tion en 2018, de 0,05 point de PIB. Et en 2019, l’amé­lio­ra­tion se­rait de 0,25 point de PIB. On est donc loin du pro­grès de 0,7 point de PIB qu’un pays doit pou­voir en­re­gis­trer, en cu­mu­lé, sur deux an­nées consé­cu­tives. A l’évi­dence, le com­mis­saire eu­ro­péen, Pierre Mos­co­vi­ci, n’en­vi­sage pas de charge trop vio­lente contre Pa­ris. L’an­cien mi­nistre des Fi­nances fran­çais a certes re­con­nu que l’ef­fort struc­tu­rel fran­çais s’an­non­çait « in­con­tes­ta­ble­ment in­fé­rieur » à ce que re­quièrent les règles.

Mais il a van­té l’ac­tion de l’exé­cu­tif fran­çais, in­sis­tant sur le fait que en 2020, le dé­fi­cit pour­rait s’éta­blir à 1,7 %, ce qui consti­tue­rait « une baisse mar­quée ». Il a sur­tout ob­ser­vé « deux dif­fé­rences avec d’autres si­tua­tions », dans une claire al­lu­sion à l’Ita­lie. Et de ci­ter la ré­duc­tion « si­gni­fi­ca­tive » du dé­fi­cit, ain­si que celle lente mais « exis­tante » du dé­fi­cit struc­tu­rel. Ver­dict le 21 no­vembre, date à la­quelle Bruxelles doit don­ner son avis for­mel sur les pro­jets de bud­gets eu­ro­péens. —

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