Re­nault : Bol­lo­ré dé­nonce un « coup de force stu­pé­fiant »

Alors que sa ré­vo­ca­tion se­ra exa­mi­née en conseil ex­tra­or­di­naire ven­dre­di, le di­rec­teur gé­né­ral du Lo­sange dé­fend son bi­lan.

Les Echos - - LA UNE - Anne Feitz @afeitz

Duel au som­met chez Re­nault. Dans une in­ter­view choc aux « Echos », le di­rec­teur gé­né­ral, Thier­ry Bol­lo­ré, es­time sa mise sur la touche « bru­tale » et « to­ta­le­ment in­at­ten­due ». Il pro­clame sa « loyau­té » à l’égard du pré­sident, Jean-Do­mi­nique Se­nard, et dé­fend son bi­lan à la tête du Lo­sange : « Sur le plan opé­ra­tion­nel, je ne vois pas où est la faute », dit-il en ap­pe­lant « au plus haut ni­veau de l’Etat ac­tion­naire, ga­rant des règles de bonne gou­ver­nance, pour ne pas dé­sta­bi­li­ser Re­nault ». Son sort se­ra exa­mi­né ce ven­dre­di ma­tin lors d’un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion ex­tra­or­di­naire. Sauf re­bon­dis­se­ment de der­nière mi­nute, son dé­part de­vrait être ac­té. Un trium­vi­rat est en lice pour le rem­pla­cer, me­né par la di­rec­trice fi­nan­cière, Clo­tilde Del­bos. Il lui est no­tam­ment re­pro­ché ses mau­vaises re­la­tions avec Nis­san, mais sur­tout la dé­gra­da­tion des ré­sul­tats de Re­nault, qui a brû­lé 700 mil­lions de cash au pre­mier tri­mestre. Il n’a pas réus­si non plus à tis­ser une re­la­tion de con­fiance avec Jean-Do­mi­nique Se­nard.

Le mo­ment de vé­ri­té au­ra lieu plus tôt que pré­vu. Re­nault a dé­ci­dé de convo­quer en ur­gence un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion ce ven­dre­di ma­tin, afin de se pen­cher sur « la gou­ver­nance du groupe ». Les ad­mi­nis­tra­teurs se­ront ame­nés à sta­tuer sur le sort de Thier­ry Bol­lo­ré, le di­rec­teur gé­né­ral du groupe. « Après les ru­meurs dans la presse, la si­tua­tion de­ve­nait in­te­nable », ex­plique un proche du Lo­sange.

Sauf re­bon­dis­se­ment de der­nière mi­nute, le dé­part du di­rec­teur gé­né­ral de­vrait être ac­té au cours de ce conseil ex­tra­or­di­naire − même si le di­ri­geant se dé­fend vi­gou­reu­se­ment : il a ap­pe­lé plu­sieurs ad­mi­nis­tra­teurs pour ten­ter de les convaincre de l’in­jus­tice de la si­tua­tion.

Se­lon nos in­for­ma­tions, un trium­vi­rat est en lice pour le rem­pla­cer par in­té­rim, le temps de lan­cer le pro­ces­sus de re­cherche d’un nou­veau DG : Clo­tilde Del­bos, l’ac­tuelle di­rec­trice fi­nan­cière, pour­rait être pro­po­sée comme DG in­té­ri­maire, comme l’a ré­vé­lé BFM Bu­si­ness. Elle pour­rait être as­sis­tée de deux hauts di­ri­geants du groupe, qui se­raient choi­sis par­mi Oli­vier Mur­guet (di­rec­teur com­mer­cial), Gas­par Gas­con Abel­lan (di­rec­teur ad­joint de l’in­gé­nie­rie Al­liance) ou Jo­sé-Vi­cente de los Mo­zos (di­rec­teur de la pro­duc­tion et de la lo­gis­tique) − trois des der­niers poids lourds de la di­rec­tion.

Res­ca­pé de l’ère Ghosn

Se­lon des ar­ticles pa­rus en dé­but de se­maine, no­tam­ment dans « Les Echos », la ques­tion du main­tien de Thier­ry Bol­lo­ré à la tête de Re­nault se po­sait ces der­niers jours avec acui­té. « Le Fi­ga­ro » a même af­fir­mé que son pré­sident Jean-Do­mi­nique Se­nard avait pour in­ten­tion de pla­cer le su­jet à l’ordre du jour du conseil du 18 oc­tobre (ini­tia­le­ment pré­vu sur les chiffres tri­mes­triels du groupe).

Par­mi les re­proches for­mu­lés à l’en­contre du nu­mé­ro deux de Re­nault, ses mau­vaises re­la­tions avec Nis­san. Der­nier haut di­ri­geant res­ca­pé de l’ère Ghosn, il a com­men­cé par sou­te­nir son an­cien men­tor lorsque l’af­faire a écla­té. A Yo­ko­ha­ma, on juge son at­ti­tude trop cas­sante (y com­pris tout ré­cem­ment), ce qui reste un obs­tacle à une vé­ri­table re­lance de l’Al­liance.

L’Etat fran­çais, ac­tion­naire de ré­fé­rence du Lo­sange avec 15 % de son ca­pi­tal, sou­haite tour­ner la page de l’ère Ghosn. Il avait don­né pour mis­sion à Jean-Do­mi­nique Se­nard de « faire le mé­nage » chez Re­nault. « La pres­sion s’est net­te­ment ac­cen­tuée ré­cem­ment », avance une source au fait du dos­sier. Tout en lais­sant la res­pon­sa­bi­li­té re­po­ser sur Jean-Do­mi­nique Se­nard, le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no Le Maire, a af­fir­mé mer­cre­di que l’Etat fai­sait « con­fiance » au pré­sident et au reste du conseil pour « faire les meilleurs choix pos­sible pour la gou­ver­nance de Re­nault ». Les re­la­tions entre JeanDo­mi­nique Se­nard et Thier­ry Bol­lo­ré se­raient aus­si, se­lon plu­sieurs sources, « tout juste cor­diales ».

Ré­sul­tats qui se dé­gradent

Mais c’est sur­tout sur son bi­lan à la tête du groupe que Thier­ry Bol­lo­ré est fa­cia­le­ment at­ta­qué. Nom­mé di­rec­teur gé­né­ral ad­joint par Car­los Ghosn en fé­vrier 2018, il en a pris la di­rec­tion gé­né­rale en jan­vier der­nier. La no­mi­na­tion à son co­mex de nou­veaux ve­nus ex­té­rieurs au sec­teur et le dé­part mé­dia­ti­sé de hauts di­ri­geants par­fois très ap­pré­ciés (qui plus est vers le frère en­ne­mi PSA) ont sus­ci­té les cri­tiques en in­terne. D’au­tant que les ré­sul­tats se dé­gradent : Re­nault a brû­lé plus de 700 mil­lions d’eu­ros de cash au pre­mier se­mestre. Thier­ry Bol­lo­ré a pro­mis de ré­ta­blir la si­tua­tion sur l’en­semble de l’an­née, mais le ra­len­tis­se­ment des mar­chés au­to­mo­biles pour­rait com­pro­mettre l’ob­jec­tif. ■

Par­mi les re­proches for­mu­lés à l’en­contre du nu­mé­ro deux de Re­nault, ses mau­vaises re­la­tions avec Nis­san.

Pho­to De­le­tree/Sipa

Re­nault a dé­ci­dé de convo­quer un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion ce ven­dre­di, les ad­mi­nis­tra­teurs de­vant « se pro­non­cer sur la gou­ver­nance du groupe » et, no­tam­ment, sur le dé­part du di­rec­teur gé­né­ral, Thier­ry Bol­lo­ré.

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