L’in­tel­li­gence, d’hier à de­main

Une dis­cus­sion brillante entre un spé­cia­liste des neu­ros­ciences, Sta­nis­las De­haene, et un pion­nier de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, Yann Le Cun.

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Par Be­noît Georges

L’un est un des plus grands spé­cia­listes du cer­veau hu­main, pro­fes­seur au Col­lège de France et di­rec­teur du centre d’ima­ge­rie cé­ré­brale Neu­roS­pin. L’autre est un pion­nier de l’ap­pren­tis­sage au­to­ma­tique pro­fond (« deep lear­ning »), la der­nière grande ré­vo­lu­tion de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle (IA), et di­rige la re­cherche en IA de Fa­ce­book. Dans ce livre, Sta­nis­las De­haene et Yann Le Cun par­tagent leurs connais­sances, d’abord sé­pa­ré­ment, puis en­semble, avec le jour­na­liste Jacques Gi­rar­don. Une plon­gée pas­sion­nante – et tou­jours ac­ces­sible – dans l’évo­lu­tion de l’in­tel­li­gence, des ani­maux les plus pri­mi­tifs jus­qu’aux neu­rones ar­ti­fi­ciels.

IN­TEL­LI­GENCE BUISSONNIÈRE « Il faut bien com­prendre qu’il n’y a pas eu une tra­jec­toire de l’in­tel­li­gence qui au­rait conduit à l’homme en pas­sant par l’huître, la sou­ris, le singe, etc. L’in­tel­li­gence s’est dé­ve­lop­pée de ma­nière buissonnière. […] On trouve, par exemple, une in­tel­li­gence as­sez raf­fi­née chez la pieuvre, ou chez les cé­pha­lo­podes en gé­né­ral, qui n’a pra­ti­que­ment rien à voir avec l’or­ga­ni­sa­tion de nos propres cir­cuits neu­ro­naux. » (Sta­nis­las De­haene)

LE LAN­GAGE, PROPRE DE L’HOMME « Au ni­veau du cer­veau, on peut mon­trer que toutes les langues du monde font ap­pel aux mêmes cir­cuits neu­ro­naux, ex­trê­me­ment re­pro­duc­tibles, et pré­sents uni­que­ment dans l’es­pèce hu­maine, semble-t-il. On le voit très tôt chez le pe­tit en­fant, et ils per­mettent d’ap­prendre la langue ma­ter­nelle. D’une cer­taine ma­nière, notre es­pèce est câ­blée pour le lan­gage. » (Sta­nis­las De­haene)

LA MA­CHINE N’EST PAS IN­TEL­LI­GENTE « On n’a […] pas en­core trou­vé le se­cret de l’ap­pren­tis­sage ani­mal et hu­main qui pro­cède de ce que l’on ap­pelle l’ap­pren­tis­sage non su­per­vi­sé, c’est-à-dire une forme d’ap­pren­tis­sage où la ma­chine ap­pren­drait en ob­ser­vant le monde, sans qu’on doive lui don­ner le nom de tous les ob­jets qu’elle voit […]. Le bé­bé ap­prend com­ment fonc­tionne le monde par ob­ser­va­tion. Or on ne sait pas en­core faire ça avec une ma­chine, et tant qu’on ne sau­ra pas le faire on ne dis­po­se­ra pas de ma­chine vrai­ment in­tel­li­gente. » (Yann Le Cun)

L’ÉMO­TION EST UN CAL­CUL « En sciences cog­ni­tives, on ne fait plus la dif­fé­rence entre cog­ni­tion et émo­tion. Nous pen­sons que les émo­tions sont des cal­culs spé­ci­fiques qui ont évo­lué pour si­gna­ler des dan­gers ou des op­por­tu­ni­tés utiles à l’or­ga­nisme et qui mo­bi­lisent l’en­semble du corps. Il n’y a au­cune rai­son de pen­ser que ce type d’in­tel­li­gence – l’in­tel­li­gence des émo­tions – soit ex­clu des ma­chines. » (Sta­nis­las De­haene)

ES­SAI La Plus Belle His­toire de l’in­tel­li­gence par Sta­nis­las De­haene, Yann Le Cun et Jacques Gi­rar­don, Ro­bert Laf­font, 282 pages, 21 eu­ros.

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