Le pou­voir en sus­pen­sion

Si Edouard Phi­lippe conti­nue à tendre la main aux « gi­lets jaunes », le pou­voir est en cou­lisse sus­pen­du à sa­me­di, dont il re­doute et an­ti­cipe les vio­lences.

Les Echos - - FRANCE - Cé­cile Cor­nu­det ccor­nu­[email protected]­se­chos.fr

Edouard Phi­lippe fait de nou­veaux gestes sur le pou­voir d’achat, Mu­riel Pénicaud re­çoit les par­te­naires so­ciaux pour leur don­ner un conte­nu, Chris­tophe Cas­ta­ner se dit

« in­quiet mais se­rein » face à la mo­bi­li­sa­tion de sa­me­di. Le pou­voir bouge en­core, en ap­pa­rence. Tout a été ten­té et jus­qu’au bout, veulent mon­trer ces fi­gures, mas­quées de fa­tigue et de cir­cons­tances. En fond de scène, l’im­pres­sion est autre. Le pou­voir s’est tu, Em­ma­nuel Ma­cron en tête. Les mi­nistres, les conseillers, les par­le­men­taires ont le­vé le sty­lo et ou­blié leurs agen­das. Il n’y a plus d’ave­nir, il n’y a plus de lun­di, il n’y a qu’un sa­me­di, ce sa­me­di 8 dé­cembre, dont tout dé­pend, leur ave­nir, le quin­quen­nat, peut-être le pays.

Il y a quelques jours en­core, l’exé­cu­tif cher­chait à voir quels su­jets il pour­rait re­por­ter pour que jan­vier passe en dou­ceur : la ré­vi­sion consti­tu­tion­nelle, la loi sur la fonc­tion pu­blique, le dis­cours sur l’is­lam… Dé­sor­mais, ce n’est même plus le su­jet, jan­vier n’existe pas. Après une se­maine à es­pé­rer que l’opi­nion ouvre en­fin les yeux sur la vio­lence des « gi­lets jaunes », le gou­ver­ne­ment fait le constat que ses gestes n’ont pas apai­sé – « la vio­lence paie », en dé­duit-on au contraire. La peur d’une guerre ci­vile, crois­sante dans l’opi­nion, ne s’est pas non plus muée en condam­na­tion nette des mo­bi­li­sa­tions. Le pou­voir sa­lue donc les voix ap­pe­lant au calme et scrute le moindre signe qui pour­rait lais­ser pen­ser que le mo­ment de bas­cule est ar­ri­vé : une ma­jo­ri­té de Fran­çais qui re­jette le chaos et soit ré­cep­tive à une pa­role pu­blique, voi­ci ce qu’il at­tend… Il at­tend en­core. Puisque le mo­ment n’est pas ve­nu, peut-être ar­ri­ve­ra-t-il sa­me­di ? Le pou­voir re­tient son souffle, in­quiet comme ja­mais sur les vio­lences qu’il pressent – l’Ely­sée craint dans un com­mu­ni­qué « des mil­liers de per­sonnes qui vien­draient à Pa­ris pour cas­ser et pour tuer » –, et conscient qu’il faut peut-être en pas­ser par là pour que la bas­cule ar­rive et qu’il puisse re­prendre la main. Un pou­voir peut donc être trans­for­mé en spec­ta­teur, re­dou­ter un drame et ju­ger en par­tie qu’il est iné­luc­table. Après sa­me­di, une autre his­toire pour­ra s’écrire. Mais dans quelles condi­tions ?

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