Les en­tre­prises amé­ri­caines re­doutent la nou­velle donne au Con­grès

● La nou­velle confi­gu­ra­tion du Con­grès risque de contraindre l’ad­mi­nis­tra­tion Trump à sus­pendre son agen­da pro-bu­si­ness. ● La ma­jo­ri­té dé­mo­crate pour­rait uti­li­ser son le­vier bud­gé­taire pour né­go­cier des chan­ge­ments en ma­tière fis­cale.

Les Echos - - MONDE - El­sa Co­ne­sa @El­saCo­ne­sa —Bu­reau de New York

Les en­tre­prises sont sor­ties du bois peu après mi­nuit, dès les pre­miers ré­sul­tats des élec­tions connus. « Un gou­ver­ne­ment di­vi­sé ne si­gni­fie pas – et ne peut pas – être sy­no­nyme de blo­cage, a ré­agi la Chambre de com­merce, prin­ci­pal lob­by des en­tre­prises amé­ri­caines. Nous ap­pe­lons tous les élus à cher­cher un com­pro­mis sur des su­jets comme l’im­mi­gra­tion, les in­fra­struc­tures et le com­merce. »

La nou­velle confi­gu­ra­tion du Con­grès amé­ri­cain, dans la­quelle la Chambre est contrô­lée par les dé­mo­crates et le Sé­nat par les ré­pu­bli­cains, risque de fait de contraindre l’ad­mi­nis­tra­tion Trump à sus­pendre son agen­da pro-bu­si­ness. Grandes ga­gnantes de la pre­mière moi­tié de son man­dat, les en­tre­prises ont bé­né­fi­cié d’une baisse de l’im­pôt sur les so­cié­tés (ra­me­né de 35 à 21 %) l’an der­nier, ain­si que d’une vague de dé­ré­gle­men­ta­tion qui a fa­vo­ri­sé le sec­teur de l’éner­gie ou l’au­to­mo­bile. Pa­ral­lè­le­ment, la re­né­go­cia­tion des trai­tés com­mer- ciaux, en par­ti­cu­lier avec le Ca­na­da et le Mexique, a pour l’es­sen­tiel pré­ser­vé leurs in­té­rêts.

Mais, outre le risque d’un blo­cage lé­gis­la­tif, cer­tains ana­lystes craignent que l’ar­ri­vée d’une ma­jo­ri­té dé­mo­crate à la Chambre ne re­mette en cause les ac­quis des deux der­nières an­nées. Les dé­mo­crates ne peuvent pas dé­faire une loi dé­jà vo­tée, faute de ma­jo­ri­té au Sé­nat, mais pour­raient uti­li­ser leur droit de ve­to en ma­tière bud­gé­taire comme un ou­til de né­go­cia­tion.

Trump ou­vert à la dis­cus­sion

Les di­ri­geants du par­ti n’ont par exemple pas ca­ché leur vo­lon­té de re­ve­nir sur les baisses d’im­pôt vo­tées en fin d’an­née der­nière. Ils sou­haitent ain­si re­le­ver le taux d’im­pôt sur les so­cié­tés de 21 à 25 % pour fi­nan­cer un plan d’in­fra­struc­tures et veulent re­voir la fis­ca­li­té des plus-va­lues dont bé­né­fi­cient les hedge funds et les fonds de ca­pi­ta­lin­ves­tis­se­ment. Ils ont aus­si in­di­qué qu’ils comp­taient se pen­cher sur cer­taines règles de fis­ca­li­té in­ter­na­tio­nale uti­li­sées par les mul­ti­na­tio­nales. « Une Chambre des re­pré­sen­tants contrô­lée par les dé­mo­crates va né­ces­sai­re­ment vou­loir se pen­cher sur ce qui leur dé­plaît dans la fis­ca­li­té, pour pou­voir fi­nan­cer d’autres pro­grammes », a es­ti­mé Neil Brad­ley, de la Chambre de com­merce.

In­ter­ro­gé mer­cre­di sur la pos­si­bi­li­té d’un com­pro­mis avec les dé­mo­crates en vue d’une nou­velle baisse d’im­pôt pour les classes moyennes, Trump s’est dit ou­vert à la dis­cus­sion. Il est en re­vanche très peu pro­bable que les en­tre­prises, qui mi­litent pour une pé­ren­ni­sa­tion des baisses d’im­pôt vo­tées fin 2017 (ces der­nières étant tou­jours li­mi­tées dans le temps aux EtatsU­nis), ob­tiennent gain de cause.

Autre pré­oc­cu­pa­tion des en­tre­prises, des mul­ti­na­tio­nales en par­ti­cu­lier : les trai­tés com­mer­ciaux, et no­tam­ment le nou­vel ac­cord conclu avec le Mexique et le Ca­na­da le mois der­nier. Ce texte, qui doit être sou­mis au Con­grès, ne le se­ra vrai­sem­bla­ble­ment pas avant le dé­but d’an­née pro­chaine. La nou­velle ma­jo­ri­té à la Chambre pour­rait vou­loir l’amen­der pour le rendre plus fa­vo­rable aux sa­la­riés. « Nos exi­gences pour sou­te­nir l’ac­cord se­ront très éle­vées », s’était conten­té de pré­ve­nir le dé­pu­té dé­mo­crate Ri­chard Neal dé­but oc­tobre, qui siège à la com­mis­sion des Fi­nances de la Chambre. « Les dé­mo­crates tendent à être plus pro­tec­tion­nistes que les ré­pu­bli­cains, tem­père Gre­go­ry Da­co, chez Ox­ford Eco­no­mics. Il est peu pro­bable qu’ils cherchent à faire dé­railler l’ac­cord, d’au­tant qu’il n’y a pas réel­le­ment d’al­ter­na­tive. Si le texte n’est pas vo­té, l’ac­cord pré­cé­dent se­ra dis­sous. »

Faire pres­sion

L’of­fen­sive conduite par la Mai­sonB­lanche en ma­tière de dé­ré­gu­la­tion, qui a bé­né­fi­cié aux en­tre­prises du sec­teur de l’éner­gie ou de l’au­to­mo­bile, de­vrait en re­vanche se pour­suivre, le Con­grès n’ayant pas de moyen d’in­ter­ve­nir. Les dé­mo­crates pour­ront en re­vanche convo­quer des au­di­tions en com­mis­sion ou ou­vrir des en­quêtes pour ten­ter de faire pres­sion, et comptent le faire en ma­tière de ser­vices fi­nan­ciers.

Quant au grand plan d’in­fra­struc­tures at­ten­du par les en­tre­prises, il pour­rait théo­ri­que­ment faire l’ob­jet d’un com­pro­mis. Mais les dé­mo­crates veulent dé­ga­ger des fonds fé­dé­raux pour le fi­nan­cer, tan­dis que les ré­pu­bli­cains veulent le confier aux Etats et col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Ce qui rend un ac­cord pos­sible, mais peu pro­bable. ■

Do­nald Trump en réunion avec des hommes d’af­faires à la Mai­son-Blanche le 23 jan­vier 2017.

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