Londres pri­vé de trois nou­veaux ré­ac­teurs nu­cléaires

La li­qui­da­tion de la fi­liale NuGen du ja­po­nais en­terre le pro­jet de « nou­veau nu­cléaire » à Sel­la­field.

Les Echos - - INDUSTRIE & SERVICES - Alexandre Cou­nis @alexan­dre­cou­nis —Cor­res­pon­dant à Londres

Le pro­jet de cen­trale nu­cléaire pous­sé par To­shi­ba au Royau­meU­ni avait du plomb dans l’aile. Il est dé­sor­mais mort-né. La dé­ci­sion du ja­po­nais de li­qui­der sa fi­liale NuGen met un point fi­nal à l’aven­ture qui vi­sait à construire trois ré­ac­teurs de type AP1000 à Sel­la­field, dans la ré­gion de West Cum­bria, si­tuée au nord-ouest de l’An­gle­terre. En­ter­rant ain­si l’un des quatre pro­jets de « nou­veau nu­cléaire » en cours au Royaume-Uni. Le su­jet est cru­cial pour le pays : l’ob­so­les­cence de ses cen­trales le pri­ve­ra de la moi­tié de ses ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion d’éner­gie nu­cléaire d’ici à 2025.

Le co­réen Kep­co, qui sem­blait le mieux pla­cé pour rem­pla­cer To­shi­ba au sein de NuGen, n’a pas réus­si à trou­ver un ter­rain d’en­tente avec le ja­po­nais. Un ra­chat du con­sor­tium au­rait de toute fa­çon été com­pli­qué : Kep­co avait pré­ve­nu qu’il pré­fé­re­rait re­cou­rir à sa propre tech­no­lo­gie… ce qui au­rait obli­gé à re­prendre tout le pro­jet.

La fin du pro­jet de Sel­la­field ne de­vrait pas tou­cher les trois autres res­tant ac­tifs au Royaume-Uni. Par­mi ceux-ci, le pro­jet pous­sé par le fran­çais EDF à Si­ze­well de­vrait en­trer en jan­vier dans une nou­velle phase du pro­ces­sus d’au­to­ri­sa­tion, vi­sant à ob­te­nir un feu vert pour la construc­tion. Si­ze­well re­pren­dra pour l’es­sen­tiel la tech­no­lo­gie des deux EPR dé­jà en construc­tion à Hink­ley Point C, ce qui per­met­tra, se­lon EDF, de ré­duire les coûts de construc­tion de 20 %. Si­mone Ros­si, le di­rec­teur gé­né­ral de la fi­liale bri­tan­nique d’EDF, a in­di­qué mi-oc­tobre que la dé­ci­sion d’in­ves­tir à Si­ze­well de­vrait être prise en 2021, pour que les équipes puissent glis­ser d’un pro­jet à l’autre.

A cha­cun son fi­nan­ce­ment

Le pro­jet por­té par le ja­po­nais Hi­ta­chi pour bâ­tir trois ré­ac­teurs à eau bouillante (ABWR) sur le site gal­lois de Wyl­fa Newydd est quant à lui un peu plus avan­cé dans le pro­ces­sus ré­gle­men­taire, mais un peu moins sur la concep­tion tech­nique. En­fin, le pro­jet du chi­nois CGN à Brad­well (sud-est de l’An­gle­terre), en as­so­cia­tion avec EDF, est moins avan­cé que les deux autres : le ré­gu­la­teur doit en­core don­ner son feu vert à la tech­no­lo­gie uti­li­sée.

Le fi­nan­ce­ment de ces dif­fé­rents pro­jets est en­core en dé­bat. Une seule chose semble cer­taine : cha­cun au­ra sa propre lo­gique. Londres (une pre­mière de­puis la pri­va­ti­sa­tion de l’éner­gie par Mar­ga­ret That­cher) et To­kyo pour­raient in­ves­tir di­rec­te­ment dans le pro­jet d’Hi­ta­chi, sans doute aux cô­tés d’autres in­ves­tis­seurs ja­po­nais.

Un in­ves­tis­se­ment di­rect de l’Etat n’est en re­vanche pas en­vi­sa­gé pour Si­ze­well, que plu­sieurs fonds d’in­ves­tis­se­ment semblent prêts à fi­nan­cer. Londres vou­drait re­cou­rir à un mé­ca­nisme dit de « Re­gu­la­to­ry As­set Ba­sed », qui per­met d’abais­ser le coût fi­nan­cier et in fine le prix pour le consom­ma­teur tout en in­ci­tant l’opé­ra­teur à in­ves­tir. Il pour­rait rendre un ar­bi­trage dé­but 2019. ■

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