Li­cornes Un trou­peau à mille mil­liards de dol­lars

● Il existe au­jourd’hui près de 300 start-up va­lo­ri­sées plus d’un mil­liard de dol­lars dans le monde, contre une pe­tite qua­ran­taine en 2013. ● Leur va­lo­ri­sa­tion cu­mu­lée se monte à près de 1.000 mil­liards de dol­lars, se­lon le ca­bi­net CB In­sights.

Les Echos - - LA UNE - Ni­co­las Ri­chaud @Ni­coRi­chaud

En 2018, une li­corne est née tous les quatre jours en moyenne. Ja­mais il n’y a eu au­tant de ces start-up va­lo­ri­sées plus d’un mil­liard de dol­lars et âgées de moins de dix ans dans la na­ture.

In­ven­tée par Ai­leen Lee (fon­da­trice de la firme de ca­pi­tal-risque Cow­boy Ven­tures), l’ex­pres­sion « li­corne » a souf­flé sa cin­quième bou­gie le mois der­nier. A sa créa­tion, on en re­cen­sait une qua­ran­taine. De­puis, ce pe­tit pe­lo­ton s’est mué en trou­peau. Au­jourd’hui, 290 li­cornes ga­lopent à tra­vers le monde, ré­per­to­rie le ca­bi­net CB In­sights, pour une va­lo­ri­sa­tion cu­mu­lée de 995 mil­liards de dol­lars. Lors du seul troi­sième tri­mestre 2018, 31 li­cornes ont vu le jour, se­lon un rap­port de CB In­sights et PwC. Soit le vo­lume le plus mas­sif ja­mais en­re­gis­tré.

Aux Etats-Unis, le ti­cket moyen flambe

Zèbres, scale-up, ca­fards : la jungle de start-up s’est pour­tant étof­fée de nou­velles es­pèces en tout genre. Mais ce­la n’a en rien en­rayé la pro­li­fé­ra­tion des li­cornes.

Pour­quoi une na­ta­li­té aus­si fré­tillante ? « Aux Etats-Unis, on constate que les in­ves­tis­seurs se fo­ca­lisent es­sen­tiel­le­ment sur les li­cornes sus­cep­tibles de de­ve­nir le lea­der de leur sec­teur », sou­ligne Car­los Diaz, par­te­naire de l’ac­cé­lé­ra­teur The Re­fi­ners. Ce qui se fait au dé­tri­ment des jeunes pousses moins ma­tures et au mo­dèle plus bal­bu­tiant. Entre juillet et oc­tobre, le vo­lume de le­vées de fonds a re­cu­lé de 18 % aux Etats-Unis par rap­port au tri­mestre pré­cé­dent, se­lon CB In­sights, qui avance qu’en pa­ral­lèle les fonds in­ves­tis dans les jeunes poussent y ont at­teint le mon­tant re­cord de 27,5 mil­liards de dol­lars sur la même pé­riode.

Le poids des « mé­ga­fonds »

Moins de deals, plus de cash. Mé­ca­ni­que­ment, le ti­cket des tours de table grimpe. Sur les neuf pre­miers mois de 2018, ce­lui des le­vées en sé­rie D (des opé­ra­tions im­pli­quant les start-up les plus ma­tures) se monte en moyenne à 285 mil­lions de dol­lars aux Etats-Unis, se­lon KPMG. Plus du double par rap­port à 2016. Une pluie de dol­lars qui s’ex­plique par l’ap­pa­ri­tion dans le pay­sage de mé­ga­fonds d’in­ves­tis­se­ment comme Vi­sion Fund de SoftBank qui pousse les ac­teurs his­to­riques comme Se­quoia Ca­pi­tal à suivre le mou­ve­ment. Le groupe amé­ri­cain a le­vé 6 mil­liards de dol­lars il y a quelques mois.

« Pour être le prin­ci­pal in­ves­tis­seur dans une en­tre­prise, vous ne pou­vez plus in­ves­tir 100 mil­lions de dol­lars comme avant… Si vous vou­lez bâ­tir une en­tre­prise qui vaut plu­sieurs mil­liards, vous avez be­soin de dé­pen­ser 400 ou 500 mil­lions de dol­lars », dé­taillait Neil Shen, le pa­tron de sa branche chi­noise, il y a quelques se­maines.

Ces tran­sac­tions à 9 chiffres sont tel­le­ment de­ve­nues mon­naie cou­rante qu’Anand San­wal, pa­tron de CB In­sights, se de­man­dait, l’été der­nier, si les tours de table de 200 mil­lions de dol­lars mé­ri­taient en­core la qua­li­fi­ca­tion de « mé­ga­le­vées de fonds ».

Ce phé­no­mène ex­plique pour­quoi cer­taines li­cornes re­tardent leur en­trée en Bourse, à l’ins­tar d’Uber (qui a le­vé 14,9 mil­liards de dol­lars de­puis ses dé­buts) qui, au bout de neuf ans et de­mi d’exis­tence, n’a au­cun mal à se re­fi­nan­cer au­près des in­ves­tis­seurs.

Plus sur­pre­nant, cer­taines li­cornes dis­posent au­jourd’hui d’un tel ma­te­las de cash qu’elles n’en sont plus à seu­le­ment fi­nan­cer leur crois­sance et/ou apu­rer leurs pertes… mais lancent el­les­mêmes leur propre fonds. C’est le cas de la so­cié­té sin­ga­pou­rienne de VTC Grab (qui a le­vé 2 mil­liards de dol­lars en août) et de son concur­rent in­do­né­sien Go-Jek (2,7 mil­liards sur 2018) avec Grab Ven­tures et Go Ven­tures.

Ver­ra-t-on bien­tôt un fonds dé­te­nu par une li­corne ac­cou­cher de sa propre li­corne ? Les cycles de la na­ture sont im­muables. D’ailleurs, les li­cornes vivent, évo­luent et meurent aus­si : en­trée en Bourse, ra­chat par de grands groupes, faillite par­fois, mais aus­si nou­veau tour de table les re­va­lo­ri­sant en des­sous du mil­liard de dol­lars quand leur ac­ti­vi­té ne dé­colle pas, comme ce fut le cas pour The Ho­nest Com­pa­ny (fon­dée par Jes­si­ca Al­ba) qui fut dé­va­lo­ri­sée en 2017 lors d’un tour de table à 75 mil­lions de dol­lars…

Fin 2013, l’ex­pres­sion ren­voyait es­sen­tiel­le­ment à des jeunes pousses amé­ri­caines. Si celles-ci sont tou­jours les plus nom­breuses (139 se­lon le dé­compte de CB In­sights), la Chine monte en puis­sance et en compte dé­sor­mais 81, contre seu­le­ment 3 à fin 2013. Ré­cem­ment, la jeune pousse chi­noise By­teDance est de­ve­nue la start-up la plus va­lo­ri­sée au monde, à 75 mil­liards de dol­lars, de­vant sa com­pa­triote Di­di Chuxing (56 mil­liards) et Uber (72 mil­liards).

Go­pro, cette « Re­verse Uni­corn »

Par­mi celles de la toute pre­mière gé­né­ra­tion, les so­cié­tés chi­noises Xiao­mi (dé­sor­mais co­tée en Bourse) et DJI (va­lo­ri­sée 10 mil­liards de dol­lars) se sont res­pec­ti­ve­ment im­po­sées comme le qua­trième ven­deur de smart­phones et le lea­der mon­dial des drones de loi­sir.

A contra­rio, la start-up amé­ri­caine Go­Pro peine à re­trou­ver sa fou­lée cé­leste. Le der­nier tour de table avant-Bourse du fa­bri­cant de mi­ni-ca­mé­ras l’avait va­lo­ri­sé plus de 2 mil­liards fin 2012. Alors que sa ca­pi­ta­li­sa­tion frô­lait les 12 mil­liards à l’au­tomne 2014, celle-ci tâ­tonne en des­sous du mil­liard. Ce qui lui vaut au­jourd’hui le so­bri­quet peu flat­teur de « Re­verse Uni­corn ». Même un ex-ani­mal lé­gen­daire doit tou­jours faire la preuve de son mo­dèle et af­fron­ter la dure réa­li­té bour­sière.

Pho­to Shut­ter­stock

In­ven­tée par Ai­leen Lee (fon­da­trice de la firme de ca­pi­tal-risque Cow Ven­tures), l’ex­pres­sion « li­corne »a souf­flé sa cin­quième bou­gie le mois der­nier.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.