Etranges in­ves­tis­se­ments

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Par Guillaume Mau­jean

Le dé­pu­té eu­ro­péen qui porte le pro­jet s’ap­pelle Proust, il est fran­çais, et il va peut-être en­fin per­mettre de rat­tra­per le temps per­du en la ma­tière. Après des dé­cen­nies à ac­cueillir à bras ou­verts tous les ca­pi­taux in­ter­na­tio­naux, l’Eu­rope semble prête à mieux se pro­té­ger et, sur­tout, à faire preuve d’un peu moins de naï­ve­té. La Com­mis­sion, le Par­le­ment et les Etats membres re­pré­sen­tés au Conseil sont en passe de fi­na­li­ser un ac­cord pour sur­veiller les in­ves­tis­se­ments étran­gers. L’ob­jec­tif ? Mieux iden­ti­fier, col­lec­ti­ve­ment, les in­ves­tis­se­ments « ris­qués ». Ceux qui ré­pondent plus à des lo­giques po­li­tiques qu’éco­no­miques, qui touchent des com­pé­tences ou des tech­no­lo­gies sen­sibles, qui sont sus­cep­tibles de fra­gi­li­ser l’ordre pu­blic et la sé­cu­ri­té. La fré­né­sie d’ac­qui­si­tions chi­noises est pas­sée par là. Rien qu’en 2016, les flux d’in­ves­tis­se­ment de la Chine vers l’Eu­rope ont culmi­né à 75 mil­liards d’eu­ros, au­tant que lors des dix an­nées pré­cé­dentes… L’Al­le­magne s’in­quiète lé­gi­ti­me­ment pour ses fleu­rons in­dus­triels, la France pour ses terres agri­coles. Les scep­tiques re­gret­te­ront sans doute que le bou­clier eu­ro­péen reste as­sez po­reux. L’ap­proche re­te­nue pa­raît en ef­fet bien pru­dente. D’abord parce qu’elle ne pro­pose pas de mettre en place un contrôle cen­tra­li­sé à l’éche­lon eu­ro­péen, comme c’est le cas aux Etats-Unis avec le CFIUS. En­suite parce qu’elle laisse une cer­taine flexi­bi­li­té aux Etats membres. Mais, sur un dos­sier aus­si sen­sible po­li­ti­que­ment, les né­go­cia­teurs ont au moins dé­mon­tré qu’ils étaient ca­pables de s’en­tendre et de par­ta­ger une vi­sion com­mune. C’est dé­jà un sa­cré pro­grès. Par ailleurs, il n’était pas ques­tion de bar­ri­ca­der les fron­tières. L’Eu­rope doit res­ter ou­verte aux in­ves­tis­seurs étran­gers. Mais pas à n’im­porte quel prix. Pas en ac­cep­tant le pillage en règle de nos com­pé­tences et de nos bre­vets, alors que cer­taines puis­sances, la Chine en tête, sont loin de faire preuve de la même ou­ver­ture…

« Nous ne sommes pas contre les in­ves­tis­se­ments étran­gers, mais contre les in­ves­tis­se­ments étranges », ré­sume jo­li­ment le dé­pu­té Proust.

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