SUC­CES­SION DE MER­KEL : LE TOUR­NANT AL­LE­MAND

● Le jeu s’an­nonce ser­ré ce ven­dre­di entre la cen­triste An­ne­gret Kramp-Kar­ren­bauer et le néo­li­bé­ral Frie­drich Merz. ● Ce sont les 1.001 dé­lé­gués de la CDU, réunis à Ham­bourg, qui vont en dé­ci­der.

Les Echos - - LA UNE - Ni­non Re­naud @Ni­nonRe­naud — Cor­res­pon­dante à Ber­lin

Deux hommes et une femme briguent la suc­ces­sion d’An­ge­la Mer­kel à la tête de l’Union chré­tien­ne­dé­mo­crate. Ce se­ra la fin de 18 ans de règne à la CDU.

Ce n’est « que » l’élec­tion du pré­sident du par­ti conser­va­teur al­le­mand, mais le vote des 1.001 dé­lé­gués de la CDU le 7 dé­cembre, à Ham­bourg, se­ra d’au­tant plus sui­vi qu’il est his­to­rique. Il s’agit en ef­fet de nom­mer le suc­ces­seur d’An­ge­la Mer­kel après dix-huit ans de règne à la tête de l’Union chré­tienne-dé­mo­crate. Plus en­core, ce nou­veau vi­sage pour­rait de­ve­nir ce­lui du pro­chain chan­ce­lier. Sur les sept der­niers pré­si­dents de la CDU, seuls deux, dont Wolf­gang Schäuble, l’ac­tuel pré­sident du Bun­des­tag, n’ont en ef­fet pas eu le pri­vi­lège d’ac­cé­der au som­met de l’Etat al­le­mand.

Le jeu n’a en outre ja­mais été aus­si ou­vert : deux hommes et une femme briguent la pré­si­dence de la CDU, une pre­mière dans l’his­toire du par­ti. Pour l’oc­ca­sion, ce­lui-ci a or­ga­ni­sé huit confé­rences ré­gio­nales qui ont at­ti­ré près de 15.000 per­sonnes le mois der­nier, obli­geant la CDU à trou­ver des salles plus grandes qu’elle ne le pré­voyait pour sa­tis­faire ce be­soin de dé­bats.

Le com­bat des chefs a d’au­tant plus at­ti­ré qu’il a fait re­ve­nir sur le de­vant de la scène un an­cien en­ne­mi d’An­ge­la Mer­kel. Dis­pa­ru du pay­sage po­li­tique de­puis près de dix ans, Frie­drich Merz, soixante-trois ans, a tou- tes ses chances face à An­ne­gret Kramp-Kar­ren­bauer, cin­quante-six ans, se­cré­taire gé­né­rale de la CDU et dau­phine of­fi­cieuse de la chan­ce­lière. « Ce­la va se jouer entre eux deux et le score se­ra très ser­ré : cer­tains dé­lé­gués vont se dé­ci­der en fonc­tion des dis­cours ven­dre­di à Ham­bourg », pro­met Ursula Münch, di­rec­trice de l’Aca­dé­mie d’édu­ca­tion à la po­li­tique, à Tüt­zing. Le mi­nistre de la San­té, Jens Spahn, trente-huit ans, com­plète le trio, mais sa jeu­nesse le can­tonne de fait au rang de chal­len­ger.

A prio­ri tout op­pose Frie­drich Merz et An­ne­gret Kramp-Kar­ren­bauer. Mil­lion­naire, l’ac­tuel pré­sident du conseil de sur­veillance de la fi­liale al­le­mande du ges­tion­naire d’ac­tifs Bla­ckRock se dé­place en li­mou­sine avec chauf­feur et conseiller en com­mu­ni­ca­tion de crise, tan­dis que « AKK » prend le train avec son sac à dos en se­conde. Il a le dé­bit et l’as­su­rance d’un homme d’af­faires pres­sé qui va droit au but. Elle dé­roule avec em­pa­thie des ré­ponses longues d’une pe­tite voix aux ac­cents mer­ke­liens.

Un choix cor­né­lien

En ma­tière de po­li­tique mi­gra­toire, un su­jet qui a oc­cu­pé une large par­tie de leurs dé­bats ces der­nières se­maines, An­ne­gret Kramp-Kar­ren­bauer ré­clame un dur­cis­se­ment de la po­li­tique des ex­pul­sions vis-àvis des mi­grants en in­frac­tion, mais elle dé­fend le pacte mon­dial sur les mi­gra­tions. Frie­drich Merz n’hé­site pas, au contraire, à chas­ser sur les terres de l’AfD : il a pro­po­sé au dé­but du mois der­nier de res­treindre le droit d’asile, pour­tant ga­ran­ti par la Consti­tu­tion.

En bri­sant ce ta­bou hé­ri­té du pas­sé na­zi de l’Al­le­magne, Frie­drich Merz a es­suyé un tol­lé l’obli­geant à re­ve­nir sur ses pro­pos. Se­lon les der­niers son­dages, AKK gar­dait la fa­veur de 48 % des élec­teurs de la CDU, contre 35 % pour Frie­drich Merz. Mais l’am­bi­tion de ce der­nier de di­vi­ser par deux le poids de l’AfD, son ex­per­tise fi­nan­cière et son ré­seau in­ter­na­tio­nal ras­surent un pu­blic in­quiet des désordres mon­diaux et de la mon­tée des po­pu­lismes. « Il nous faut un homme qui a de la poigne pour pe­ser dans le monde face à Trump et à Pou­tine », as­surent Ul­rike et Jür­gen Koe­nig en fi­nis­sant la tra­di­tion­nelle sau­cisse coin­cée dans un pain que sert la CDU dans ses dif­fé­rents ras­sem­ble­ments. « AKK connaît bien la CDU, mais elle n’a pas d’ex­pé­rience à l’in­ter­na­tio­nal », ajoute le couple sexa­gé­naire ve­nu de Wup­per­tal à Düs­sel­dorf. A l’in­ten­si­té des ap­plau­dis­se­ments ré­col­tés ce soir-là par Frie­drich Merz, la ma­jo­ri­té des 4.000 spec­ta­teurs pré­sents dans la salle par­ta­geait ce sen­ti­ment.

Pour les 1.001 dé­lé­gués, qui sont is­sus de la di­rec­tion in­ter­mé­diaire de la CDU, il s’agit néan­moins de choi­sir le can­di­dat ca­pable de ga­ran­tir leur car­rière en réunis­sant le plus de voix lors des pro­chaines élec­tions fé­dé­rales : une femme mo­deste dans la conti­nui­té d’An­ge­la Mer­kel ou bien un homme d’af­faires sen­si­ble­ment plus à droite ? Le choix est cor­né­lien. ■

« Ce­la va se jouer entre eux deux et le score se­ra très ser­ré : cer­tains dé­lé­gués vont se dé­ci­der en fonc­tion des dis­cours ven­dre­di à Ham­bourg. » URSULA MÜNCH Di­rec­trice de l’Aca­dé­mie d’édu­ca­tion à la po­li­tique à Tüt­zing

La chan­ce­lière, An­ge­la Mer­kel, a ré­gné pen­dant dix-huit ans à la tête de l’Union chré­tienne-dé­mo­crate.

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