Le pa­tro­nat prêt à dia­lo­guer mais pas à tout en­dos­ser

Les quatre prin­ci­pales or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales ont sou­hai­té un « re­tour à un dia­logue apai­sé ».

Les Echos - - FRANCE - Ma­rie Bel­lan @mbel­lan1

Dia­lo­guer oui. Payer les pots cas­sés, non mer­ci. C’est en subs­tance ce qu’on dit les or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales (Me­def, CPME, U2P, Udes et FNSEA), réunies ce jeu­di près de Ber­cy, avant de se rendre chez le mi­nistre de l’Eco­no­mie. La réunion était pré­vue de longue date et de­vait por­ter sur les contrats courts, mais l’ac­tua­li­té des « gi­lets jaunes » s’est im­po­sée.

Quatre or­ga­ni­sa­tions sur les cinq pré­sentes (la FNSEA n’a pas si­gné le com­mu­ni­qué fi­nal) ont ap­pe­lé à un ar­rêt des ma­ni­fes­ta­tions vio­lentes et à « un re­tour à un dia­logue apai­sé ». « Il faut évi­ter à tout prix le chaos, on en est là », in­dique Alain Gri­set, le pré­sident de l’U2P, dont une par­tie des adhé­rents sou­tient le mou­ve­ment des « gi­lets jaunes », alors qu’une autre par­tie s’in­quiète des consé­quences éco­no­miques du mou­ve­ment pour son ac­ti­vi­té. « Des né­go­cia­tions vont s’en­ga­ger, nous y sommes fa­vo­rables. Nous avons été trop long­temps mis sur la touche, alors main­te­nant, il faut y al­ler », pour­suit Alain Gri­set.

Les em­ployeurs craignent que le gou­ver­ne­ment cherche à di­ri­ger les mé­con­ten­te­ments vers les en­tre­prises.

Re­mise en cause du CICE

La né­ces­si­té du dia­logue est par­ta­gée par les autres or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales, avec tou­te­fois une pointe d’in­quié­tude. « Il ne faut pas se trom­per de cible. Dans les ma­ni­fes­ta­tions, c’est l’Etat qui est vi­sé, pas nous », pré­vient Fran­çois As­se­lin, le pré­sident de la CPME. En d’autres termes, les em­ployeurs craignent que le gou­ver­ne­ment cherche à di­ri­ger les mé­con­ten­te­ments vers les en­tre­prises. « Ils veulent faire dé­vier la co­lère et nous faire tout en­dos­ser. Dire que le pa­tro­nat est cou­pable, c’est tel­le­ment plus simple », sou­ligne un res­pon­sable pa­tro­nal. « C’est un mou­ve­ment so­cial sans grève dans les en­tre­prises. C’est in­édit. Et pour­tant, c’est nous qui ris­quons de pas­ser à la caisse », an­ti­cipe un autre élu pa­tro­nal. De­puis deux jours, le gou­ver­ne­ment cherche un moyen de ré­cu­pé­rer les 4 mil­liards de manque à ga­gner en­traî­nés par l’aban­don de la taxe car­bone pour 2019.

Et il n’a échap­pé à per­sonne que l’an­née 2019 pour les en­tre­prises se­ra une an­née double puis­qu’elles vont cu­mu­ler le cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi (CICE) ver­sé au titre de 2018, et les nou­velles baisses di­rectes de charges qui le rem­placent l’an­née pro­chaine. Les mo­da­li­tés de la trans­for­ma­tion du CICE en baisses de charges pour­raient être re­vues. Pour l’heure, rien n’est ar­rê­té, mais tout est en­vi­sa­gé. Et c’est bien ce qui in­quiète le pa­tro­nat. ■

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