L’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle au che­vet d’un pays en manque de mé­de­cins

Prise de ren­dez-vous, dé­li­vrance de mé­di­ca­ments, consul­ta­tion... l’e-san­té se dé­ve­loppe à marche for­cée en Chine.

Les Echos - - INDUSTRIE & SERVICES - F. S.

Des ma­lades par­cou­rant des cen­taines de ki­lo­mètres pour consul­ter dans les hô­pi­taux conges­tion­nés des grandes villes, des at­tentes in­ter­mi­nables pour ob­te­nir un ren­dez-vous, une ab­sence cruelle de gé­né­ra­listes… Le sys­tème de san­té chi­nois souffre de nom­breuses dé­faillances. Et, comme sou­vent en Chine quand un ser­vice est dé­faillant, la so­lu­tion passe par l’usage in­ten­sif des tech­no­lo­gies. Après le com­merce et le paie­ment, c’est au tour de la san­té de connaître sa ré­vo­lu­tion di­gi­tale, no­tam­ment via l’In­ter­net mo­bile au­jourd’hui dans la poche de 788 mil­lions de Chi­nois. En ma­tière d’e-san­té, « la Chine est un la­bo­ra­toire du monde », es­time Pierre Fau­ry, res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment com­mer­cial de Sa­no­fi en Chine. Cette di­gi­ta­li­sa­tion in­ter­vient à tous les ni­veaux dans un sec­teur en­core très peu ré­gu­lé : de la prise de ren­dez-vous à la dé­li­vrance de mé­di­ca­ments en pas­sant par la consul­ta­tion et le diag­nos­tic. A cô­té de mil­liers de start-up, les géants de la tech Bai­du, Tencent et Ali­ba­ba ne sont pas en reste, mi­sant sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et le Big Da­ta pour com­bler une pé­nu­rie de mé­de­cins. La Chine compte seule­ment 12 mil­lions de mé­de­cins pour 1,4 mil­liard d’ha­bi­tants. Et les bons pra­ti­ciens sont sur­tout concen­trés dans les mé­tro­poles de l’Est. Ré­sul­tat, la moi­tié des pa­tients sont trai­tés dans les 10 % d’hô­pi­taux chi­nois consi­dé­rés comme de haut ni­veau. In­té­grée dans l’éco­sys­tème WeC­hat (1 mil­liard d’uti­li­sa­teurs) de Tencent, la plate-forme Miying s’ap­puie sur l’IA pour ana­ly­ser des images mé­di­cales et dé­tec­ter les can­cers.

Pré­diag­nos­tic

De son cô­té, Ping An Good Doc­tor est, avec 228 mil­lions d’ins­crits, l’une des plus im­por­tantes pla­tes­formes de soins mé­di­caux en ligne. Elle dit gé­rer quo­ti­dien­ne­ment 500.000 de­mandes de con­sul­ta­tions. Les pa­tients entrent dans l’ap­pli­ca­tion mo­bile leurs don­nées per­son­nelles et an­té­cé­dents mé­di­caux puis dé­crivent leurs symp­tômes. Sur cette base, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle émet un pré­diag­nos­tic, qui est trans­mis si be­soin à un pra­ti­cien qui pour­ra ré­di­ger une or­don­nance nu­mé­rique avant que les mé­di­ca­ments (non rem­bour­sés) soient dé­li­vrés au do­mi­cile du ma­lade. En­vi­ron 80 % des con­sul­ta­tions sont gra­tuites mais Ping An, pre­mier as­su­reur avec plus de 400 mil­lions de clients, y trouve son compte. « En amé­lio­rant l’ac­cès aux soins de nos clients, nous li­mi­tons l’am­pleur des de­mandes de rem­bour­se­ment », ex­plique Yuan Ni, une res­pon­sable de la di­vi­sion e-san­té de Ping An.

Les groupes phar­ma­ceu­tiques font eux aus­si leur ré­vo­lu­tion nu­mé­rique. Sa­no­fi a, par exemple, noué di­vers par­te­na­riats avec Ali­ba­ba, Tencent et Ping An dans la té­lé­mé­de­cine, le sui­vi en temps réel des pa­tients ou la for­ma­tion à dis­tance de mé­de­cins. —

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