Après les scan­dales, To­shi­ba n’en fi­nit plus de se re­struc­tu­rer

● Afin de re­bon­dir, le ja­po­nais se dé­fait de son pôle GNL aux Etats-Unis. ● Il li­quide éga­le­ment sa fi­liale nu­cléaire en Grande-Bre­tagne.

Les Echos - - INDUSTRIE & SERVICES - Yann Rous­seau @yann­san — Cor­res­pon­dant à To­kyo

La grande bra­de­rie conti­nue chez To­shi­ba. Après avoir cé­dé ses ac­ti­vi­tés dans les PC, les té­lé­vi­seurs, les ap­pa­reils mé­di­caux, mais éga­le­ment tout son élec­tro­mé­na­ger et sa très ren­table pro­duc­tion de puces mé­moire, l’an­cienne gloire de l’in­dus­trie ja­po­naise a an­non­cé, jeu­di, une nou­velle cure min­ceur : elle va ain­si se dé­bar­ras­ser de son pôle de gaz na­tu­rel li­qué­fié (GNL) éta­bli aux Etats-Unis et li­qui­der sa fi­liale nu­cléaire bri­tan­nique NuGen, pour la­quelle elle n’a pas trou­vé de re­pre­neur. De­vant la presse, No­bua­ki Ku­ru­ma­ta­ni, le nou­veau PDG du groupe, a ex­pli­qué que ces me­sures étaient né­ces­saires pour re­par­tir sur des bases saines. « Nous vou­lons de­ve­nir l’un des lea­ders mon­diaux de la tech », a même osé le di­ri­geant, qui veut tour­ner dé­fi­ni­ti­ve­ment la page des scan­dales fi­nan­ciers.

To­shi­ba est aux abois de­puis 2015 et la ré­vé­la­tion de gi­gan­tesques ma­ni­pu­la­tions comp­tables. Pen­dant des an­nées, le groupe avait sciem­ment sur­éva­lué ses pro­fits pour dis­si­mu­ler des pertes dans de nom­breuses di­vi­sions ain­si que de co­los­saux dé­pas­se­ments de bud- get dans sa fi­liale nu­cléaire amé­ri­caine Wes­tin­ghouse, qui a fi­na­le­ment fait faillite en 2017, avant d’être re­prise par un groupe ca­na­dien.

Pour se re­don­ner de l’air, le groupe veut ré­duire ses coûts de fonc­tion­ne­ment et sup­pri­mer 7.000 postes sur les 132.000 an­non­cés, es­sen­tiel­le­ment en ne rem­pla­çant pas des dé­parts à la re­traite.

Plan de ra­chat d’ac­tions

Ces ef­forts de­vraient lui per­mettre de ré­cu­pé­rer des li­qui­di­tés pour re­lan­cer ses dé­ve­lop­pe­ments dans les sec­teurs des ob­jets connec­tés, des éner­gies re­nou­ve­lables ou des bat­te­ries li­thium-ion. Dans le cadre d’un nou­veau plan de re­lance, No­bua­ki Ku­ru­ma­ta­ni a pré­vu au to­tal 1.740 mil­liards de yens (13,5 mil­liards d’eu­ros) d’in­ves­tis­se­ments sur cinq ans. Et si tout se passe bien, as­sure le PDG, la so­cié­té pour­rait dé­ga­ger un pro­fit opé­ra­tion­nel de 240 mil­liards de yens (1,8 mil­liard d’eu­ros) sur l’an­née fis­cale 2021, soit quatre fois le mon­tant at­ten­du sur l’exer­cice qui s’achè­ve­ra en mars pro­chain.

Pour s’as­su­rer le sou­tien des ac­tion­naires, le PDG a an­non­cé un vaste plan de ra­chat de ses propres titres, pour un mon­tant maxi­mum de 700 mil­liards de yens. Les an­nonces ont fait bon­dir le cours du titre de 12,7 % sur la place de To­kyo.

Beau­coup d’ana­lystes rap­pellent tou­te­fois que les ces­sions an­non­cées res­tent dé­li­cates. To­shi­ba pré­voit, en ef­fet, de vendre son ac­ti­vi­té GNL aux Etats-Unis à une fi­liale du groupe chi­nois ENN Group. Ce géant pri­vé de l’éner­gie se se­rait en­ga­gé à ver­ser 15 mil­lions de dol­lars au ja­po­nais, mais il au­rait né­go­cié un paie­ment ul­té­rieur, par To­shi­ba, de 821 mil­lions de dol­lars.

Ce chèque a été of­fert pour convaincre ENN Group de re­prendre à son compte un contrat si­gné en 2013 par To­shi­ba, qui pré­voyait l’achat, sur 20 ans, de 7 mil­liards de dol­lars de gaz na­tu­rel aux opé­ra­teurs du champ ga­zier de Free­port au Texas. Un trans­fert qui pour­rait éveiller la cu­rio­si­té des au­to­ri­tés amé­ri­caines en pleine poussée des ten­sions com­mer­ciales entre Wa­shing­ton et Pé­kin. ■

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