Sa­laires : Ma­cron en ap­pelle aux en­tre­prises

● Les em­ployeurs in­vi­tés à ver­ser des primes dé­fis­ca­li­sées à leurs sa­la­riés. ● Ma­ti­gnon prêt à un geste sur les bas sa­laires.

Les Echos - - LA UNE - Gré­goire Pous­sielgue @Pous­sielgue

Adeux jours d’une nou­velle jour­née d’ac­tion des « gi­lets jaunes », qui fait craindre de fortes vio­lences, le gou­ver­ne­ment a mis sur la table des pistes en fa­veur du pou­voir d’achat. Le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no Le Maire, a pro­po­sé jeu­di de dé­fis­ca­li­ser les primes qui se­ront ver­sées aux sa­la­riés par leurs em­ployeurs, sur le mo­dèle de ce qui avait été fait sous Sar­ko­zy entre 2011 et 2013. Il s’agit d’une me­sure vo­lon­taire qui a été ac­cueillie très fa­vo­rable- ment par le pa­tro­nat. Ma­ti­gnon évoque des me­sures en fa­veur des bas sa­laires. Les par­te­naires so­ciaux sont re­çus ce ven­dre­di rue de Gre­nelle pour évoquer no­tam­ment une prime tran­sport. Le Me­def s’in­quiète par ailleurs des me­sures qu’en­vi­sage l’exé­cu­tif pour conte­nir le dé­ra­page du dé­fi­cit, comme un re­port de cer­taines baisses de charges.

« Tout ce­la va mal fi­nir. » A l’ins­tar d’Alain Jup­pé, ce jeu­di sur Twit­ter, nom­breux sont ceux au sein de la ma­jo­ri­té à ne pas ca­cher leur grande ap­pré­hen­sion avant la nou­velle jour­née de mo­bi­li­sa­tion des « gi­lets jaunes » sa­me­di à Pa­ris et dans toute la France. Tel ce membre du gou­ver­ne­ment qui confirme spon­ta­né­ment être in­quiet. Tel ce dé­pu­té du centre de la France quelque peu ef­fa­ré par la ra­di­ca­li­sa­tion des « gi­lets jaunes » sur les rond­spoints de sa cir­cons­crip­tion. Tel ce conseiller proche de l’Ely­sée qui ne peut que consta­ter, lu­cide : « Tout le monde sait que ça va mal fi­nir. »

Après les 4 morts et les plus de 800 bles­sés en­re­gis­trés de­puis le dé­but du mou­ve­ment, le 17 no­vembre, l’exé­cu­tif an­ti­cipe une « très grande vio­lence » pour cette nou­velle jour­née de mo­bi­li­sa­tion. Se­lon l’Ely­sée, plu­sieurs mil­liers de per­sonnes sont at­ten­dues à Pa­ris « pour cas­ser et pour tuer ».

Après les cri­tiques sur les dé­bor­de­ments de sa­me­di der­nier, le dis­po­si­tif po­li­cier a été re­vu en consé­quence avec des « moyens ex­cep­tion­nels » ve­nant en ren­fort des 65.000 membres des forces de l’ordre dé­ployés sur le ter­ri­toire. En plus des vio­lences dans plu­sieurs lieux em­blé­ma­tiques de Pa­ris, l’exé­cu­tif craint des at­taques de pré­fec­tures, comme ce­la a été le cas le week-end der­nier au Puy-en-Ve­lay. De nom­breux matchs de foot­ball ont été re­por­tés, des théâtres se­ront fer­més, des ma­ni­fes­ta­tions cultu­relles an­nu­lées… La France se­ra en sus­pen­sion.

« Prendre l’Ely­sée »

Mais cette mo­bi­li­sa­tion po­li­cière risque d’être in­suf­fi­sante face à cer­tains « gi­lets jaunes » plus dé­ter­mi­nés que ja­mais. Cer­taines fi­gures du mou­ve­ment ap­pellent à l’in­sur­rec­tion, ou à « prendre l’Ely­sée », comme l’a dit l’un d’entre eux mer­cre­di soir à la té­lé­vi­sion. Les digues sont tom­bées car les re­ven­di­ca­tions dé­passent al­lè­gre­ment le seul cadre du pou­voir d’achat.

Le gou­ver­ne­ment, qui in­cite les « gi­lets jaunes » mo­dé­rés à ne pas al­ler ma­ni­fes­ter, a lais­sé la porte ou­verte pour de nou­velles dis­po­si­tions des­ti­nées à l’amé­lio­rer jus­te­ment. Jeu­di, au Sé­nat, le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, a dé­cla­ré que de nou­velles me­sures en fa­veur des bas sa­laires sont en­viune sa­gées. Mais la co­lère ne s’éteint pas. Si la hausse des taxes sur l’es­sence pré­vue en 2019 a été l’étin­celle du mou­ve­ment, son an­nu­la­tion pure et simple, an­non­cée mer­cre­di par l’Ely­sée, n’a rien apai­sé.

La co­lère vise Em­ma­nuel Ma­cron et non le chef de son gou­ver­ne­ment. « Les “gi­lets jaunes” viennent “cher­cher” Em­ma­nuel Ma­cron », constate Bru­no Jean­bart, di­rec­teur des études po­li­tiques d’Opi­nionWay, en ré­fé­rence au fa­meux « qu’ils viennent me cher­cher », lan­cé par le chef de l’Etat au mo­ment de l’af­faire Be­nal­la. Les « gi­lets jaunes » se re­trouvent entre « une ul­tra­droite qui rêve de ré­vo­lu­tion et une ul­tra­gauche qui prône l’in­sur­rec­tion », se­lon source au mi­nis­tère de l’In­té­rieur ci­tée par l’AFP.

Ma­cron doit s’ex­pri­mer, mais pas avant sa­me­di

Après les ap­pels au calme lan­cés par Em­ma­nuel Ma­cron mer­cre­di, les syn­di­cats ont em­boî­té le pas dans une dé­cla­ra­tion qua­si una­nime pour re­je­ter la vio­lence. La droite a adop­té un ton plus me­su­ré, tan­dis que la gauche se réunit au­tour d’une mo­tion de cen­sure.

Mais les « gi­lets jaunes » n’ont que faire de ces corps in­ter­mé­diaires de la Ré­pu­blique, qu’ils jugent dé­cré­di­bi­li­sés. Au plus bas dans les son­dages, Em­ma­nuel Ma­cron n’a pas pré­vu de s’ex­pri­mer avant sa­me­di. Il le fe­ra après les ma­ni­fes­ta­tions. « On est dans le temps du gou­ver­ne­ment jus­qu’à sa­me­di. Après, ce se­ra ce­lui du pré­sident », note un proche.

Les suites po­li­tiques de la jour­née de sa­me­di et d’un mou­ve­ment qui s’étend sont rem­plies d’in­cer­ti­tudes. Si un dé­part d’Edouard Phi­lippe est évo­qué par cer­tains membres de la ma­jo­ri­té, beau­coup pensent que ce­la ne ser­vi­rait à rien. « L’is­sue du conflit se ré­sume au rap­port entre Em­ma­nuel Ma­cron et les Fran­çais », es­time un dé­pu­té En marche.

Les « gi­lets jaunes » sont entre « une ul­tra­droite qui rêve de ré­vo­lu­tion et une ul­tra­gauche qui prône l’in­sur­rec­tion ». MI­NIS­TÈRE DE L’IN­TÉ­RIEUR

Pho­to AFP

Le 1er dé­cembre, la ma­ni­fes­ta­tion des « gi­lets jaunes » à Pa­ris a don­né lieu à des scènes d’émeutes.

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