Dé­fi­cit des re­traites : le gou­ver­ne­ment re­lance le dé­bat

Le Con­seil d’orien­ta­tion des re­traites va re­faire des pré­vi­sions fi­nan­cières plus pré­cises jus­qu’en 2030.

Les Echos - - LA UNE - Sol­veig Go­de­luck @Sol­wii

Avant d’en­ga­ger la re­fonte des ré­gimes de re­traite et sur­tout avant de dé­ci­der d’éven­tuelles me­sures d’éco­no­mies sur l’as­su­rance-vieillesse d’ici à 2025, l’exé­cu­tif veut se mettre d’ac­cord avec les par­te­naires so­ciaux sur les pers­pec­tives fi­nan­cières. Il s’ap­prête à de­man­der au Con­seil d’orien­ta­tion des re­traites de nou­velles pro­jec­tions sur le be­soin de fi­nan­ce­ment du sys­tème, avec une ap­proche plus réa­liste des dix pro­chaines an­nées. Alors qu’Edouard Philippe doit an­non­cer ce jeudi le ca­len­drier de la ré­forme, Bruno Re­tailleau, le pré­sident du groupe LR au Sé­nat, dé­nonce le « flou » au som­met de l’Etat. Et re­proche à Em­ma­nuel Ma­cron de « pous­ser à l’in­di­vi­dua­li­sa­tion du sys­tème ».

● Se­lon nos in­for­ma­tions, le gou­ver­ne­ment va sai­sir le Con­seil d’orien­ta­tion des re­traites (COR) pour lui de­man­der de nou­velles pro­jec­tions sur l’équi­libre fi­nan­cier du sys­tème.

● Il veut éta­blir un diag­nos­tic par­ta­gé avec les par­te­naires so­ciaux avant de lan­cer la ré­forme.

Ce jeudi, la ré­forme des re­traites sort du dé­bat tech­nique pour en­trer dans l’agenda po­li­tique. Le Pre­mier mi­nistre, Edouard Philippe, va pré­sen­ter un ca­len­drier et une mé­thode de concer­ta­tion de­vant le Con­seil éco­no­mique, so­cial et en­vi­ron­ne­men­tal de­vant abou­tir à un pro­jet de loi au pre­mier se­mestre 2020. Ce­pen­dant, le dé­bat tech­nique lui-même est loin d’être clos. Se­lon nos in­for­ma­tions, le gou­ver­ne­ment va sai­sir le Con­seil d’orien­ta­tion des re­traites (COR) pour lui de­man­der de nou­velles pro­jec­tions sur l’équi­libre fi­nan­cier du sys­tème. Elles de­vront être ren­dues dès no­vembre, afin de dis­po­ser d’un diag­nos­tic par­ta­gé avec les par­te­naires so­ciaux.

Cet ou­til, l’exé­cu­tif vou­drait en dis­po­ser très vite car il a pré­vu de re­mettre à l’équi­libre les comptes de l’as­su­rance-vieillesse en 2025, quand le nou­veau régime uni­ver­sel ver­ra le jour. Les éco­no­mies se­ront pro­gram­mées via le pro­jet de loi de ré­forme des re­traites, qui dé­fi­ni­ra le sys­tème-cible et don­ne­ra les grands prin­cipes de la tran­si­tion.

Mais pour­quoi, diable, re­faire les cal­culs que le COR vient d’ef­fec­tuer en juin ? Parce que les par­te­naires so­ciaux se mé­fient d’un ther­mo­mètre très sen­sible ces der­nières an­nées. Dé­but 2017, la pé­ren­ni­té des re­traites sem­blait assurée et le can­di­dat Ma­cron avait pu pro­mettre une ré­forme sans hausse de l’âge de dé­part ou baisse des pen­sions. Si­tôt élu, pa­ta­tras : l’al­lon­ge­ment de l’es­pé­rance de vie, la moindre im­mi­gra­tion et les 120.000 sup­pres­sions de postes de fonc­tion­naire an­non­cées ont dé­gra­dé les pers­pec­tives fi­nan­cières. Il y a trois mois, elles se sont un peu plus as­som­bries.

Sup­pres­sions de postes de fonc­tion­naire

Le 18 juillet, le se­cré­taire gé­né­ral de la CFDT, Laurent Ber­ger, s’est aga­cé de ces fluc­tua­tions an­nuelles, lors de la re­mise du rap­port De­le­voye. « Ce n’est pas la qua­li­té des rap­ports du Con­seil d’orien­ta­tion des re­traites qu’il a cri­ti­quée, mais le lien mé­ca­nique entre les dé­fi­cits pro­je­tés et les me­sures d’éco­no­mies à prendre », nuance Frédéric Sève, char­gé des re­traites pour le syn­di­cat.

En clair, in­ter­roge la CFDT, si le gou­ver­ne­ment dé­cide de sup­pri­mer des postes de fonc­tion­naire, ré­dui­sant ain­si les ren­trées de co­ti­sa­tions, est-ce à la branche re­traite de faire des ef­forts pour re­dres­ser la tra­jec­toire ? D’au­tant plus que les 120.000 se sont trans­for­més en 85.000, ce qui n’a pas en­core été ac­té dans les pré­vi­sions du COR.

L’exé­cu­tif sou­haite se mettre d’ac­cord sur le diag­nos­tic avec les par­te­naires so­ciaux, les par­le­men­taires et les re­pré­sen­tants de la so­cié­té ci­vile, qui siègent tous au COR. Les ex­perts du Con­seil vont devoir éla­bo­rer des hy­po­thèses ma­croé­co­no­miques plus réa­listes jus­qu’en 2030. A ce jour, la pro­jec­tion est fon­dée sur les pré­vi­sions of­fi­cielles du gou­ver­ne­ment jus­qu’en 2022, puis l’éven­tail s’ouvre, no­tam­ment en fonc­tion des gains de pro­duc­ti­vi­té du tra­vail à long terme, pro­je­tés entre 1 % et 1,8 % par an. Or, sur quatre scé­na­rios, c’est le plus pes­si­miste, à 1 %, qui re­flète le mieux les tendances ob­ser­vées ces vingt der­nières an­nées… Sur la du­rée, la nou­velle pré­vi­sion du COR n’ira donc pas for­cé­ment dans le sens des syn­di­cats, op­po­sés aux me­sures d’éco­no­mies.

Ils se­ront com­ba­tifs. « A long terme, on est à l’équi­libre. Pour­quoi cor­ri­ger un dé­fi­cit tran­si­toire par des me­sures à ef­fet per­ma­nent ? » lance Frédéric Sève. Sur 9 ou 10 mil­liards man­quant à l’ap­pel en 2025, pour­suit le syn­di­ca­liste, la moi­tié ré­ap­pa­raît si l’on gomme les sup­pres­sions de postes de fonc­tion­naires et le gel du point d’in­dice. Sans comp­ter le mil­liard per­du pour la Sé­cu­ri­té so­ciale du fait de la non-com­pen­sa­tion des heures sup­plé­men­taires déso­cia­li­sées, ou 600 mil­lions de baisse du for­fait so­cial pour les en­tre­prises.

Pho­to Eric Fe­fer­berg/AFP

Edouard Philippe doit an­non­cer ce jeudi le ca­len­drier de la ré­forme.

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