Hua­wei pris dans la guerre entre Wa­shing­ton et Pé­kin

La nu­mé­ro 2 du groupe chi­nois ar­rê­tée au Ca­na­da, à la de­mande des Etats-Unis.

Les Echos - - LA UNE - Fré­dé­ric Schaef­fer @fr_­schaef­fer — Cor­res­pon­dant à Pé­kin

TÉ­LÉ­COMS L’an­nonce de l’ar­res­ta­tion de Meng Wanz­hou, di­rec­trice fi­nan­cière de Hua­wei et fille de son fon­da­teur, est un rude coup. Wa­shing­ton la soup­çon­ne­rait d’avoir vio­lé l’em­bar­go amé­ri­cain sur l’Iran. L’af­faire plonge en­core un peu plus dans la tour­ment le pre­mier équi­pe­men­tier té­lé­coms mon­dial, dé­jà ex­clu de plu­sieurs mar­chés pour des rai­sons de sé­cu­ri­té. Elle fra­gi­lise aus­si la trêve com­mer­ciale conclue entre Do­nald Trump et Xi Jin­ping.

C’est un coup de ton­nerre pour Hua­wei et la pers­pec­tive d’un re­gain de ten­sion entre Pé­kin et Wa­shing­ton. Meng Wanz­hou, di­rec­trice fi­nan­cière du géant chi­nois des té­lé­coms et fille de son fon­da­teur Reng Zheng­fei, a été ar­rê­tée au Ca­na­da, à la de­mande des EtatsU­nis qui sou­haitent son ex­tra­di­tion. An­non­cée jeu­di par la jus­tice ca­na­dienne, l’ar­res­ta­tion re­monte à sa­me­di der­nier, le jour même où Do­nald Trump et Xi Jin­ping se ren­con­traient en marge du G20 de Bue­nos Aires et concluaient une trêve com­mer­ciale de trois mois, le temps d’ou­vrir de nou­velles né­go­cia­tions. Dé­jà ju­gée fra­gile aux yeux de la plu­part des ob­ser­va­teurs, cette trêve l’est dé­sor­mais en­core un peu plus. La Chine a « pro­tes­té avec force » contre cette ar­res­ta­tion et de­man­dé la li­bé­ra­tion im­mé­diate de sa res­sor­tis­sante « n’ayant vio­lé au­cune loi amé­ri­caine ni ca­na­dienne ». Le mi­nis­tère chi­nois des Af­faires étran­gères à Pé­kin a, lui, de­man­dé des cla­ri­fi­ca­tions « au plus vite » ain­si que la li­ber­té « im­mé­diate » de Meng Wanz­hou. « La com­pa­gnie a re­çu très peu d’in­for­ma­tions en ce qui concerne les ac­cu­sa­tions et n’est pas au cou­rant d’un quel­conque mé­fait de la part de Ma­dame Meng », a so­bre­ment ré­agi Hua­wei. Une au­di­tion pour sa re­mise en li­ber­té condi­tion­nelle doit avoir lieu ven­dre­di.

La jus­tice ca­na­dienne n’a pas pré­ci­sé les mo­tifs de l’ar­res­ta­tion de Meng Wanz­hou mais Wa­shing­ton la soup­çon­ne­rait d’avoir vio­lé les sanc­tions amé­ri­caines contre l’Iran. Le « Wall Street Jour­nal » avait ré­vé­lé en avril que la jus­tice amé­ri­caine en­quê­tait sur Hua­wei de­puis au moins 2016, sus­pec­tant l’équi­pe­men­tier chi­nois d’avoir li­vré du ma­té­riel amé­ri­cain au prin­ci­pal opé­ra­teur té­lé­coms ira­nien en dé­pit de l’em­bar­go. Cette af­faire rap­pelle celle de ZTE au prin­temps der­nier, le

Hua­wei était dé­jà dans le col­li­ma­teur de Wa­shing­ton, sus­pec­té d’es­pion­nage pour le compte de Pé­kin.

deuxième équi­pe­men­tier té­lé­coms chi­nois, éga­le­ment ac­cu­sé d’avoir vio­lé l’em­bar­go amé­ri­cain sur l’Iran. Les Etats-Unis lui avaient cou­pé l’ac­cès aux com­po­sants amé­ri­cains, met­tant la sur­vie de l’en­tre­prise en jeu. Il avait fal­lu l’in­ter­ven­tion de Xi Jin­ping au­près de Do­nald Trump pour qu’un « deal » soit fi­na­le­ment conclu, ZTE éco­pant d’une amende d’1 mil­liard d’eu­ros et d’une sur­veillance ren­for­cée de son ac­ti­vi­té.

Avec Hua­wei, la jus­tice amé­ri­caine s’at­taque à une en­tre­prise en­core plus im­por­tante et stra­té­gique aux yeux de Pé­kin. Pre­mier équi­pe­men­tier de ré­seaux mo­biles se­lon le ca­bi­net Dell’Oro, Hua­wei est aus­si le deuxième fa­bri­cant mon­dial de smart­phones. « Les cou­teaux sont res­sor­tis dans la guerre tech­no­lo­gique entre Wa­shing­ton et Pé­kin, es­time Da­vid Ba­ve­rez, in­ves­tis­seur fran­çais ba­sé à Hong-Kong et au­teur de « Pa­ris-Pé­kin ex­press ». Hua­wei est au coeur de cette ba­taille, Pé­kin s’ap­puyant énor­mé­ment sur cette en­tre­prise pour im­po­ser des normes chi­noises dans la 5G ». « Si les Etats-Unis veulent lan­cer une guerre froide tech­no­lo­gique et can­ton­ner la tech chi­noise à l’Em­pire du Mi­lieu, la pre­mière cible est évi­dem­ment Hua­wei car c’est l’en­tre­prise de loin la plus in­ter­na­tio­nale de la high tech chi­noise », in­dique Fran­çois Can­de­lon, di­rec­teur as­so­cié se­nior du Bol­ston Consul­ting Group, à Shan­ghai. Hua­wei était dé­jà dans le col­li­ma­teur de Wa­shing­ton, sus­pec­té

d’es­pion­nage pour le compte de Pé­kin. Une mé­fiance ali­men­tée par le fait que le fon­da­teur du groupe, Ren Zheng­fei, est un an­cien of­fi­cier de l’Ar­mée po­pu­laire de li­bé­ra­tion. Wa­shing­ton a ins­tam­ment de­man­dé aux opé­ra­teurs té­lé­coms amé­ri­cain de ne pas uti­li­ser les équi­pe­ments de Hua­wei et fait pres­sion sur ses par­te­naires pour en faire au­tant. L’Aus­tra­lie, la Nou­velle-Zé­lande et, mer­cre­di, la Gran­deB­re­tagne ont dé­ci­dé d’ex­clure Hua­wei pour la construc­tion de leur ré­seau té­lé­coms 5G.

Autres temps, autres moeurs. Les ha­rus­pices de la conjonc­ture mon­diale ont aus­cul­té les vis­cères des oi­seaux, exa­mi­né le marc de ca­fé et ti­ré un cer­tain nombre de « charts » : en théo­rie, tout va (presque) bien. « Rien dans les fon­da­men­taux éco­no­miques ne pré­pare une ré­ces­sion à un ho­ri­zon pré­vi­sible »,

constate An­ton Bren­der, chef éco­no­miste de Can­driam. Et pour­tant, ob­serve Chris­tophe Do­nay, chef stra­tège chez Pic­tet, « l’an­née 2018, qui a connu le meilleur en termes de mo­men­tum de la crois­sance mon­diale, d’in­fla­tion et de pro­gres­sion des pro­fits, se ter­mine sur le pire avec 80 % des classes d’ac­tifs

en re­cul ». L’ar­res­ta­tion au Ca­na­da de Sa­bri­na Meng, la fille du fon­da­teur du géant chi­nois Hua­wei, à la de­mande de la jus­tice amé­ri­caine, conco­mi­tante à la trêve conclue entre Do­nald Trump et Xi Jin­ping, confirme ce « nou­veau

ré­gime de volatilité plus éle­vée » que l’éco­no­miste de la banque suisse voit dé­pendre d’une im­bri­ca­tion in­éga­lée des fac­teurs de po­li­tique in­té­rieure et de géo­po­li­tique. Les ef­fets en se­ront dé­rou­tants. La pres­sion mise par les EtatsU­nis sur Hua­wei, le pre­mier équi­pe­men­tier mon­dial des té­lé­coms, boy­cot­té par l’Aus­tra­lie, la Nou­velle-Zé­lande et le Royaume-Uni, a pro­vo­qué jeu­di une pa­nique désor­don­née dans les va­leurs tech­no­lo­giques. La prime de risque en Bourse at­teint un plus haut de­puis cinq ans, à 7,3 % cal­cule Al­phaVa­lue, sem­blant ac­cré­di­ter une chute de 30 % des es­ti­ma­tions de pro­fits à la­quelle le bu­reau d’études ne croit pas. Bien­ve­nue dans le « fake nor­mal ».

Ja­dran­ko Mar­ja­no­vic / AFP

Avec Hua­wei, Pé­kin es­père im­po­ser ses normes sur le ré­seau 5G.

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