Mi­che­lin va fer­mer son usine de La Roche-sur-Yon

Le site ven­déen, qui fa­brique des pneus pour poids lourds, em­ploie 619 sa­la­riés. Ils se ver­ront pro­po­ser des me­sures de pré­re­traite ou de mo­bi­li­té in­terne et ex­terne.

Les Echos - - LA UNE - Anne Feitz @afeitz

C’est un choc chez Mi­che­lin. Mal­gré les ef­forts des sa­la­riés du site et un « pacte d’ave­nir » da­tant de 2016, la di­rec­tion du fa­bri­cant de pneus a dé­ci­dé de fer­mer son usine ven­déenne de La Ro­che­sur-Yon, où tra­vaillent ac­tuel­le­ment 619 sa­la­riés. Le site était spé­cia­li­sé dans les ca­ou­tchoucs pour poids-lourd.

Le coup de mas­sue vient de tom­ber sur les 619 sa­la­riés de l’usine Mi­che­lin de La Roche-sur-Yon (Ven­dée). Jeu­di ma­tin, la di­rec­tion leur a an­non­cé la fer­me­ture du site « d’ici à fin 2020 ». La me­nace pla­nait de­puis plu­sieurs mois, et s’était pré­ci­sée il y a quelques se­maines, lors de la dif­fu­sion des pre­miers ré­sul­tats d’un diag­nos­tic sur les usines fran­çaises du groupe lan­cé par Florent Me­ne­gaux, le nou­veau pré­sident du ma­nu­fac­tu­rier.

Le site de La Roche-sur-Yon, qui fa­brique des pneus haut de gamme pour poids lourds, était clai­re­ment dans le col­li­ma­teur : af­fec­té par la concur­rence et la dé­gra­da­tion du mar­ché, il n’avait plus les vo­lumes né­ces­saires pour être com­pé­ti­tif. « Pen­dant des an­nées, nous avons es­sayé de main­te­nir le site, mais nous n’y ar­ri­vons pas, les condi­tions du mar­ché ne le per­mettent plus », a ex­pli­qué Florent Me­ne­gaux à « Ouest-France ». « Il est pe­tit et, mal­gré les in­ves­tis­se­ments réa­li­sés pour es­sayer de lui don­ner une taille cri­tique, il n’est pas suf­fi­sam­ment per­for­mant en termes de coût de re­vient in­dus­triel », a-t-il ar­gu­men­té.

Mi­che­lin pro­met que tous les sa­la­riés se­ront ac­com­pa­gnés, grâce à des me­sures de pré­re­traite et des dis­po­si­tifs de mo­bi­li­té in­terne et ex­terne. Quelque 120 mil­lions d’eu­ros se­ront pro­vi­sion­nés à cet ef­fet. Le groupe lan­ce­ra aus­si un pro­jet pu­blic-pri­vé pour don­ner un nou­vel ave­nir au site, si­tué dans un bas­sin d’em­ploi plu­tôt fa­vo­rable.

Par ailleurs, 74 per­sonnes de l’usine de Cho­let (Maine-et-Loire) em­ployées à la fa­bri­ca­tion de gommes pour La Roche-sur-Yon se­ront af­fec­tées par cette fer­me­ture (sur 1.338). Elles se ver­ront pro­po­ser un nou­veau poste sur le site, ou un dé­part en pré­re­traite.

Pacte d’ave­nir

L’usine de La Roche-sur-Yon avait fait l’ob­jet en 2016 de l’un de ces « pactes d’ave­nir » ayant for­gé la ré­pu­ta­tion de Mi­che­lin en ma­tière de dia­logue so­cial. Les sa­la­riés avaient consen­ti des ef­forts, en tra­vaillant le week-end par exemple, tan­dis que l’en­tre­prise s’était en­ga­gée à as­su­rer la pé­ren­ni­té du site. Mal­gré 70 mil­lions d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ments, ce pacte a tou­te­fois été in­ter­rom­pu en fé­vrier 2018 face à l’in­suf­fi­sance des ventes. La di­rec­tion jette donc au­jourd’hui l’éponge, in­vo­quant un « mar­ché eu­ro­péen sans crois­sance, une concur­rence exa­cer­bée, des marques d’en­trée de gamme en pro­gres­sion constante ».

Sen­ti­ment de « tra­hi­son »

Les sa­la­riés sont son­nés. De­vant l’usine jeu­di, beau­coup ont ex­pri­mé leur désar­roi ou leur co­lère. « Nous avons un im­mense sen­ti­ment de tra­hi­son », avance Jean-Chris­tophe Laourde, dé­lé­gué cen­tral CFE-CGC. « L’an­cien pré­sident Jean-Do­mi­nique Se­nard avait pro­mis, le coeur sur la main, que dans trente ans l’usine se­rait tou­jours là… Il s’agit d’une dé­ci­sion pu­re­ment fi­nan­cière. »

Chez SUD, Jé­rôme Lor­ton uti­lise aus­si ce mot de « tra­hi­son ». « Ils n’ont même pas at­ten­du la fin du pacte d’ave­nir, n’ont pas cher­ché à tra­vailler sur une nou­velle ac­ti­vi­té. Après la fer­me­ture de Joué-les-Tours, Jean-Do­mi­nique Se­nard avait pour­tant dit “plus ja­mais ça”… » souf­flet-il. Alors que la di­rec­tion sou­haite en­ga­ger les né­go­cia­tions la se­maine pro­chaine, SUD a ré­cla­mé le re­trait du pro­jet et lan­cé un ap­pel à la grève illi­mi­tée. La CGT a, de son cô­té, ap­pe­lé à une mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale dans le groupe en France le 24 oc­tobre. La CFDT a éga­le­ment dé­non­cé la fer­me­ture du site.

Les ré­ac­tions po­li­tiques ne se sont pas fait at­tendre. Le sé­na­teur de Ven­dée (LR) Bru­no Re­tailleau a an­non­cé son in­ten­tion de « de­man­der des comptes au pré­sident de Mi­che­lin ». Luc Bouard, le maire de La Roche-sur-Yon, a dé­jà vi­ve­ment ré­agi sur Twit­ter. C’est la deuxième an­nonce de fer­me­ture an­non­cée par le ma­nu­fac­tu­rier cler­mon­tois en quelques jours. Fin sep­tembre, il a aus­si an­non­cé qu’il fer­me­rait son site de Bam­berg, en Al­le­magne, qui em­ploie 850 sa­la­riés. La fer­me­ture de La Roche-sur-Yon se­ra la on­zième en Eu­rope de­puis 2009. ■

Les sa­la­riés de l’usine de La Roche-sur-Yon avaient consen­ti des ef­forts, en tra­vaillant le week-end par exemple, tan­dis que l’en­tre­prise s’était en­ga­gée à as­su­rer la pé­ren­ni­té du site.

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